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Selon un sondage récent de l’institut Odoxa, publié par Europe 1, 60 % des sympathisants du Rassemblement National miseraient aujourd’hui sur Jordan Bardella comme candidat à la présidentielle, contre seulement 25 % pour Marine Le Pen. Ces chiffres illustrent l’enjeu considérable pour la fille de Jean-Marie Le Pen, confrontée à deux écueils : la justice française, et la popularité grandissante de celui qu’elle a elle-même nommé président de son parti.
Le 31 mars dernier, Marine Le Pen a été condamnée pour détournement de fonds publics à quatre ans de prison, dont deux fermes aménageables avec un bracelet électronique. Elle a également écopé d’une amende de 100.000 euros, et de cinq ans d’interdiction d’exercer un mandat public, avec exécution immédiate. C’est cette dernière mesure qui, si elle était confirmée en appel, l’empêcherait de briguer une quatrième fois la magistrature suprême.
Changement de stratégie ?
Peu de choses ont filtré sur la stratégie que vont adopter ses avocats. Mais il semblerait qu’ils s’éloignent de la ligne purement politique suivie jusqu’ici. Dès la condamnation, les cadres du parti avaient enchaîné les plateaux de télévision pour dénoncer un procès politique, en se focalisant non pas sur le fond du dossier, mais uniquement sur la peine d’inéligibilité. Or, il n’y a rien qui irrite plus les magistrats qu’un condamné refusant d’aborder les faits reprochés, pour détourner le débat.
Dans le fond, le reproche est clair : avoir utilisé des collaborateurs payés par le Parlement européen, non pas à Strasbourg ou Bruxelles, mais à Paris, au service du parti. Marine Le Pen, elle-même avocate, avait réclamé la relaxe en première instance, invoquant l’illégitimité du tribunal et la vacuité des accusations. Cette fois, elle pourrait au contraire reconnaître la nature du problème, et se défendre en plaidant la bonne foi. Sur le thème : travailler pour un député ou pour son parti, n’est-ce pas un peu la même chose ? Est-ce vraiment un détournement de fonds publics ? L’objectif ne serait plus l’innocence, mais l’atténuation de la peine, et la réduction de l’inéligibilité.
Bardella, un nom plus facile à porter que Le Pen
Cela pourrait fonctionner, car même dans la République laïque, faute avouée est à moitié pardonnée. Mais n’est-il pas déjà trop tard sur le plan électoral ? Les derniers sondages donnent Marine Le Pen et Jordan Bardella au coude à coude au premier tour de la présidentielle, avec respectivement 32 % et 31 %. Et la courbe est à la hausse pour le jeune outsider, un homme neuf, qui présente bien et qui ne fait pas peur – notamment aux électeurs les plus âgés… Car lui, ne s’appelle pas Le Pen.


















