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Israel appelle les Gazaouis à accélérer l'évacuation, deux chefs militaires du Hamas tués

Israël a pressé samedi les Palestiniens d'évacuer rapidement le nord de la bande de Gaza laissant présager d'une prochaine offensive terrestre, une semaine après l'attaque sanglante et sans précédent lancée par le mouvement islamiste palestinien Hamas.

Au huitième jour de la guerre qui a déjà fait des milliers de morts, Israël a annoncé la mort de deux chefs militaires du Hamas: Mourad Abou Mourad, "responsable d'une grande partie de l'offensive meurtrière" du 7 octobre, selon l'armée, et Ali Qadi, "qui a dirigé le massacre inhumain et barbare de civils en Israël".

Et les frappes se poursuivent sur le territoire palestinien, d'où un barrage de roquettes a été tiré dans la matinée vers le centre d’Israël. Au sud de la bande de Gaza, dans la localité de Khan Younes, une fillette blessée est extraite dans la matinée des décombres, constate un photographe de l'AFP.

Le chef du Hamas palestinien, Ismaïl Haniyeh, a accusé samedi Israël de "crimes de guerre" à Gaza.

L'armée israélienne, qui a aussi mené vendredi des incursions au sol dans le territoire palestinien a indiqué samedi se préparer à "d’autres opérations de combat importantes".

Israël a confirmé samedi la présence de "plus de 120 civils" retenus captifs à Gaza, parmi environ 150 otages enlevés par le Hamas, qui a menacé de les exécuter. Des centaines de personnes restent portées disparues, et des corps sont toujours en cours d'identification.

Au moins 1.300 personnes, pour la plupart des civils, parmi lesquels au moins 130 ressortissants étrangers ou bi-nationaux ont été tués en Israël depuis l'attaque, qui a traumatisé le pays, où elle est comparée aux attentats du 11 septembre 2001.

Plus de 2.200 Palestiniens, la plupart des civils, dont 724 enfants, selon les autorités locales, sont morts dans la bande de Gaza, un petit territoire pauvre et en état de siège coincé entre Israël et l'Egypte. Parmi ces victimes, 324 ont été tuées entre vendredi et samedi, ont indiqué les autorités

Selon le Hamas, classé organisation terroriste par les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël et au pouvoir dans la bande de Gaza depuis 2007, 26 otages dont des étrangers ont aussi été tués dans les frappes israéliennes, dont neuf ces dernières 24 heures.

- "Un créneau" pour évacuer "sans tarder" -

Dans l'attente d'une offensive terrestre à laquelle Israël a dit se préparer, l'armée a appelé samedi les civils gazaouis du nord du territoire - 1,1 million de personnes sur un total de 2,4 millions d'habitants - à ne "pas tarder" à évacuer vers le sud.

Il y a un "créneau de 10H00 à 16H00" samedi, a déclaré un porte-parole de l'armée, Richard Hecht. L'armée a accusé le Hamas, qui a rejeté l'appel à l'évacuation, de tenter de bloquer les départs.

Le mouvement est régulièrement accusé par Israël d'utiliser les civils comme boucliers humains, alors que la perspective d'une offensive terrestre au coeur d'un territoire densément peuplé apparaît terrifiante.

Depuis vendredi, par milliers, des habitants fuient par tous les moyens, quelques biens entassés à la hâte, sur des remorques, charrettes, à moto, en voiture, à travers les ruines.

L'attaque du Hamas et la guerre qu'elle a déclenchée a créée une onde de choc sans précédent dans la région et au delà, attisant les craintes d'une extension du conflit, et d'une catastrophe humanitaire pour les Gazaouis, soumis à un siège complet, privée d'approvisionnements d'eau, électricité ou nourriture, coupés par Israël.

- Enquête après la mort d'un journaliste-

"Même les guerres ont des règles", a rappelé le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, réclamant un accès humanitaire "immédiat" à cette petite bande de terre, soumise depuis 2006 à un blocus israélien.

Le président américain Joe Biden a aussi érigé en priorité "la crise humanitaire" à Gaza.

Le président russe Vladimir Poutine a, lui, prévenu qu'un assaut terrestre entraînerait des pertes civiles "absolument inacceptables".

Poids lourd du Moyen-Orient, l'Arabie saoudite, où le secrétaire d'Etat américain, Antony Blinken poursuit une tournée régionale, a annoncé samedi suspendre les discussions sur une éventuelle normalisation avec Israël.

La tension est vive aussi à la frontière nord du pays, où l'armée israélienne a annoncé dans samedi la matinée avoir tué "plusieurs terroristes" qui tentaient de s'infiltrer, après avoir frappé dans la nuit une cible du Hezbollah dans le sud du Liban, en réponse à une "infiltration" aérienne et des tirs.

Un journaliste vidéo de l'agence Reuters a été tué et six autres journalistes de l'AFP, Reuters et Al-Jazeera blessés vendredi dans des bombardements dans le sud du Liban.

L'armée israélienne s'est dite samedi "très désolée" de ce décès, indiquant "enquêter", sans reconnaître explicitement une responsabilité. L'armée libanaise l'a accusée samedi d'être responsable du tir "d'une roquette qui a visé une voiture civile de presse".

- "Quoi faire et où aller?" -

La colère s'exprime également dans les opinions publiques des pays de la région, où des milliers de personnes ont manifesté vendredi notamment au Liban, en Irak, Iran, Jordanie et à Bahreïn en soutien aux Palestiniens.

En Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, au moins 16 Palestiniens ont été tués dans des affrontements avec les forces israéliennes pendant des rassemblements en solidarité avec la bande de Gaza.

Le 7 octobre à l'aube, en plein Shabbat, le repos juif hebdomadaire, des centaines de combattants du Hamas avaient infiltré Israël à bord de véhicules et par les airs depuis Gaza.

Ils ont tué plus d'un millier de civils, semant la terreur sous un déluge de roquettes lors de cette attaque d'une ampleur inédite depuis la création d'Israël en 1948. Environ 270 personnes, d'après les autorités, ont été tuées dans un festival de musique.

Les funérailles, déchirantes, se succèdent en Israël, comme celles vendredi d'un homme de 52 ans, père de trois filles, abattu sous les yeux des siens il y a une semaine, dans un kibboutz attaqué.

A Abu Gosh, à côté de Jérusalem, c'est un Arabe israélien, mortellement blessé le 9 octobre par un tir de roquette, qui est porté en terre.

Après l'attaque, l'armée israélienne a affirmé avoir récupéré les corps de 1.500 combattants palestiniens.

La bande de Gaza, un territoire de 362 kilomètres carrés, est soumise à un blocus israélien terrestre, aérien et maritime depuis que le Hamas y a pris le pouvoir. L'Egypte contrôle sa seule ouverture sur le monde, le point de passage de Rafah, qui est actuellement fermé.

Selon un responsable américain, Israël et l'Egypte ont donné leur feu vert pour laisser les Américains sortir samedi de la bande de Gaza à travers le point de passage de Rafah.

Du côté palestinien de cette localité frontalière, des dizaines de familles de déplacés gazaouis ont investi une école des Nations-Unies, entassant linge, matelas et paquets dans les classes et la cour de recréation, a constaté un journaliste de l'AFP.

Plus au nord, c'est dans la cour de l'hôpital Nasser, à Khan Younès que s'entassent des milliers de déplacés. "C'est un désastre, il n'y a rien à manger, nous ne savons pas où dormir, nous ne savons pas quoi faire et où aller", se lamente Juma Nasser, un quadragénaire.

Plus de 423.000 Palestiniens ont déjà quitté leur foyer, et 5.540 maisons détruites, selon l'ONU.

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a assimilé un tel "déplacement" à une "deuxième Nakba" ("Catastrophe", en arabe), en référence à l'exode de quelque 760.000 Palestiniens à la création de l'Etat d'Israël.

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