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"Ils exposent leur enfant à une possible addiction aux jeux de hasard": Pauline s'inquiète des dérives des cartes Pokémon

Pauline (prénom d'emprunt) nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous au sujet des pratiques et dérives des jeux de cartes Pokémon. Ce qui était autrefois un passe-temps pour enfants est aujourd’hui marqué par des pratiques controversées pouvant entraîner une addiction. Aujourd'hui, cette maman n'hésite pas à comparer les cartes pour enfants aux jeux de hasard. 

"Ma relation avec Pokémon a commencé grâce au dessin animé quand j'étais enfant", témoigne Pauline (prénom d'emprunt) via le bouton orange Alertez-Nous. "Je collectionnais les cartes dans la cour de récréation. On jouait ou on les rangeait précieusement dans nos classeurs".

Les enfants et adolescents regardent leurs idoles ouvrir des cartes rares et veulent faire pareil

Pourtant, aujourd’hui, cette passion a pris une tournure bien différente : "Le problème, c’est le côté spéculatif et malsain autour des cartes rares. Les enfants, influencés par certains youtubeurs, ne veulent plus jouer ou collectionner par plaisir, mais tomber sur la carte la plus chère".  

Face à ces possibles dérives, Pauline et son mari ont pris la décision d'éloigner leur fils de cinq ans de cette passion. "Je suis fan de cet univers, mais je préfère ne pas partager cela avec mon enfant à cause du côté addictif et spéculatif", affirme-t-elle. "Les stocks sont souvent épuisés, les prix sont exorbitants, et les enfants sont exposés à un mécanisme proche du jeu de hasard. À quoi bon lui montrer un hobby qui n’est plus accessible et qui peut créer des frustrations ?".

L'addiction du hasard

Pauline va jusqu'à comparer l’achat de boosters (paquets de cartes, ndlr) à un jeu de grattage : "Vous dépensez environ 6 ou 7 € pour un booster, mais sans aucune garantie d’obtenir une carte ultra rare. C’est entièrement du hasard, et c'est ça qui donne envie d'en acheter toujours plus". 

Même en précommande, tout est vendu à des prix hallucinants

"L’ouverture de boosters repose sur une récompense aléatoire, qui active le système de récompense du cerveau en libérant de la dopamine, confirme Mélanie Saeremans, psychologue spécialisée dans les addictions comportementales. Cela peut renforcer des comportements compulsifs, surtout chez les jeunes, qui sont encore en plein développement émotionnel".

Ce mécanisme de récompense s'apparente également aux loot boxes dans les jeux vidéo (les Loot boxes permettent au joueur d'obtenir des items de jeu de manière apparemment arbitraire (contre paiement ou non) par exemple des personnages ou des objets aux émotions ou aux caractéristiques spéciales, ndlr) : "Le taux de mise en marche très bas incite les consommateurs à multiplier les achats pour maximiser leurs chances. Cela peut rapidement devenir une addiction comportementale". 

Rupture de stock

Pauline souligne que les nouvelles éditions sont régulièrement introuvables dès leur lancement : "Même en précommande, tout est vendu à des prix hallucinants. Ils achètent les stocks pour les revendre à des prix démesurés sur des plateformes comme eBay ou VintedCertains employés achètent eux-mêmes les produits pour les revendre plus cher, et malgré les limites imposées par les magasins, ça ne change rien", dénonce-t-elle aussi. 

Anthony Aline, gérant de Belgium Pokémon Center, partage ce constat : "Dès que nous avons mis en ligne les précommandes, tout est parti en quelques heures. On reçoit des messages tous les jours de gens qui cherchent désespérément ces cartes. Pour éviter les abus, on limite les quantités par client, mais tout le monde ne suit pas cette pratique. Résultat : les vrais passionnés n’y ont plus accès."

"C'est addictif"

Pauline pointe également du doigt l’impact des Youtubeurs qui publient des vidéos poussant à la consommation de boosters. "Ils créent une illusion d’accessibilité. Les enfants et adolescents regardent leurs idoles ouvrir des cartes rares et veulent faire pareil, sans réaliser que c’est impossible sans dépenser des fortunes", s'alarme-t-elle. 

Pour Mélanie Saeremans, cette pression sociale est particulièrement dangereuse : "Les jeunes sont très sensibles à l’influence des réseaux sociaux. Voir quelqu'un découvrir une carte rare en direct stimule leur envie de reproduire cette expérience. Cela peut les pousser à multiplier les achats et à adopter des comportements compulsifs, souvent sans en être conscients". 

Certaines personnes tombent dans un cercle vicieux pouvant aller jusqu'à l'endettement. L'obsession de trouver "la" carte unique devient leur ultime objectif, peu importe l'argent et le temps dépensés à la dénicher. 

Si les gens comprennent les probabilités et les risques, ils seront mieux armés pour faire des choix responsables

Pauline estime que Pokémon Company doit agir pour limiter ces dérives. La sensibilisation serait, selon elle, la clé : "Il n’y a aucun avertissement sur les paquets. Ils devraient au moins indiquer les probabilités de tomber sur une carte rare, et limiter les quantités par personne pour éviter les abus. Mais au-delà de ça, il faudrait sensibiliser les parents, car beaucoup achètent ces cartes innocemment sans se douter des risques qu’ils font courir à leurs enfants". 

Ajouter une restriction d'âge, comme pour les jeux de hasard, pourrait aussi être une solution. "La transparence est essentielle. Si les gens comprennent les probabilités et les risques, ils seront mieux armés pour faire des choix responsables", insiste la psychologue.  

Malgré tout, Pauline reste attachée à l’univers Pokémon, mais conserve sa vigilance afin de protéger son fils des potentielles dérives. "Les cartes Pokémon étaient censées être un jeu, pas une obsession pour des cartes à plusieurs centaines d’euros", regrette-t-elle. 

Contacté par nos équipes, Pokémon Company n'a pas souhaité répondre à nos questions.

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