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La police arrête un journaliste qui couvre l'action des gilets jaunes en direct à Bruxelles: "Attendez! Laissez-moi!"

La police arrête un journaliste qui couvre l'action des gilets jaunes en direct à Bruxelles:

Un journaliste français a été arrêté durant 30 minutes par la police alors qu'il couvrait la manifestation des gilets jaunes à Bruxelles ce vendredi. Le moment a été enregistré durant son direct Facebook. Mais quelles sont les règles qui encadrent le rôle des reporters dans ce genre de situation? Nous avons demandé la réaction de Martine Simonis, secrétaire générale de l'Association des journalistes professionnels.

Un journaliste français travaillant pour le média Brut a été arrêté ce vendredi alors qu'il couvrait la manifestation des gilets jaunes à Bruxelles. Rémy Buisine, le reporter, était en train de filmer en direct avec son téléphone pour une diffusion live sur Facebook.

À un moment, le journaliste quitte les rangs des gilets jaunes pour passer derrière les policiers armés de casques et de boucliers. On l'entend commenter la situation, lorsqu'un policier lui demande de changer de position. "Bouge toi, pas ici, pas ici!", lui lance le policier, en le poussant légèrement vers l'autre côté de la rue. Vous pouvez voir l'échange dans la vidéo en bas de l'article, à partir de 1h15m30s. Voici la discussion qui s'ensuit:

Journaliste: "Mais en que tant que presse on peut…".
Policier: "Non, non!".
Journaliste: "Mais doucement…".
Policier: "Vous arrêtez. Ici vous restez pas. C'est un ordre. Carte d'identité! Dernière fois! Donnez-moi votre carte d'identité".
Journaliste: "Voilà, c'est ma carte de presse".
Policier: "C'est pas ça que j'ai demandé. Carte d'identité!".
Journaliste: "C'est mon passeport, je ne suis pas Belge".
Policier: "Voilà, je vais vous le transmettre par la poste. Vous aurez un PV avec monsieur".
Journaliste: "Non mais je vais bouger. Mais vous n'avez pas le droit de me prendre mon passeport".

À cet instant, l'image bouge, difficile de dire exactement quels sont les gestes du journaliste et du policier. On entend le reporter lancer: "Attendez... Eh oh oh oh!". Le téléphone du reporter semble tomber par terre, l'image devient noire, mais le son reste. "Attendez! Je suis journaliste, laissez-moi! Je suis journaliste, je vais bouger. Je bouge, je bouge! Mais attendez, oh! Je récupère mon téléphone. Laissez-moi récupérer mon matériel. Mais c'est à moi monsieur!", profère encore Rémy Buisine. L'image réapparaît soudain, on voit le buste du journaliste, et son bras agrippé par la main d'un policier, qui dit ceci: "Je vous mets en dehors du périmètre, c'est tout". Le journaliste rétorque: "Mais lâchez-moi! Lâchez-moi! Vous n'avez pas le droit. Arrêtez, arrêtez!". Et là, la diffusion s'arrête.

Selon l'agence de presse Belga, le journaliste français a été arrêté et relâché 30 minutes plus tard.


Le bourgmestre de Bruxelles informé de son arrestation

Philippe Close, bourgmestre de Bruxelles, a été informé de son arrestation. C'est lors d'une opération de confinement d'un groupe de manifestants, menée à hauteur de la rue des Sables, dans le but de les arrêter, qu'un journaliste qui se trouvait au sein du groupe, a été interpellé tout comme ceux-ci, a indiqué le bourgmestre. Interrogé à ce propos, M. Close a expliqué que ce type d'opération était "très délicat pour les forces de l'ordre", surtout lorsqu'elles sont moins en nombre que les manifestants. "Dès que j'ai été informé de son arrestation, j'ai immédiatement donné ordre de remettre le journaliste en liberté", a-t-il ajouté.

Je ne sais pas pourquoi ils pourchassent les journalistes comme ça

"C'est une arrestation inadmissible", a réagi l'Association des journalistes professionnels (AJP) sur Twitter. Nous avons contacté la secrétaire générale de l'AJP. Elle dénonce une entrave à la liberté de la presse et d'information du public. "C'est compliqué car manifestement la police n'hésite pas à emmener les journalistes. Un journaliste de la DH a récemment passé une nuit en prison. Aujourd'hui il y a encore une arrestation. Je ne sais pas pourquoi ils pourchassent les journalistes comme ça", réagit Martine Simonis. "On va rencontrer les représentants de la police pour discuter de cette situation. On voudrait qu'une directive parte vers les zones pour permettre aux journalistes de travailler", ajoute-t-elle.

Mais ce genre de situation reste difficile, car il n'existe pas de texte où est indiqué noir sur blanc quels sont les règles à respecter pour les policiers et pour les journalistes. En revanche, la liberté de la presse est en principe garantie par la loi en Belgique. "Un journaliste a la liberté d'informer, le droit d'aller et venir sans entrave. Ce n'est que s'il y a une atteinte à la sécurité publique ou à l'ordre publique qu'une arrestation peut se justifier. Mais on ne peut pas arrêter de façon arbitraire", explique Martine Simonis. "Il y a un principe d'accès à l'information et d'intérêt général. Le journaliste peut revendiquer le droit d'assister de manière utile à l'événement, mais pas le droit d'interférer avec l'action de la police", précise Benoît Grevisse, de l'Ecole de Journalisme de Louvain (UCL).

Dans ce genre de cas, par exemple une manifestation, le journaliste doit s'identifier auprès des forces de l'ordre comme tel. "Il doit montrer qu'il est journaliste, qu'il est là pour faire son travail et rapporter ce qui se passe. Il peut aussi demander à la police où il peut aller pour ne pas les gêner", indique la présidente de l'AJP. Une réaction que semble avoir eu Rémy Buisine, qui s'est immédiatement identifié comme journaliste.

Un poste Facebook a été intégré à cet endroit.
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