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« Mon papa atteint d’une leucémie aiguë est resté coincé aux urgences tout le week-end. Il a dormi sur des brancards pendant deux nuits », déplore Léa (prénom d’emprunt) via notre bouton orange Alertez-nous.
Il y a une dizaine de jours, Jean, son père de 67 ans, est arrivé un vendredi soir aux urgences du CHU de Liège après avoir développé de la fièvre. Il s’agit d’un signal d’alerte pour les patients en chimiothérapie.
En raison de son traitement, le sexagénaire est particulièrement vulnérable. « Sans globules blancs, une infection peut dégénérer très vite en septicémie. On a découvert qu’il avait une bactérie dans le sang. Il a fallu deux à trois jours pour identifier qu’il s’agissait d’E. coli », explique sa fille.
Selon elle, il est resté dans un box des urgences durant tout le weekend : « Il devait sortir pour aller aux toilettes alors qu’il n’a plus d’immunité. Il ne pouvait pas se reposer, il y avait la lumière et le bruit en permanence. Il est censé récupérer entre ses cures de chimio, mais là, c’était impossible ».
Il avait l’impression d’être dans un hôpital de campagne
À un moment, le personnel médical lui aurait même annoncé qu’il pourrait encore rester plusieurs jours aux urgences, le temps de traiter la bactérie. « Il avait l’impression d’être dans un hôpital de campagne, alors qu’il s’agit de l’hôpital universitaire de Liège », s’insurge Léa.
D’après elle, une chambre stérile ne lui aurait été attribuée qu’après l’identification précise de la bactérie, dans la nuit de dimanche à lundi.
La justification avancée ? « On lui a dit qu’il n’y avait pas de chambres disponibles et pas assez de personnel », assure la jeune femme. « Quand les médecins du service d’hématologie sont revenus lundi, il a enfin été transféré », ajoute-t-elle.
Notre hospitalisation provisoire est pleine tous les matins depuis des semaines
Le CHU de Liège confirme cette situation compliquée. « Nous sommes en pleine période hivernale et notre hospitalisation provisoire est pleine tous les matins depuis des semaines », assure Olivier Rubay, porte-parole du centre hospitalier universitaire. « Les cas sont dispatchés dans les lits qui se libèrent durant la journée. Mais l’hospitalisation provisoire se remplit au fur et à mesure avec pour conséquence, lorsque l’hospitalisation provisoire est pleine, que des patients restent dans des box sur des brancards parfois pendant plusieurs heures », admet le porte-parole.
L’hospitalisation provisoire, qui fait partie du service des urgences, accueille les patients avant leur transfert vers une unité de soins et une chambre.
Selon Olivier Rubay, les lits sont attribués par discipline prioritairement. Dans le cas de Jean, le service prioritaire était l’hématologie. Ensuite, le personnel cherche une place dans une discipline proche, dans ce cas-ci, l’oncologie ou la médecine interne. « S’il a été mis en isolement protecteur, il nécessitait une chambre individuelle, encore plus compliqué à trouver. Et ce weekend-là, comme les précédents, nous étions à saturation. Des lits étaient fermés par manque d’infirmiers, en raison de grippes compliquées, de cas de Covid », énumère Olivier Rubay.
Le code orange toujours en vigueur
La semaine de l’hospitalisation de Jean, début février, l’épidémie de grippe était toujours présente en Belgique après un pic atteint en janvier. Le Risk Management Group (RMG) du SPF Santé publique avait d’ailleurs fait passer le niveau d’alerte pour les infections respiratoires en code orange mi-janvier. « Le code orange est notamment déclenché lorsqu’il y a une pression importante sur le système de soins », précise le porte-parole de Sciensano. Selon le SPF Santé publique, ce code orange est toujours d’actualité.
La saturation évoquée par le CHU de Liège se justifie donc notamment par le code orange en vigueur. Et la pénurie du personnel hospitalier est structurelle. Selon les derniers chiffres, il manque entre 25.000 et 30.000 infirmiers en Belgique.
Pour nous, c’est proche de la maltraitance
Une fois admis dans le service adéquat, Jean a reçu les soins nécessaires. Mais sa famille reste choquée. « Il a passé plus de 48 heures sur un brancard avec une bactérie dans le sang, alors qu’il a un cancer. Pour nous, c’est proche de la maltraitance », estime Léa.
Le porte-parole du CHU de Liège assure toutefois que les soins apportés sont « toujours prodigués avec le même investissement et le même professionnalisme ».















