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Des étudiantes racontent leur précarité: "Je survis plutôt que de vivre", "A la cantine, on se dit qu’on ne va pas manger"

  • Des étudiantes racontent leur précarité: "Je survis plutôt que de vivre", "A la cantine, on se dit qu’on ne va pas manger"

  • La précarisation des étudiants du supérieur débattue ce midi

 

En 2019, on compte 22 903 étudiants bénéficiant du Revenu d’Intégration Sociale (RIS). C’est trois fois plus qu’en 2006. Parmi eux, beaucoup d’étudiants wallons qui vivent donc sous le seuil de pauvreté. Ce dimanche, des étudiants en Fédération Wallonie-Bruxelles étaient face à leur ministre, la libérale Valérie Glatigny, pour l'interpeller sur l’urgence de la situation.

87,2 % des étudiants dépendent de leur famille, pour tout ou une partie de leurs frais… mais comment font ceux dont la famille ne peut pas apporter de soutien financier ? Combiner job d’étudiant et réussite scolaire n’est pas évident.

Safy Diomande, 23 ans, habite Wavre et se rend tous les jours en bus à la Haute Ecole Lucia de Brouckère. Elle est en deuxième année de diététique. Sa maman vit seule dans un logement social. Safy dit devoir avoir un job sur le côté pour financer ses études.

"Dès que j’ai l’occasion de travailler je le fais", indique-t-elle. "Parfois, ça prend beaucoup de temps et ça m’handicape dans mes études. Je suis stressée par le fait de faire attention à avoir suffisamment d’argent pour aller à l’école, prendre le bus, manger à midi… Parfois à la cantine, on se dit qu’on ne va pas manger, prendre des tartines ou s’organiser autrement car on n’a parfois pas les moyens… Un repas à la cantine peut aller jusqu’à 5 euros", précise-t-elle.

Il existe des aides, mais Safy dit que les étudiants ne sont pas toujours mis au courant.

"Récemment, j’ai appris qu’il y avait une aide au niveau des bourses, hors de la communauté française, mais cette aide n’est pas suffisante. Il faut travailler pour combler ces manquements", ajoute Safy.

Une autre étudiante, Victoria Tielemans, 27 ans, passe un master en "Sciences de la famille et du couple" à l’UCL. Son rêve est de devenir sexologue. Elle habite à Louvain-la-Neuve dans un kot. Elle est au CPAS.

"J’ai un taux isolé donc 900 euros plus ou moins. Ce n’est pas totalement suffisant une fois que tu payes le logement (500 euros) et les autres frais (copies, livres pour l’université, stages…)", explique-t-elle. "Je dois me priver de presque tout. J’ai l’impression que je survis plutôt que de vivre. Je pense plus à comment finir les fins de mois que de comment réussir mon année scolaire. Mon budget est mon inquiétude de tous les jours. Je me demande si je pourrai manger lors de la dernière semaine du mois."

Elle ajoute : "Avec un revenu isolé, on ne peut pas travailler car avec la bourse…"

Il faut mieux informer les étudiants pour les aider

Comment peut-on rendre les études plus abordables ? Diminution du minerval, aide pour les copies, syllabi et matériel nécessaire ? Intervention kilométrique pour les étudiants qui n’ont pas de Hautes-Écoles ou d’Université à proximité ? Quels sont les leviers qui dépendent de la Ministre et des différents gouvernements ?

Les chiffres du nombre d’étudiants qui doivent faire appel au CPAS en Fédération Wallonie-Bruxelles interpellent également Valérie Glatigny, la Ministre de l’Enseignement supérieur. "Le phénomène de précarisation est objectivé avec les chiffres cités. Quant aux raisons, beaucoup évoquent le coût des études qui auraient augmenté. Structurellement, il n’a pas augmenté. Par contre, ce qui a énormément augmenté, et qui explique cette situation, c’est l’allongement de la durée des études. Puisqu’avec le décret Paysage, on reporte de plus en plus de crédits à l’année suivante."

Il ne faut pas uniquement modifier le décret "Paysage"

Le décret "Paysage" fait en sorte qu’on peut reporter à l’année d’après les examens qu’on n’a pas réussi l’année où on devait les réussir. Certains font donc 6 ou 7 ans d’études car ils ont des cours à rattraper.

"Il y a aussi la question des aides. Elles sont morcelées en différents niveaux de pouvoirs et donc il s’agit de travailler de façon interinstitutionnelle sur le dossier et d’informer les personnes. Sur l’aspect administratif, beaucoup d’étudiants ne souhaitent pas faire une demande car ils ont l’impression que le processus pour faire une demande est beaucoup trop administratif", poursuit Valérie Glatigny.

Selon Chems Mabrouk, la présidente de la fédération des étudiants francophones, il ne faut pas uniquement modifier le décret "Paysage". D'autres mesures devraient être prises pour lutter contre la précarité. "Il faudrait diminuer les droits d'inscription, rembourser le matériel de cours... Ce sont des choses qui touchent tous les étudiants. Il y a aussi des frais administratifs que les établissements de l'enseignement peuvent prendre à leur charge. Il faut arrêter avec ce mécanisme", conclut-elle.  

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