L'impact des médicaments que nous consommons n'est pas sans danger pour les espèces vivant dans nos cours d'eau: "On va parler de féminisation des poissons"

Nos cours d'eau sont pollués par la présence de médicaments, c'est un fait. Mais ce que ne savent pas scientifiques, c'est l'impact de ces substances sur les organismes vivants comme les poissons. C'est ce que vont chercher à savoir des chercheurs de l'université de Namur, que Christophe Clément et Alain Hougardy ont rencontré pour le RTL info 13 heures.

Aux portes de Namur, la station d'épuration de Lives-sur-Meuse traite les eaux usées d'environ 100.000 habitants. L'installation est récente, mais certaines substances passent tout de même à travers les mailles du filet.

"Les stations d'épuration telles qu'on les conçoit actuellement répondent aux obligations légales, et donc traitent les pollution au carbone, azote et phosphore. Elles ne sont pas conçues à la base pour traiter d'autres substances", explique Christian Didy, responsable du service exploitation de la société publique de gestion de l'eau (SPGE).

Les médicaments absorbés par la population puis rejetés à l'égout ne sont par exemple filtrés qu'à hauteur de 50%. Conséquence : plusieurs dizaines de ces substances pharmaceutiques se retrouvent dans nos cours d'eau.

"On va retrouver des anti-inflammatoires: le diclofenac, de l'ibuprofène, du naproxène, que les gens consomment assez fréquemment. On va aussi retrouver du paracétamol, on va retrouver des neuroleptiques, des substances utilisées dans les problèmes cardio-vasculaires, etc.", détaille Patrick Kestemont, professeur de biologie à l'université de Namur.


Les conséquences de la pilule contraceptive sur les truites

Les concentrations sont infimes, mais ont-elles un impact sur l'écosystème? Ces chercheurs veulent le vérifier. Des poissons, des mollusques, des crustacés et des mousses aquatiques seront placés en cages puis immergés dans la Meuse afin d'étudier leur réaction. On sait par exemple que la pilule contraceptive modifie le système reproducteur des truites.

"Les truites femelles, qui peuvent exprimer plus d'hormones présentes chez les mâles, et vice-versa, affirme le chercheur. On va parler de féminisation des poissons qui se retrouvent en aval de villes ou de stations d'épuration"

Réponse de la SPGE : "Il est probable que dans un certain nombre de cas, il faudrait renforcer le traitement. Mais ce sont des traitements qui sont énergivores, qui vont consommer des ressources, explique Christian Didy. Et donc, à un moment donné, il faut se poser la question de l'intérêt que ce type de traitement apporterait".

Le renforcement des systèmes d'épuration pourrait augmenter de moitié : le coût de traitement des eaux usées. En attendant les conclusions de l'étude, les spécialistes prônent une consommation de médicaments plus modérée. 

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