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Une antenne GSM installée juste à côté de l’école du fils de Nicolas à Somme-Leuze: y a-t-il danger pour les enfants?

Une antenne GSM installée juste à côté de l’école du fils de Nicolas à Somme-Leuze: y a-t-il danger pour les enfants?
Antenne GSM, Somme-Leuze

Comment réagiriez-vous, si vous constatiez que l’on installe une antenne GSM juste à côté de l’école de votre enfant ? Nicolas n’a pas eu le temps de se poser la question, puisqu’il vit cette situation en ce moment, à Somme-Leuze. Selon lui, la population n’a pas été concertée. Des études d’incidence ont été menées et les normes légales sont respectées, assure la commune.

Nicolas est désemparé. Cet habitant de Somme-Leuze en province de Namur a appuyé sur le bouton orange Alertez-nous, pour signaler qu’une antenne GSM venait d’être installée près de l’école de son fils. Elle a été placée sur le clocher de l’église juste à côté de l’établissement. "Je ne suis pas contre l’antenne, mais pas à côté d’une école primaire", clame ce père.

"Mon fils fait des crises d’épilepsie, donc dès maintenant, il va être tout le temps sous l’emprise de cette antenne. Il en a encore pour trois ans dans cette école", s’attriste Nicolas. Qui dit antenne dit évidemment ondes, et il veut tout faire pour limiter leur impact. "Chez moi, pour réduire les ondes Wi-Fi, j’utilise un système qui fait passer Internet par les câbles électriques".


"Ça a fait effet boule de neige"

Ce qui dérange aussi Nicolas, c’est que personne n’a été prévenu des travaux. "Quelqu’un a vu qu’on mettait des panneaux de signalisation autour de l’église. Il s’est renseigné et on lui a appris qu’on venait installer une antenne. Ça a fait effet boule de neige. Moi je l’ai appris par hasard, lors d’une soirée théâtrale dans le village". Il estime donc avoir été mis sur le fait accompli, et il déplore que la population n’ait pas été consultée avant la prise de décision. "Il n’y a pas eu d’avis d’urbanisme, pas d’avis communal, rien du tout. Je pense que c'est parce que le bâtiment existait déjà".

C’est d’ailleurs ce que confirme la bourgmestre de la commune, Valérie Lecomte: "Il n’y a aucune enquête publique prévue pour ce type d’antenne là. Ce sont des antennes qui sont petites, intégrées au niveau paysager. On a l’impression que c’est complètement intégré dans le mur du clocher, donc il n’y a pas besoin d’autorisation, ni d’enquête publique". Elle s’étonne d’ailleurs de l’émoi des habitants.

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Nicolas en convient, les travaux se sont déroulés rapidement, et on ne voit pas grand-chose de l’extérieur. "Une grue a démonté une partie du clocher pour pouvoir passer les systèmes de l’antenne. Et ensuite, ils ont placé, devant les émetteurs, un genre de voile en plastique. Et c’est la copie conforme des briques de l’église. C’est bien imité. Je suppose que l’aspect visuel devait rester le même."


Des aménagements essentiels pour la couverture GSM de la commune

Mais ces efforts esthétiques ne changent rien pour Nicolas. "Il y a quand même à présent plusieurs émetteurs autour de l’église. On a reçu par la suite un courrier de la bourgmestre, pour nous expliquer que les normes ont été respectées. Mais moi je trouve qu’on ne tient pas compte de l’avis de la population, ni de sa santé".

Deux études ont déterminé que les seuils de dangerosité étaient inférieurs aux normes

La bourgmestre se justifie. "On a installé cette antenne pour renforcer la couverture GSM, qui est souvent mauvaise dans nos zones rurales. On est dans ce qu’on appelle une zone blanche. Grâce à cela, ça va enfin s’améliorer". Le choix du clocher était évident pour le collège communal, puisqu’il s’agit d’un des points les plus hauts de Somme-Leuze. Pour ce qui est de la proximité avec l’école, Valérie Lecomte veut couper court aux critiques. "Mes filleuls et nièces sont dans cette école-là. Pensez-vous que j’aurais été assez bête pour mettre en danger tous ces enfants ?".

Pour elle, toutes les mesures qui ont été prises au préalable sont rassurantes. "La commune a sollicité deux études concernant l’impact de ces antennes sur la santé des citoyens. Elles ont déterminé que les seuils de dangerosité étaient inférieurs aux normes. Il n’y avait donc aucun problème, on pouvait installer cette antenne".

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Des simulations mathématiques avant chaque installation

Nous avons contacté l’Institut Scientifique de Service Public (ISSeP). Cet organisme, placé sous la responsabilité du Gouvernement wallon, exerce des activités scientifiques et techniques dans le domaine environnemental. Il s’agit donc d’un laboratoire qui réalise des études d’incidence et des contrôles, notamment en ce qui concerne les champs électromagnétiques et les antennes GSM.

On nous l’assure, des contrôles sont à chaque fois réalisés, lorsqu’une commune projette d’installer ce type d’antenne. "Puisque l’installation n’existe pas encore, on fait des simulations mathématiques, à partir de données techniques. Par exemple, le type d’habitations, la hauteur de l’antenne, ou encore sa puissance", détaille un spécialiste de l’institut. Les calculs détermineront donc si oui ou non les normes sont respectées et si on peut installer le dispositif.

Si vous êtes au pied du pylône, il n’y a pas grand-chose qui vous atteint. On peut être par contre plus touché quand on s’éloigne de 200-300 mètres

"Au pied du pylône, il n’y a pas grand-chose qui vous atteint"

En Wallonie, la limite est de trois volts par mètre par technologie (3V/m pour la technologie 3G, 3V/m pour la 4G, etc.). Une limite qui est mesurée dans les lieux de séjour, donc là où les gens peuvent se trouver. C’est ce qu’on appelle une norme d’immission. "On peut faire une comparaison avec la fumée qui sort d’une cheminée. Juste à la sortie de la cheminée, on parle d’émission de fumée. Ce n’est pas la fumée que vont respirer les habitants. Ce que l’on appelle immission, c’est ce qu’ils respirent réellement", détaille le spécialiste. C’est donc la même chose en ce qui concerne les ondes électromagnétiques.

"On a quasiment les normes les plus sévères au monde chez nous. Par rapport à nos pays voisins, on a des normes vraiment très strictes", assure-t-il. Pour lui, il n’y a donc pas spécialement de danger en ce qui concerne l’école du fils de Nicolas. "Si vous êtes au pied du pylône, il n’y a pas grand-chose qui vous atteint. On peut être par contre plus touché quand on s’éloigne de 200-300 mètres". Et cela s’explique facilement. Les ondes partent en ligne droite depuis l’antenne. En s’éloignant, le faisceau va progressivement s’élargir, jusqu’à atteindre le sol.

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Malgré tout, on se veut rassurant à l’ISSeP. "L’antenne relais est généralement située à 20-25 mètres de hauteur, parfois plus, donc les riverains restent très peu exposés. On est dans des niveaux qui restent faibles". Cet expert ne balaie pas non plus les études d’incidence qui sont menées depuis de nombreuses années. "La question est de savoir à partir de quel niveau les effets apparaissent ou n’apparaissent pas. Ce qu’il y a surtout, ce sont des doutes en ce qui concerne le GSM. C’est un appareil relativement puissant qui est collé à l’oreille. Ça pourrait être cancérigène, et donc il ne faut pas abuser de son utilisation".



Des contrôles à posteriori, également chez les particuliers

La mission de l’ISSeP ne se limite pas aux simulations avant l’installation des antennes. L’institut peut également mener des contrôles à posteriori. "Les commues ont la possibilité de les faire faire gratuitement sur leur territoire. On se rend sur place avec des appareils de mesure pour voir si la limite est respectée". Certaines communes sollicitent ces contrôles soit pour une implantation particulière, soit pour l’entièreté de leurs antennes. "Sur les 10 dernières années, 25 % du parc wallon a déjà été contrôlé", se réjouit l’expert.

L’initiative ne doit pas spécialement venir de la commune, les riverains ont aussi la possibilité de demander une analyse de leur domicile. "Ils peuvent appeler le call center SOS environnement nature de la Région wallonne, le 1718". Un répondeur automatique les guidera dans leur demande. "C’est un service gratuit. On va chez la personne sur rendez-vous. Elle reçoit ensuite un rapport qui détaille l’exposition électromagnétique de l’habitation". Un service auquel Nicolas fera peut-être appel, afin de s’assurer que les normes sont bien respectées chez lui.

 

 

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