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Tout commence un lundi soir vers 19h30. Le mari de Nour (prénom d’emprunt) vomit tout ce qu’il avale depuis 24 heures. Inquiète de le voir se déshydrater, la jeune femme décide de l’emmener aux urgences de l’hôpital Erasme, à Anderlecht. « On arrive vers 20h30. Il n’y avait pas trop de monde dans la première salle d’attente, on s’est dit qu’on serait vite pris en charge », raconte-t-elle.
Mais après la prise des paramètres, le temps se fige. Les heures défilent : 22h30, minuit, 2 heures du matin. « Je voyais mon mari vomir du jaune, il était pâle. J’ai demandé plusieurs fois si on ne nous avait pas oubliés. On m’a répondu que c’était comme ça, qu’il n’y avait pas assez de personnel. »
Touche-moi en premier pour que je puisse te dégommer
À plusieurs reprises, la jeune femme retourne vers une infirmière pour lui demander des nouvelles. L’infirmière estime ne pas pouvoir accélérer les choses et invite Nour à retourner s’asseoir, ce qu’elle refuse. C’est alors que la situation aurait dérapé. Une infirmière se serait montrée particulièrement virulente à son égard : « Elle a dit à sa collègue : ‘Je vais appeler les gardes, qu’elle ne casse pas les couilles celle-là’. Devant tout le monde, elle m’a lancé : « Si tu n’es pas contente, tu dégages ». J’ai commencé à pleurer, elle m’a répondu : « T’as qu’à pleurer, les résultats, tu ne les auras pas ». »
Nour décrit même une scène de provocation physique : « Elle s’est approchée de moi en me provoquant : ‘Touche-moi en premier pour que je puisse te dégommer’. À ce moment-là, j’ai vu flou. On s’est senti négligés de A à Z. »
Suspicion d’appendicite
Vers 2h30, le couple sera finalement reçu par un médecin que Nour a interpellé dans un couloir de l’hôpital. Ce dernier suspecte une appendicite et invite l’homme à passer un scanner. La jeune femme bondit. Elle imagine déjà une nouvelle attente interminable. Le médecin la rassure, il va immédiatement prévenir un brancardier, son mari sera pris en charge dans quelques minutes. Toutefois, le jeune couple attendra à nouveau deux heures.
Pour Nour, cela ne fait aucun doute, elle a été reléguée en bas de la liste, punie pour ses interventions répétées. Le couple ne quittera l’hôpital qu’à 4h45 du matin, avec un diagnostic d’intoxication alimentaire.
Ça me rappelle des mauvais souvenirs quasi identiques
La jeune femme publie son récit sur Facebook où elle reçoit des centaines de commentaires. La plupart faisant état d’expériences similaires. « J’ai ouvert mon poignet avec un miroir, je suis restée jusqu’à 3h du matin et personne ne m’a pris en charge. » « On m’a mis un baxter dans la salle d’attente, même mes résultats de ma prise de sang et de ma radio je les ai eus à la salle d’attente, on m’a retiré la perfusion debout devant leurs bureaux, c’est vraiment à fuir. » « Ça me rappelle des mauvais souvenirs quasi identiques il y a un peu plus d’un an. On y était à 19h20 et je suis ressorti à 00h30 à bout de nerfs dans un état de crève sans avoir vu de médecin. »
La réponse de l’hôpital Erasme
Contactée, la direction de la communication de l’hôpital Erasme précise qu’elle n’était pas au courant de cette altercation spécifique avant notre sollicitation. Fidèle à sa politique, l’institution ne communique pas sur les cas individuels de ses patients ou employés.
Cependant, le ton est ferme : « Un tel comportement est évidemment jugé inacceptable et les mesures ont été prises pour que ceci ne se reproduise pas », indique Frédérique Meeus, porte-parole de l’hôpital.
Le personnel finit par perdre pied
Pour Patrick Emonts, de l’Association Belge des Syndicats Médicaux (ABSyM), s’il est injustifiable de tenir des propos déplacés, cette situation illustre un mal profond : l’épuisement des services d’urgence.
« On est face à des services où la pression est permanente. Les urgences sont devenues un ‘melting-pot’ de tout. Les gens arrivent angoissés, parfois agressifs, et le personnel, à force de subir cette tension, finit par perdre pied », explique le Dr Emonts. Selon lui, cette surcharge use prématurément les soignants, qui ne font souvent plus carrière dans ces services tant la charge mentale est lourde.
La nécessité d’un tri efficace
Pour Patrick Emonts, la solution réside dans une meilleure organisation entre la médecine de ville et l’hôpital.
« Il faut éduquer les gens. Les urgences ne sont pas un endroit où l’on va acheter une perfusion. Tout ce qui peut être géré par un médecin généraliste ou un poste de garde (via le numéro 1733) doit l’être à l’extérieur. Cela permettrait aux urgentistes de se concentrer sur les vrais cas graves sans être dépassés par le nombre. »

















