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« J’étais tétanisée » : des pompiers forcent l’entrée de la maison de Laurie par erreur, impuissante, elle assiste à la scène en direct

par Lucas Fu
Alors qu’elle buvait un verre avec sa sœur à 30 minutes de chez elle, Laurie reçoit de nombreuses notifications sur son téléphone. Elle constate avec horreur que des pompiers sont en train de forcer la porte d’entrée de son domicile.

Ce vendredi soir, Laurie quitte son domicile de Montigny-le-Tilleul l’esprit léger. Elle prend la route pour rejoindre sa sœur, avec qui elle a prévu de passer la soirée dans un bar de Gembloux. Durant le trajet, quelques alertes font vibrer sa montre connectée, mais la jeune femme ne s’en inquiète pas : « Je me dis que c’est une araignée qui fait sa toile et qui déclenche le détecteur ».

C’est une fois installée au restaurant que tout bascule. Intriguée par la persistance des notifications, Laurie finit par ouvrir l’application de sécurité sur son téléphone pour visionner les images en direct. Le choc est brutal : ce n’est pas un insecte qu’elle découvre sur son écran, mais des uniformes. Des pompiers et des policiers s’affairent devant chez elle et sa porte d’entrée est déjà béante.

J’étais tellement stressée

« Ma première pensée, c’est qu’il y a le feu. J’étais paniquée pour mon chat, je cherchais désespérément ce que j’avais pu oublier allumé chez moi », confie-t-elle. À des kilomètres de là, Laurie tente désespérément d’utiliser la fonction micro de sa caméra pour interpeller les agents, sans succès : « Normalement je peux parler via ma caméra mais dans la panique, je n’y arrivais pas, je me trompais de bouton, j’étais tellement stressée ».

Tétanisée, elle finit par appeler le 112, sur les conseils d’un inconnu qui assiste à la scène. Au bout du fil, l’opératrice lui apporte une réponse inattendue : les secours sont là pour secourir une dame âgée qui aurait fait une chute à cette adresse. Laurie s’effondre : « Je lui ai dit tout de suite que c’était une erreur car j’habite toute seule donc c’est impossible ».

La confusion d’une dame âgée

Comment une telle scène a-t-elle pu se produire ? L’explication tient en une confusion de chiffres. Une voisine, victime d’une chute et en état de choc, a appelé les secours en étant persuadée d’habiter au numéro 75, l’adresse de Laurie, au lieu de son propre domicile situé au numéro 23. « On m’a dit qu’avant, elle habitait au 75, mais dans une autre rue », précise Laurie.

La dame était confuse, mais elle a insisté sur cette adresse précise à plusieurs reprises au 112 : « Elle criait, mais ils n’entendaient pas. Ils ont donc ouvert le volet côté cuisine, mais n’ont pas eu de visuel non plus, ils ont alors ouvert la porte », détaille Olivier Flémal, de la zone de secours Hainaut-Est.

Les pompiers auraient bien respecté le protocole : « On ouvre sans la présence de la police si on est sûr, en regardant par la fenêtre, si on entend au secours, ou si on a quelqu’un de la famille qui fait office de dérogation ». Sur les images de vidéosurveillance, à 19h45, nous entendons clairement un pompier dire : « On la voit la dame ou pas ? » Il poursuit : « Faut appeler la police alors ».

J’ouvre ou pas monsieur ?

Neuf minutes plus tard, la police arrive sur les lieux et donne l’autorisation de forcer l’entrée. La confusion est toujours présente, en l’absence de signes de vie à l’intérieur, malgré les communications par téléphone avec la dame âgée. « J’ouvre ou pas monsieur ? », lance le pompier se tenant devant la porte d’entrée. « Oui ! C’est 75 hein ? », entend-on un homme crier vers 19h54, juste avant que la porte soit ouverte.

Avec le feu vert de la police, les pompiers ont utilisé un extracteur de barillet. Ce n’est qu’une fois à l’intérieur, après avoir constaté que le logement était vide, que les secours ont compris l’erreur. « On demande souvent le nom sur la sonnette, mais de plus en plus de maisons n’en ont pas », regrette le Major.

Dégâts matériels

Si Laurie est soulagée que son chat soit sain et sauf, le retour à la réalité est amer. Sa porte d’entrée est lourdement endommagée et deux volets de sa cuisine ont été forcés. « Ma seule sortie possible, c’est par le garage. On a dit à mon papa de ne pas utiliser la porte d’entrée car elle pourrait ne pas se refermer », déplore-t-elle.

Aujourd’hui, Laurie se sent démunie face aux démarches : « Ça arrive d’un coup comme ça et je me retrouve à gérer une situation que je ne connais pas et on ne m’aiguille pas vraiment ». Son assurance habitation aurait accepté d’intervenir « par geste commercial », mais le délai de remplacement de sa porte est estimé à deux mois. L’assurance de Laurie estime donc qu’en temps normal, elle ne doit pas couvrir les dégâts à la porte et aux volets de la Montagnarde. Dès lors, qui d’autre aurait pu la rembourser ?

Pour Renaud Vanbergen, avocat spécialisé en droit des assurances, cette zone d’ombre n’est pas surprenante : « Le flou est compréhensible : c’est une situation tellement exceptionnelle qu’elle n’est tout simplement pas prévue par les contrats classiques. »

On dit full omnium, mais ça ne couvre jamais tout

L’avocat met en évident l’absence de fautif : « Les pompiers ne font pas de faute, la dame âgée fait une erreur mais juridiquement pas une faute ». Difficile dans cette situation pour une assurance de prendre en charge les dommages. Renaud Vanbergen souligne aussi que les particuliers pensent souvent être plus protégés qu’ils ne le sont vraiment : « Souvent, quand on signe un contrat, on dit qu’on prend toute la couverture, mais ça n’existe pas », lance-t-il. « Je le vois surtout dans les assurances omnium », continue l’avocat. « On dit full omnium, mais ça ne couvre jamais tout. Ce sont des assurances à péril nommé, on couvre ceci et cela. »

Malgré le traumatisme de cette intrusion vécue en direct, Laurie ne garde aucune rancœur envers sa voisine : « C’est une dame âgée qui a eu un souci, ça peut arriver. Je n’en veux à personne ». Elle espère surtout que son témoignage aidera d’autres citoyens à mieux naviguer dans ce labyrinthe administratif. « Il ne faut pas hésiter à revenir vers nous, on peut également donner des informations ou rassurer », conclut le major Olivier Flémal.

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