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Le bisphénol A est désormais reconnu comme un perturbateur endocrinien. Autrement dit, il peut imiter ou perturber l’action des hormones naturelles, provoquant des interférences invisibles mais potentiellement lourdes de conséquences sur la santé.
Selon le docteur Jean Pauluis, responsable de la cellule Environnement à la Société scientifique de médecine générale, « le bisphénol est susceptible de provoquer des cancers du sein et de la prostate, du diabète, de l’obésité, des atteintes d’organes, des troubles neurocomportementaux, des maladies cardiovasculaires ou encore de l’asthme. C’est un effet d’une ampleur excessivement vaste ».
Des risques accrus pour les plus jeunes
Les fœtus et les jeunes enfants sont considérés comme les plus vulnérables. Les mille premiers jours de vie sont déterminants, rappelle Corinne Charlier, professeure de toxicologie à l’université de Liège et cheffe du service de toxicologie du CHU de Liège.
Elle prévient : « Une exposition précoce peut mener à une obésité infantile, une hyperactivité, un diabète de type 2 à l’âge adulte ou encore des problèmes de maturation du système sexuel. Tous les axes régulés par des hormones dans notre organisme peuvent être perturbés ».
Une exposition à cette période pourrait même impacter les générations futures. Chez l’animal, notamment chez la souris, une exposition au bisphénol A augmenterait la propension à développer un cancer du sein jusqu’à plusieurs générations après, souligne le docteur Pauluis.
Une substance qui persiste malgré l’interdiction
Même si le bisphénol A s’évacue rapidement du corps, une exposition brève peut suffire à perturber certaines fonctions biologiques. Plus largement, les perturbateurs endocriniens sont aujourd’hui soupçonnés de contribuer à divers problèmes de santé, notamment à la baisse de la fertilité.
« On n’a jamais vu autant de couples devoir recourir à la procréation médicalement assistée », observe Corinne Charlier. « On pense que les perturbateurs endocriniens, pas seulement le bisphénol A, mais l’ensemble de ces substances, jouent un rôle dans ces difficultés à procréer. »
Longtemps omniprésent dans les emballages alimentaires, les bouteilles, les boîtes de conserve ou les canettes, le bisphénol A est interdit par la Commission européenne depuis janvier 2025 dans les produits en contact avec les aliments. Mais tous les produits n’ont pas encore disparu du circuit pour autant.
Renaud de Bruyn, conseiller en déchets et alimentaire chez Ecoconso, explique : « Dans certains secteurs, les délais sont plus longs. On peut aussi écouler les stocks existants. Et puis, si on parle de boîtes de conserve, ce sont des produits qui se conservent plusieurs années. On risque encore de trouver des molécules qui à un moment seront interdites »
Des substituts pas forcément plus sûrs
Le bisphénol A disparaît progressivement, mais souvent au profit du bisphénol S ou F. Une question demeure : remplace-t-on un danger connu par un risque encore mal évalué ?
Face à ces incertitudes, les experts appellent à la prudence.
















