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Le Mexique a annoncé le déploiement de 2.500 soldats supplémentaires dans l’ouest du pays, une mesure présentée comme « dissuasive » face à la vague de violences déclenchée après la mort de Nemesio Oseguera, alias « El Mencho », chef du cartel Jalisco Nouvelle Génération (CJNG).
« Environ 7.000 soldats étaient déjà stationnés dans l’État de Jalisco, donc la présence militaire va être renforcée », a déclaré le ministre de la Défense, Ricardo Trevilla. Cette région est le fief historique du CJNG.
Un narcotrafiquant d’envergure mondiale
Pour Frédéric Saliba, journaliste spécialiste du narcotrafic et de l’Amérique latine, la mort d’El Mencho constitue un événement majeur. « C’est le narcotrafiquant le plus important de tout le continent américain, avec des ramifications en Europe et en Océanie. C’est le Pablo Escobar mexicain. C’est peut-être d’ailleurs le narcotrafiquant connu le plus important au monde », affirme-t-il.
Un bras de fer du crime organisé contre le gouvernement
Âgé de 59 ans, El Mencho dirigeait une organisation criminelle considérée comme l’une des plus puissantes du Mexique, solidement implantée dans les circuits de la narco-politique.
250 « narco-barrages » et un climat de panique
La réaction du cartel ne s’est pas fait attendre. Selon Frédéric Saliba, on recense environ « 250 narco-barrages », des véhicules incendiés pour bloquer les routes, accompagnés d’explosions et de tirs en l’air.
Ces violences concernent 20 des 32 États mexicains, soit plus de la moitié du pays. « C’est un bras de fer du crime organisé contre le gouvernement, visant à dissuader ce dernier de mener de telles opérations et à diffuser un vent de panique et de terreur au sein de la population », explique le spécialiste. La situation a déjà fait plusieurs victimes. Au moins 25 membres de la garde nationale, ainsi qu’un agent de sécurité et un fonctionnaire du parquet, ont été assassinés. Dans l’autre camp, 30 membres du cartel ont été tués par les forces de l’ordre.
Dimanche soir, la panique était palpable. « Beaucoup de personnes se demandent si elles peuvent encore prendre les transports ou partir en avion », rapporte-t-il. Ce lundi, la situation semble légèrement plus calme, même si la tension reste forte. Les autorités locales invitent les habitants à rester chez eux et, dans certaines zones de l’ouest du pays, notamment autour de Guadalajara, les rues sont désertes.
Pression internationale et enjeu du Mondial
La mort d’El Mencho intervient dans un contexte international particulier. Le Mexique co-organisera la Coupe du monde de football avec les États-Unis et le Canada. « Il est difficile de dire si la Coupe du monde est liée à cette opération, mais on sent que le gouvernement mexicain a répondu à la pression de Washington », estime Frédéric Saliba. Sécuriser la région de Guadalajara, où se trouve un grand stade appelé à accueillir des matchs, était un enjeu important.
Ce cartel est si puissant qu’il survivra à son fondateur
La présidente Claudia Sheinbaum a toutefois insisté sur l’absence de participation directe des forces américaines, évoquant uniquement des échanges d’informations.
« Une zone d’incertitude »
Reste à savoir quelles seront les conséquences à moyen terme. Selon Frédéric Saliba, le cartel Jalisco Nouvelle Génération est une organisation « pyramidale et familiale ». Même si son chef est mort, « ce cartel est si puissant qu’il survivra à son fondateur ».
La succession aurait été anticipée, El Mencho souffrant de problèmes de santé. Mais une telle opération peut provoquer des tensions internes et attiser les rivalités. « Cela peut déstabiliser la structure du cartel, provoquer des querelles internes et attirer la convoitise des ennemis cherchant à contrôler ses anciennes zones d’influence », prévient-il.
Pour les jours à venir, le scénario le plus probable reste un retour progressif au calme, même si des flambées de violence ne sont pas exclues. « On entre dans une zone d’incertitude, avec plusieurs scénarios possibles », conclut le spécialiste. Démanteler une organisation aussi ancrée dans les réseaux criminels et politiques mexicains pourrait, selon lui, prendre des années.


















