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L’administration pénitentiaire tire la sonnette d’alarme mardi, alors que plus de 600 détenus dorment au sol dans les prisons belges. Après avoir pris connaissance de ces chiffres, la directrice générale, Mathilde Steenbergen, plaide pour des mesures d’urgence exceptionnelles et du personnel supplémentaire. Elle évoque explicitement la possibilité de faire appel à la police ou l’armée pour surveiller les détenus qui dorment au sol et épauler le personnel.
La situation est devenue « insoutenable », selon elle. Elle évoque une combinaison de surpopulation structurelle, une pénurie de personnel chronique et une pression de travail croissante. Il est donc « extrêmement difficile et souvent impossible » pour les gardiens « de mener leur mission légale sûrement et humainement ».
Il semblait y avoir de l’espoir pour une amélioration durant des mois mais selon elle, il s’est désormais transformé en désillusion. « Aujourd’hui, le sentiment d’abandon prédomine. La réalité sur le terrain est plus dure que jamais, alors qu’aucun renfort concret n’est prévu. »
La directrice générale demande donc une « aide urgente » et n’exclut pas des mesures extraordinaires. « Si nécessaire, l’armée ou la police doivent temporairement prendre en charge et surveiller les détenus qui dorment au sol », assure-t-elle. La situation actuelle est d’après elle « dangereuse, inhumaine et inacceptable pour les détenus et le personnel ».
Mme Steenbergen pointe également les conséquences juridiques et financières de la surpopulation actuelle. La Belgique a été condamnée plusieurs fois ces dernières années par la Cour européenne des droits de l’Homme en raison des conditions de détention. « Les conséquences financières de ces condamnations se chiffrent en millions d’euros. Nous gaspillons l’argent des contribuables pour des indemnisations parce que nous refusons d’investir dans des solutions », assène la directrice générale.
« Une prison n’est pas uniquement un entrepôt, mais un chaînon de la société. Ceux qui en ressortent sans accompagnement, sans perspective et sans suivi rechutent plus rapidement », insiste-t-elle encore. Investir dans un personnel suffisant et bien soutenu, signifie pour elle investir dans le contrôle, l’accompagnement et l’ordre, ce qui résulterait en moins de récidives et plus de sécurité à l’échelle de la société.
En plus d’un renforcement structurel, elle demande également des mesures d’urgence immédiates. Elle évoque un « kafka administratif » qui entrave les recrutements rapides et affirme que la lenteur des procédures n’est plus compatible avec l’urgence de la situation. « Il ne doit plus y avoir de détenus qui dorment par terre », assure-t-elle.
Elle conclut en indiquant qu’il ne s’agit pas de confort, mais de principes de base. « Ce n’est pas une question de luxe, mais de dignité humaine, de sécurité et d’Etat de droit. » Les circonstances actuelles sont, selon elles, contraires à la juridiction autour du bien-être au travail et aux normes élémentaires en matière de sécurité et de santé au travail. « Nous ne demandons pas du luxe. Nous demandons le minimum nécessaire pour pouvoir mener notre mission. Le temps des atermoiements est terminé. »
















