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Anne ne décolère pas depuis son dernier passage au Colruyt. Cette Bruxelloise pensait acheter un américain de bœuf, mais s’est retrouvée avec du porc, plus spécifiquement, un « tartare de porc ». « Il est écrit dessus : se mange cru. Tapez sur Google ‘manger porc cru danger’ et vous verrez tous les risques sanitaires ! Je me demande s’ils sont conscients de ce qu’ils font », s’alarme-t-elle.
Même constat pour Maël, originaire de Couvin, qui s’est trompé dans le rayon boucherie en optant pour le produit Martino à base de porc, au lieu d’un américain de bœuf plus classique. Selon lui, ce serait tout simplement « un risque pour la santé du consommateur ».
Ce ne sont pas les mêmes choses
Face à ces réactions, le groupe Colruyt tient à rassurer : « Nous comprenons que ‘la viande de porc crue’ peut sembler inhabituelle, mais il est important de distinguer la viande de porc crue non contrôlée et potentiellement risquée, de ce type de produit spécialement fabriqué pour cet usage. Ce ne sont pas les mêmes choses », lance d’emblée l’enseigne qui assure que ce produit est « entièrement sûr et conforme aux normes ».


Il n’y aurait donc aucune volonté de tromper le client, mais plutôt de répondre à une tradition bien de chez nous. Le groupe explique qu’il s’agit d’une demande typiquement belge, dans la lignée de la « tartine de haché porc-bœuf avec des pickles ». Le « tartare de porc » et le « Martino » au porc s’inscrivent dans cette niche.
Colruyt pointe également une différence de vocabulaire qui peut induire en erreur : en France, un « tartare » est forcément du bœuf, alors qu’en Belgique, le terme désigne simplement une préparation crue, qu’il s’agisse de viande ou de poisson. L’enseigne assure être totalement transparente sur ses étiquettes pour éviter toute surprise.
« Des mesures strictes de biosécurité »
Peut-on donc manger du porc cru sans crainte en 2026 ? La réponse est oui, mais sous des conditions extrêmement strictes. Aline Van den Broeck, porte-parole de l’Afsca (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire), confirme que la commercialisation est autorisée car le règlement européen fixe des critères d’analyse très rigoureux.
Par exemple, le risque de trichinella, un ver parasite, est aujourd’hui considéré comme négligeable en Belgique pour les porcs élevés en intérieur, en environnement contrôlé : « Ces élevages appliquent des mesures strictes de biosécurité qui empêchent l’exposition au parasite », avance Aline Van den Broeck. « En revanche, les porcs élevés en plein air sont toujours systématiquement testés à l’abattoir pour la recherche de trichinella avant la mise sur le marché. »
Pour garantir la sécurité, les règles en magasin sont drastiques. La température de la viande ne doit jamais dépasser les 4°C et elle doit être mise en vente maximum 48 heures après sa production. De son côté, Colruyt précise que les matières premières sont bloquées et ne sont libérées qu’après des résultats d’analyses de laboratoire conformes : « Le produit mentionné est un produit préparé dans nos propres boucheries. Afin de réduire au minimum tout risque pour la santé, nous effectuons en continu des contrôles sur les matières premières utilisées ainsi que sur les produits finis ».
Attention aux publics fragiles
Si le produit est jugé sûr pour la population générale, Colruyt et les autorités sanitaires rappellent une règle d’or qui s’applique à toutes les viandes crues. Comme pour le filet américain de bœuf, les sushis ou les fromages au lait cru, la consommation de porc cru est fortement déconseillée aux personnes vulnérables, notamment les femmes enceintes, les personnes immunodéprimées, les jeunes enfants et les personnes âgées.


















