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La scène a été constatée par de nombreux observateurs. Alors qu’un incendie ravageait un bar de Crans-Montana la nuit du Nouvel An, de nombreux jeunes ont préféré filmer la scène plutôt que de tenter d’aider.
Filmer au risque de perdre la vie, un réflexe aux potentielles lourdes conséquences, mais un comportement naturel, selon Gaëtan Devos, psychologue expert dans les pratiques numériques : « Soit, je vais dans l’action, je vais agir, aider, soit je pars, je pars en courant, parce que c’est une situation beaucoup trop stressante pour moi, ou la troisième c’est la tétanie, ou là je reste figé sur place. Filmer permet justement de pouvoir se retirer de cette réalité via l’écran », explique-t-il.
Vouloir filmer, peu importe la situation, peu importent les risques, n’est pas lié à une génération accro aux réseaux sociaux. Ce spécialiste est ferme sur le sujet : Ne pas prendre la fuite, même en situation de danger, est totalement normal. « C’est un mécanisme naturel, ça n’est pas du tout lié ni à l’époque, ni à la génération, d’être sidéré quand vous êtes confronté à un danger qui vous menace lourdement. Ces jeunes que l’on voit filmer le début de l’incendie ne sont ni inconscients ni insouciants, ils sont juste en train de décoder quelque chose qui est en train de se produire », note Bruno Humbeeck, pédopsychiatre.
Un autre comportement interroge : celui de certains témoins hors de la boîte de nuit. Seulement, filmer et accepter de perdre de précieuses secondes pour sauver sa vie ou prêter secours n’est pas un phénomène nouveau.
Par exemple, en 2016, en plein chaos après les attentats de Zaventem ou après les attentats sur la Promenade des Anglais à Nice Les scènes sont déjà similaires avec de nombreuses personnes en train de filmer. Et même avant la création de smartphones : lors du 11 septembre 2001, des témoins, des victimes, prennent le temps de s’arrêter et de filmer.
« Ce même réflexe face à quelque chose qui nous renvoie à un sentiment d’impuissance. On ne sait rien faire et donc le principe de se mettre en position de témoin privilégié, c’est une zone de repli par rapport à ce sentiment d’impuissance. C’est une manière de se protéger et aussi de filmer pour pouvoir avoir des images, pour transmettre aux autres après ce qu’ils ont vécu », note Bruno Humbeeck.
Des comportements instinctifs, non réfléchis. Selon les experts, les comprendre totalement sans avoir vécu ces situations d’horreur est presque impossible.














