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« Plus jamais ça », a-t-on dit après un drame similaire à celui de Crans-Montana… en 1970 : un demi-siècle plus tard, rien n’a changé

Par RTL info avec Christophe Giltay
Une semaine après l’incendie meurtrier de Crans-Montana, la Suisse observe une journée de deuil national. Le drame, qui a coûté la vie à 40 personnes dont une Belge, ravive de douloureux souvenirs : celui du Cinq-Sept, en 1970, où 146 jeunes avaient péri dans des conditions similaires. Manquements à la sécurité, sorties de secours condamnées, matériaux inflammables… Comment un demi-siècle plus tard, un tel scénario a-t-il pu se reproduire ?

En hommage aux victimes de Crans-Montana, la Suisse a décrété, ce vendredi, une journée de deuil national. Une semaine après le terrible incendie qui a fait 40 morts, dont une Belge, et plus d’une centaine de blessés, chaque jour apporte son lot de révélations sur les manquements à la sécurité et le passé trouble des propriétaires du bar. La procédure judiciaire promet d’être longue.

« Je suis hanté par cette catastrophe. Elle m’a rappelé un événement qui a marqué mon enfance : le drame du Cinq-Sept, à Saint-Laurent-du-Pont, dans l’Isère (France), qui a fait 146 morts le 1er novembre 1970. J’avais 9 ans. C’étaient les vacances de la Toussaint, et je revois encore la une du journal que le facteur avait déposé dans la boîte aux lettres… » À l’époque, l’enquête avait mis en évidence le caractère inflammable des matériaux du dancing, et le fait que les sorties de secours avaient été condamnées pour éviter les resquilleurs. « Plus jamais ça », avait-on dit, et la réglementation sur les boîtes de nuit avait été sévèrement durcie.

La sortie de secours fermée

C’était il y a 56 ans. Aucune des victimes de Crans-Montana n’était née à l’époque. Et voilà qu’on apprend que le Constellation n’avait pas connu d’inspection de sécurité depuis 2020, que son plafond était inflammable, qu’on utilisait, dans ce sous-sol, des feux de Bengale… et que la sortie de secours était fermée, pour éviter les resquilleurs.

C’est un cauchemar. Comment a-t-on pu, un demi-siècle plus tard, reproduire quasiment à l’identique le drame du Cinq-Sept ? La justice va effectivement avoir beaucoup de travail. Et sur deux axes différents : les manquements des services de sécurité et le profil singulier des propriétaires de l’établissement, Jacques et Jessica Moretti.

Condamné en France

Jacques Moretti, un Corse de 49 ans, a été condamné en 2008 en France pour proxénétisme aggravé. Deux ans plus tard, il a eu de nouveaux démêlés avec la justice pour une affaire de fraude aux aides sociales. Son profil laisse apparaître un individu mû par l’appât du gain. Il lui était d’ailleurs interdit d’exercer une activité commerciale en France. C’est pourquoi il s’est rabattu sur la Suisse.

Avec sa compagne, il a racheté le Constellation en 2015. Ils ont eux-mêmes effectué les travaux de rénovation de ce bar laissé un temps à l’abandon. Ils ont notamment modifié le profil de l’escalier étroit où de nombreuses victimes ont trouvé la mort. L’enquête devra déterminer si ces aménagements étaient ou non soumis à une autorisation.

Laissés en liberté

Pour l’instant, le couple a été laissé en liberté par la procureure suisse, à la grande colère de plusieurs familles des victimes. En attendant le procès, la commune de Crans-Montana leur a retiré l’autorisation d’exploiter un autre établissement, le Senso, qui a été immédiatement fermé. Ce n’est qu’un début : ils risquent gros.

« Quant au petit garçon traumatisé par l’incendie du Cinq-Sept en 1970… aujourd’hui encore, quand il rentre dans un bar ou un cinéma, il s’installe près de la sortie. »

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