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Retraites: la visite de Charles III reportée, l'épreuve de force se poursuit

Coup dur pour Emmanuel Macron: l’Élysée a annoncé vendredi le report de la visite d’État du roi Charles III en France, au lendemain d'une 9e journée de manifestations contre la réforme des retraites marquée par un regain de mobilisation et des images de violences inédites.

La présidence française a directement relié, dans son communiqué, le report de la venue du souverain britannique (26-29 mars) à l'annonce par l'intersyndicale d'une nouvelle journée de grèves et de manifestations contre la réforme des retraites, mardi 28.

Une décision prise par les deux gouvernements, a précisé l’Élysée. Mais à la demande de Paris, selon Downing Street. Charles III devait honorer en France sa première visite à l'étranger depuis son accession au trône.

Il était notamment attendu à Bordeaux, théâtre d'incidents jeudi, où le porche de l'hôtel de ville a notamment été incendié.

En déplacement à Bruxelles pour un Conseil européen, Emmanuel Macron devait s'exprimer en début d'après-midi.

Les dirigeants politiques se sont immédiatement emparés de ce report, à commencer par les opposants à la réforme des retraites. "La réunion des rois à Versailles dispersée par la censure populaire", s'est réjoui le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, en référence au dîner d’État qui était prévu au château des rois de France.

"Que diriez vous d'un pays qui n'est pas en mesure d'accueillir dignement un de ses plus proches alliés en raison de l'obstination de son Président?", a ajouté le député Europe Écologie-Les Verts, Julien Bayou.

Même tonalité chez les opposants qui ont soutenu la réforme: "quelle image pour notre pays de n’être même pas en capacité d’assurer la sécurité d’un chef d’État", a réagi le patron des Républicains (LR), Eric Ciotti.

-Berger demande "une pause"-

Cette visite d’État, pour laquelle 4.000 policiers et gendarmes devaient être mobilisés, suscitait des interrogations croissantes, renforcées par la journée de manifestation de jeudi.

Entrée dans son troisième mois, la contestation dans la rue contre la réforme a rassemblé jeudi entre 1,089 million de manifestants (Intérieur) et 3,5 millions (CGT).

Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a réclamé vendredi que le gouvernement mette "sur pause" la réforme des retraites et ouvre une négociation plus globale avec les syndicats, qui comprendrait par exemple "l'emploi des seniors", "l'usure au travail" ou "les aménagements de fin de carrière".

Il faut "se donner six mois pour regarder, et sur le travail et sur les retraites, comment il faut reprendre les choses à l'endroit", a-t-il déclaré sur RTL, estimant qu'"il faut calmer le jeu avant qu'il y ait un drame".

"Il faut que tout le monde appelle au calme", a de son côté déclaré la présidente (Renaissance) de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet.

Dans la rue jeudi, les manifestants ont exprimé leur colère face au 49.3 utilisé par le gouvernement et l'intervention mercredi du président de la République.

Les syndicats, rassurés par les chiffres de la mobilisation, ont été aussi ragaillardis par des cortèges où les jeunes sont manifestement venus plus nombreux.

Des lycées étaient de nouveau bloqués vendredi matin, à l'image du lycée Condorcet dans le 9e arrondissement de Paris. Le ministère de l'Education nationale a recensé 12 blocages, autant de blocages filtrants, 10 tentatives de blocages et 4 autres formes de perturbation (rassemblement, distribution de tracts). Les syndicats lycéens Fidl et la Voix lycéenne appellent à une mobilisation à partir de lundi et jusqu'à la fin de la semaine.

La violence qui n'avait jusqu'ici été que sporadique, a fait une entrée en scène spectaculaire jeudi.

Porte de la mairie de Bordeaux incendiée, "scènes de chaos" dénoncées par la maire de Rennes, canons à eau à Lille et Toulouse, manifestante avec un pouce arraché à Rouen, commissariat pris pour cible à Lorient (Morbihan)... Des violences "inacceptables", a jugé la Première ministre Elisabeth Borne.

- 457 interpellations -

A Paris, des violences ont éclaté en tête de la manifestation avec leur lot de vitrines brisées et de mobilier urbain détruit, et des incidents se sont poursuivis tard dans la soirée dans le sillage de cortèges dits "sauvages", à rebours d'un défilé où la grande majorité des manifestants a marché pacifiquement.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a fait état vendredi de 457 interpellations, et de 441 blessés dans les rangs des forces de l'ordre.

M. Darmanin a également fait état de onze enquêtes judiciaires confiées à l'Inspection générale de la police nationale, alors que de nombreux responsables ou observateurs évoquent un durcissement du maintien de l'ordre.

"Nous avons une crise profondément politique, qui réclame une réponse politique et on y apporte une réponse policière", a dénoncé sur BFMTV le député LFI François Ruffin.

Et les mobilisations anti-bassines dans les Deux-Sèvres ce week-end promettent un sacré défi pour l'exécutif.

Celui-ci reste inflexible sur sa réforme. Emmanuel Macron avait défendu bec et ongles mercredi une réforme "nécessaire" pour les finances publiques, assumant son "impopularité".

A l'issue de ce nouvel épisode d'un conflit qui s'enlise, les responsables politiques de gauche ont invité les Français à amplifier encore la contestation.

Pour Marine Le Pen (RN) "Emmanuel Macron ne peut plus gouverner seul, il doit désormais en revenir au peuple".

Le secteur de l'énergie -gaz, pétrole, électricité- reste particulièrement mobilisé mais l'approvisionnement du bassin parisien en carburants par la grande raffinerie de TotalEnergies de Gonfreville-L'Orcher en Normandie a repris vendredi après une intervention des forces de l'ordre.

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