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Quelles sont les menaces qui pèsent sur la Belgique ? Voici ce que révèle le rapport de la Sûreté de l’État

La Belgique fait face à plusieurs menaces, de la Russie à la Chine, en passant par le terrorisme et le crime organisé. Le dernier rapport de la Sûreté de l’État montre que la situation reste complexe et préoccupante.

Le rapport annuel de la Sûreté de l’État (VSSE), publié ce vendredi, dresse un constat sans ambiguïté : la Belgique reste exposée à un spectre de menaces « multidimensionnelles » qui vont de l’ingérence russe à l’espionnage économique chinois, en passant par le terrorisme et le crime organisé.

Le document insiste sur la montée des actions hybrides, la persistance du terrorisme djihadiste, l’émergence de réseaux d’extrême droite nihilistes et l’impact déstabilisateur du trafic de stupéfiants. Dans ce contexte, la Sûreté de l’État rappelle que « la vigilance n’est pas un choix mais une nécessité » pour préserver la démocratie et la prospérité du pays.

Russie : la guerre hybride au quotidien

Sur le front russe, la Belgique fait face à un arsenal hybride de plus en plus sophistiqué, mêlant opérations d’influence, cyberattaques et espionnage classique. « La menace russe en Belgique est assez diverse et se situe dans des différents domaines », note Francisca Bostyn, administratrice générale de la Sûreté de l’État.

Elle cite pour exemples « des campagnes de désinformation, des attaques cyber, des tentatives d’ingérence dans le processus décisionnel ou aussi des activités d’espionnage plus classiques ». Et pour mener ces opérations, Moscou ne se limite pas à ses services de renseignement...

Agents « jetables » et drones au-dessus des sites sensibles

La Russie fait aussi appel à, par exemple, des organisations criminelles et « des agents jetables », précise Francisca Bostyn : « Ce sont des gens qui ne sont pas nécessairement liés aux services de renseignement, mais qui ont été recrutés par Internet et qui sont prêts à exécuter des missions pour les services de renseignement russes ».

Le rapport souligne la recrudescence des signalements de drones au-dessus d’infrastructures critiques, comme des centrales nucléaires, des bases militaires ou des aéroports, qui servent à tester la résilience du pays.

Chine : la traque à l’innovation

À la différence de Moscou, Pékin mise avant tout sur l’économie et la technologie. « On constate que la Chine a une aversion au risque beaucoup plus grande que la Russie », observe Francisca Bostyn. La VSSE se préoccupe surtout de l’espionnage économique chinois : « L’espionnage économique de la part de la Chine est quelque chose qui a notre attention tous les jours », insiste-t-elle, alors que Pékin cible des domaines comme la biotechnologie, l’intelligence artificielle ou les semi-conducteurs.

Les Chinois créent des sociétés miroirs, transfèrent la technologie, puis nos entreprises font faillite.
Francisca Bostyn, Administratrice générale de la Sureté de l’Etat

Les services chinois cherchent à recruter des profils belges lors de séjours à l’étranger plutôt qu’en Belgique même. « On constate des tentatives de recrutement des Belges en Chine. Les services de renseignement chinois vont essayer d’approcher des professeurs, des étudiants, des hommes d’affaires belges pour les pousser à leur fournir des renseignements », raconte Francisca Bostyn. Parallèlement, la VSSE met en garde contre les transferts de savoir-faire :  « Les Chinois créent des sociétés miroirs, transfèrent la technologie, puis nos entreprises font faillite » , résume-t-elle.

Comment la Sûreté riposte

Face à ces menaces, la Sûreté de l’État assure que la Belgique n’est « pas démunie ». « Quand je regarde mon propre service de la sûreté de l’État, on a reçu des moyens supplémentaires les dernières années pour doubler notre personnel. Ce qui signifie beaucoup plus de capacités pour mener des enquêtes », souligne Francisca Bostyn. La VSSE a également « libéré de l’argent pour investir dans la technologie, qui est très importante aujourd’hui », et espère l’adoption rapide d’une nouvelle législation qui lui permettra « de faire de la disruption », c’est-à-dire de ne plus se limiter à la collecte d’informations mais d’« intervenir » pour contrer certaines menaces.

La lutte passe aussi par un filtrage plus strict des investissements étrangers et par le travail de prévention auprès des acteurs économiques. Il s’agit de déterminer, après analyse, si un projet d’acquisition représente un danger pour la sécurité nationale et, le cas échéant, d’alerter les autorités politiques. « On a investi aussi énormément dans tout ce qui est sensibilisation. (…) On va voir les entreprises qui sont spécialisées dans certaines technologies et on leur donne des briefing sur les risques potentiels », ajoute-t-elle, tout en rappelant que l’objectif n’est « jamais » d’empêcher de faire des affaires avec la Chine, mais de susciter une prise de conscience des risques.

​ Terrorisme, extrémismes et crime organisé

Au-delà du duel russo-chinois, d’autres menaces continuent de peser sur la Belgique. Le terrorisme djihadiste reste « grave », avec une radicalisation qui touche désormais des profils de plus en plus jeunes, parfois dès 12 ans, et que le conflit à Gaza vient alimenter. L’émergence de réseaux d’extrême droite nihilistes et transnationaux, ainsi que la subversion liée au crime organisé, notamment autour du port d’Anvers. Dans ce contexte, la coopération internationale et le partenariat avec le renseignement militaire sont présentés comme des piliers incontournables pour anticiper et entraver ces menaces.

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