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L'UE autorise sous conditions le rachat de Monsanto par Bayer

L'UE autorise sous conditions le rachat de Monsanto par Bayer
La Commission européenne autorise sous condition le rachat de Monsanto par BayerPatrik STOLLARZ, John THYS

La Commission européenne a autorisé mercredi sous conditions le rachat de l'Américain Monsanto, spécialiste des semences, des pesticides et des OGM, par le géant allemand de la chimie Bayer, en dépit des vives inquiétudes des écologistes.

Cette autorisation de rachat est subordonnée à la cession d'un vaste ensemble d'activités que Bayer a proposée à l'exécutif européen pour dissiper ses craintes quant au respect de concurrence au sein de l'UE.

"Nous avons autorisé le projet de rachat de Monsanto par Bayer parce que les mesures correctives proposées par les parties, qui dépassent largement les 6 milliards d'euros, répondent pleinement à nos préoccupations en matière de concurrence", a déclaré la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager.

"Nos décisions permettent de garantir que la concurrence et l'innovation resteront effectives sur les marchés des semences, des pesticides et de l'agriculture numérique, même à l'issue de cette concentration", a ajouté Mme Vestager.

Pendant son enquête, la Commission européenne avait reçu de nombreuses pétitions envoyées par e-mails et courriers s'alarmant de cette union qui donnerait trop de pouvoir à un groupe fabriquant des OGM et le glyphosate, un désherbant très controversé.

"Cette fusion est d'autant plus cynique et amère que, en rachetant Monsanto, Bayer deviendra simultanément le plus gros acteur européen dans le domaine des produits chimiques agricoles et dans celui des médicaments", a déploré l'eurodéputé vert José Bové dans un communiqué.

"La Commission européenne engage donc les Européens, comme d'ailleurs le reste de la planète, dans un monde quasi-orwellien: du berceau au tombeau, ceux qui nous empoisonnent nous vendront aussi leurs médicaments pour nous guérir", a fustigé M. Bové.

Les équipes de Mme Vestager étaient chargées d'étudier les problèmes soulevés par cette union seulement du point de vue de la concurrence. Leur avis est susceptible d'être soumis à la Cour de justice de l'UE (CJUE).

- Inquiétudes -

La Commission européenne avait obtenu plusieurs concessions de Bayer, bien décidé à obtenir ce feu vert. Ainsi, en octobre 2017, le géant allemand avait annoncé céder pour près de 6 milliards d'euros d'activités agrochimiques à son compatriote BASF pour pouvoir convoler avec Monsanto.

Début mars, BASF avait en outre indiqué être en négociations exclusives pour racheter à Bayer l'ensemble de son activité de semences de légumes.

Bayer a désormais reçu les approbations de plus de la moitié des 30 autorités de régulation concernées à travers le monde, dont le Brésil et la Chine.

Aux Etats-Unis en revanche, les autorités semblent rechigner à accorder leur autorisation.

"Bayer et Monsanto coopèrent étroitement avec les autorités –- y compris le département de la Justice des Etats-Unis -– avec comme objectif de finaliser cette transaction au cours du 2ème trimestre 2018", a précisé le patron de Bayer, Werner Baumann, cité dans un communiqué diffusé mercredi.

Le projet d'acquisition de Monsanto par Bayer pour 66 milliards de dollars (56 milliards d'euros) avait été dévoilé en septembre 2016.

En 2017, la Commission avait déjà autorisé deux méga-fusions dans l'agrochimie depuis le début de l'année, à chaque fois sous conditions.

Fin mars, Bruxelles avait d'abord autorisé la fusion des géants américains Dow et DuPont, puis dix jours plus tard, elle validait le rachat du Suisse Syngenta par le géant chinois ChemChina pour 43 milliards de dollars (40 milliards d'euros à l'époque, 36,5 milliards d'euros au cours actuel), la plus grosse acquisition jamais lancée par un groupe chinois à l'étranger.

Les nouvelles entités s'étaient engagées auprès de l'UE à revendre certaines de leurs activités afin de garantir la concurrence sur le marché européen.

Cette vague de concentration dans l'agrochimie, poussée notamment par la baisse des marges des groupes de ce secteur avec des prix agricoles qui restent bas, avait à chaque fois suscité de nombreuses inquiétudes parmi les défenseurs de l'environnement.

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