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Féminicide à Assesse: "Un manque criant de moyens pour accompagner les victimes" déplore le procureur du roi de Namur

Une femme a été victime d'un homicide dans la nuit de mercredi à jeudi à Assesse, a indiqué jeudi le parquet de Namur. L'auteur avait des antécédents: il a déjà été placé sous mandat d'arrêt à trois reprises pour des faits de violences. Il venait d'être libéré en octobre dernier. Ce vendredi, il sera présenté à un juge d'instruction, qui devrait normalement le replacer sous mandat d'arrêt. 

Le procureur du roi de Namur, Vincent Macq, a tenu une longue conférence de presse à propos de ce nouveau féminicide. Il s'est montré "dépité". Il déplore un manque criant de moyens en matière d'accompagnement des victimes.

Est-ce que la chaîne pénale a bien fonctionné ? "Oui et c’est pour ça que je suis dépité", a déclaré Vincent Macq au micro de notre journaliste Christophe Clément. "On a ici un dossier dans lequel la chaîne pénale a fonctionné comme la loi le prévoit. Les réactions ont à chaque fois été rapides et ont été assez fermes. On a une personne qui a commis trois faits et qui a, à chaque fois, été mise à la disposition d’un juge d’instruction. Il a été mis en détention préventive. Après quelques mois, il a comparu devant le tribunal correctionnel sous les liens du mandat d’arrêt. Une condamnation assez importante avec sursis avait été prononcée. Et malgré le fait que la chaîne pénale ait fonctionné, le monsieur s’est retrouvé libre avec les faits qu’on a connus cette nuit."

Il faut dire aux victimes qu’elles ne sont pas seules

Prolonger la peine de cet individu aurait pu éviter ce nouveau féminicide ? "La difficulté qu’on rencontre dans ce type de dossier, ce n’est pas tellement la question de prison ou pas prison. Il a fait plusieurs mois de prison. La question est de savoir quoi faire quand le monsieur est sorti de prison. Et par rapport à la victime, qu’est-ce qui fait qu’une victime de violences conjugales retourne auprès de son bourreau ? Il y a 10.000 explications et jamais nous n’allons jeter la pierre à cette personne évidemment. Il y a toute la question de la contrainte, de la domination, qui fait qu’il y a ce lien parfois irrésistible, un lien de pression parfois insupportable entre un homme et une femme, qui fait que madame retourne quand même. On parle parfois de dépendance économique ou psychique. Quoiqu’il en soit, il n’y a pas suffisamment de services prêts à travailler autour de la victime. Ils existent mais quid de ces personnes qui restent chez elles et qui ne vont pas vers ces mains qu’on leur tend. Il faut dire aux victimes qu’elles ne sont pas seules et qu’on peut les aider."

Qu’est-ce qu’on fait pendant ces 40 jours ?

Une prise en charge de cet individu devait se faire, mais matériellement et techniquement, ça n’a pas pu être fait à temps. "Le problème est que la prise en charge de monsieur ne peut pas commencer tant que la décision n’est pas définitive, tant qu’un délai d’appel n’a pas été écoulé. Le délai d’appel est de 40 jours. On a ici une décision qui date de début octobre. Vous rajoutez 40 jours et on se retrouve mi-novembre", précise Vincent Macq. "La commission de probation allait convoquer monsieur pour mettre en place tous les suivis qui lui étaient imposés. Qu’est-ce qu’on fait pendant ces 40 jours ? Et qu’est-ce qu’on fait par rapport à madame qui est toujours dans ce lien de dépendance ? Il faut constater que les outils déployés sont insuffisants. On doit apprendre à mettre les moyens au-delà des discours tenus. La justice, la police et le secteur psychosocial doit pouvoir se mettre plus souvent autour de la table. Quand les moyens sont insuffisants et qu’on ne peut pas aller vers une personne car elle décide de rester chez elle, on est coincé. Il faut sortir de cette situation-là", a-t-il conclu.

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