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Pendant des siècles, la loi salique a régné sur les monarchies européennes, interdisant aux femmes de monter sur le trône. Une règle profondément ancrée dans les traditions royales, mais qui a fini par céder, souvent par nécessité.
« La plupart du temps, lorsqu’on a décidé d’abolir la loi salique, c’est parce qu’on s’est retrouvé dans une impasse », explique Nicolas Fontaine, rédacteur en chef d’Histoires Royales. « Plutôt que de transmettre le trône à un cousin éloigné, les rois ont préféré permettre à leurs filles de leur succéder. Parfois même, c’est le gouvernement qui a imposé ce changement pour éviter une crise. »
L’Europe bientôt dirigée par des reines
Dans les années à venir, plusieurs princesses héritières accéderont au trône dans différents pays européens. Une évolution majeure dans un monde royal encore très masculin. « C’est une nouvelle ère qui s’ouvre avec une génération de jeunes femmes équilibrées, bien préparées par leurs parents », analyse Amélie Schildt, experte royauté pour RTL info. « Elles devront faire face à plus de défis que leurs prédécesseurs car les monarchies sont aujourd’hui de plus en plus contestées. Ces futures reines vont devoir s’affirmer. »
En Belgique, la loi salique a été supprimée en 1991 au profit de la primogéniture absolue, qui garantit l’égalité entre héritiers, quel que soit leur sexe. « La volonté, c’était de s’adapter davantage à notre société. Cette loi salique était un peu archaïque », estime Amélie Schildt.
Un changement majeur pour la famille royale belge. À l’époque, ni le prince Philippe ni le prince Laurent n’étaient mariés. La seule à avoir des enfants était la princesse Astrid. « Il a fallu réfléchir à une façon d’ouvrir la loi de succession pour élargir le nombre de personnes potentiellement aptes à régner », explique Nicolas Fontaine. Résultat : Astrid devient la première femme à entrer dans l’ordre de succession. « Elle devient numéro deux après son frère Philippe », précise Amélie Schildt.
Aujourd’hui, le prince Laurent est quinzième dans cet ordre. Devant lui : les enfants de Philippe, Astrid, mais aussi ses cinq enfants et ses quatre petits-enfants.
En Suède, un changement qui bouleverse la famille royale
En Suède, la loi salique a été abrogée en 1980, ce qui a bouleversé l’ordre de succession. Carl Philip, né en 1969, était alors le futur roi. Mais avec le changement de loi, c’est sa sœur aînée Victoria qui devient princesse héritière.
Un choix qui a été difficile à accepter pour leur père, le roi Carl Gustav. « Il aurait aimé que son fils lui succède. Ils sont très proches, ils partagent les mêmes passions. Il n’a jamais vraiment digéré le fait qu’on ait quelque part priver son fils de la possibilité de monter sur le trône », confie Nicolas Fontaine.
Mais le temps a fait son œuvre. Victoria a prouvé sa légitimité. En 2024, à 47 ans, elle a même entamé une formation militaire pour obtenir un grade d’officier. « Un passage obligé pour devenir un jour cheffe des armées », note Amélie Schildt, qui ajoute : « Elle devra certainement faire ses preuves deux fois plus qu’un homme. »
La Norvège : réforme sans effet rétroactif
Chez les voisins norvégiens, la loi salique a été supprimée en 1990, mais sans effet rétroactif. Ainsi, malgré son statut d’aînée, la princesse Märtha Louise n’a pas pu revendiquer le trône, réservé à son frère cadet, le prince Haakon. Un choix qui reflète une volonté de changement sans bouleversement immédiat de l’ordre établi.
Au Japon, un trône réservé aux hommes, malgré la pénurie d’héritiers
En dehors de l’Europe, plusieurs monarchies maintiennent l’exclusion totale des femmes. C’est le cas du Japon, où seuls les hommes peuvent hériter du trône. Et la situation devient critique : entre 1965 et 2006, la famille impériale n’a donné naissance qu’à des filles.
« Le jour de leur mariage, les princesses sont rayées des registres de la Maison Impériale », raconte Nicolas Fontaine. L’actuel empereur Naruhito n’a qu’une fille, la princesse Aiko, qui ne peut pas lui succéder. C’est donc son frère, le prince Akishino, qui est héritier, suivi de son fils, le prince Hisahito.
Et si ce dernier n’a pas de fils, il n’y aura tout simplement plus d’héritier masculin. « On se retrouvera face à un sérieux problème, puisqu’en fait il n’y aura plus de membres de la famille impériale qui sont, selon les critères actuels, susceptibles de figurer dans l’ordre de succession au trône » , alerte Nicolas Fontaine.
Un vrai casse-tête, alors même qu’un sondage montre que 85 % des Japonais seraient favorables à ce que les femmes puissent monter sur le trône.
Des princesses héritières… seulement en dernier recours
Entre égalité totale et conservatisme, certains pays ont choisi une voie intermédiaire : la primogéniture masculine. Un système où une femme peut régner, mais seulement en l’absence d’un héritier masculin.
C’est le cas à Monaco, où c’est le prince Albert II qui règne, et non sa sœur aînée Caroline. Idem pour la succession : bien que née deux minutes avant son frère jumeau, la petite Gabriella ne pourra pas hériter du trône, réservé à Jacques.
Même logique en Espagne : le roi Felipe a pris la tête de la monarchie, alors que sa sœur aînée, l’infante Elena, a été écartée.
Si de nombreuses monarchies européennes ont fait évoluer leur législation vers plus d’égalité, d’autres pays restent fermement attachés à des traditions patriarcales.
« Vous avez encore toute une série de monarchies où les hommes ont clairement la priorité », rappelle Amélie Schildt. C’est le cas notamment du Bhoutan, de la Thaïlande ou encore des Émirats arabes unis, où les femmes restent largement exclues du pouvoir.
L’émission « Place Royale » est à retrouver chaque samedi à 19h40 sur RTL tvi et en streaming sur RTL play.


















