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« Ce sera deux fois plus simple de les tirer » : du gibier élevé avant d’être chassé en Wallonie

par RTL info avec Arnaud Toussaint, Thomas Decupère, Gaetan Lillon et Pierre Morlhegem
Depuis début octobre jusque fin janvier, nous sommes en période de chasse. Cette période varie en fonction des régions, mais aussi des espèces. Parmi elles, les colverts et les faisans. Des espèces en grande partie importées chez nous pour être chassées, entreposées dans d’immenses volières un peu partout en Wallonie. Des endroits soumis à polémique, discrets et difficiles d’accès. Nous avons pu nous en approcher.

Cachées dans les bois, des volières étalées sur plusieurs hectares et dans chacune d’elles, des milliers de faisans. Importés de Pologne et de France, ils sont libérés et en partie chassés. Des lâchers de petits gibiers totalement légaux, mais tout de même très discrets. Des volières très impressionnantes. « Si on pouvait se passer de ces volières, on le ferait immédiatement », précise Arthur Ullens, chasseur.

Elles sont en principe inaccessibles aux non-chasseurs. Maxime, militant anti-chasse, nous guide vers une des plus grandes volières de Wallonie. Sans connaître les lieux, elle est impossible à repérer. « Il n’y a pas beaucoup de monde qui peut vraiment pénétrer dans les chemins proches des volières », raconte Maxime Rigo, membre du collectif « Stop aux dérives de la chasse ». Même sur le chemin public, les curieux sont rarement les bienvenus. « Il est très surveillé et on peut régulièrement croiser le garde-chasse », observe Maxime Rigo.

Un garde-chasse rapidement alerté via des caméras cachées dans les troncs d’arbres. Nous nous approchons de cet immense enclos délimité par des clôtures de trois mètres de haut. « On arrive à la limite des chemins où on peut pénétrer et on se rend compte que directement dans la propriété privée, on va avoir la volière avec les faisans qui ont été importés, explique Maxime Rigo. On aura des mangeoires qui sont alimentés tous les jours avec plusieurs kilos de nourriture et qui viendront nourrir les faisans et les faire rester sur le territoire pendant toute la période de chasse ».

Nous reprenons la route vers un autre lieu de lâcher. Ici, les faisans sont partout, dans les rues, sur les sentiers, dans les jardins. Ces cinq dernières années, 443 000 canards colvert et 630 000 faisans d’élevage ont été importés pour être chassés en Wallonie. La Flandre n’est pas concernée par ce chiffre. La pratique y est interdite. Ici, le gibier est lâché au moins un mois avant la chasse et nourri chaque jour par des gardes-chasses en quad et avec un sifflet.

« Dès qu’il y a un son, le faisan comprend désormais qu’il va être nourri et donc ça l’attire, raconte Maxime Rigo. Et pendant la chasse, évidemment, ça servira parce que ce sera deux fois plus simple de les tirer ».

En pleine interview, nous sommes invités à partir par un de ses gardes-chasses : notre présence visiblement dérange. Pour mieux comprendre, cette pratique légale mais opaque, nous rencontrons Philippe Danthine, chasseur depuis plus de 20 ans. Il nous ouvre exceptionnellement les portes de sa petite volière.

« Pour sortir de la volière, les faisans doivent s’envoler, car le fil est à trois mètres de haut », raconte le chasseur. Ces volières sont anglaises. Elles n’ont pas de toit. « Quand ils ont faim, les faisans rentrent par le tunnel et ils vont manger », poursuit Philippe Danthine.

Nous avons essayé d’assister à une de ces chasses. Les colverts sont lâchés sur le lac artificiel. Mais à peine arrivés, une nouvelle fois, le propriétaire nous interdit l’accès. Même sur le chemin public. « Pas d’images, pas de vidéo », nous lance-t-il.

La partie de chasse dure 30 minutes seulement et chaque colvert tué est facturé aux chasseurs. « Ce que vous voyez ici… il y a des gens qui n’aiment pas », souligne le propriétaire, précisant que les chasseurs du jour sont « des hommes d’affaires hollandais importants ».

Mais à quoi servent ces lâchers ? Pourquoi de tels dispositifs ? Des volières à faisans, il en existe plusieurs dizaines en Wallonie. Arthur Ullens, lui aussi, en possède trois. « Cela devient leur maison », souligne-t-il. Dont l’une de deux hectares, dont il nous demande de ne pas préciser sa localisation.

« On aimerait ne pas devoir avoir à faire des volières, explique Arthur Ullens. On aimerait bien chasser un gibier 100 % naturel, mais la nature ne le permet plus. La campagne, malheureusement, ne le permet plus. Nous ne sommes pas des cow-boys. Nous cherchons à recréer un animal sauvage. »

Ces volières serviraient donc d’outils de repeuplement. Selon Arthur Cullen, ici, 30 % des faisans d’élevage importés seraient tués lors de la chasse. Les 70 % restants trouveraient refuge dans ces plantations aménagées par le chasseur. « Ces aménagements permettent de conserver non seulement l’espèce faisan, mais aussi toutes les autres espèces », assure-t-il.

Les volières, des lieux discrets, plus polémiques que jamais. Ces importations d’oiseaux sont utiles au repeuplement, disent certains. D’autres n’y croient pas du tout et parlent d’un aller simple vers la mort et d’un abattage de masse. Maxime Rigo, membre du collectif Stop aux dérives de la chasse, évoque « au moins 300 bêtes tuées par journée de chasse ».

Un sujet sensible est régulièrement débattu depuis des années au Parlement wallon.

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