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«Sortir de l’incapacité de travail»
En Belgique, plus d’un demi-million de personnes sont aujourd’hui en incapacité de travail de longue durée. C’est dans ce contexte que Solidaris publie une nouvelle étude consacrée au retour au travail à temps partiel, présenté comme un dispositif clé de réintégration professionnelle. Si ce mécanisme permet à certains de renouer avec l’emploi, les données révèlent surtout l’ampleur du défi. En 2025, près d’une personne sur cinq en invalidité exerce une activité professionnelle malgré un état de santé dégradé. Autrement dit, 20 % des personnes reconnues en invalidité par un médecin poursuivent tout de même une activité professionnelle. Un chiffre qui témoigne d’une volonté réelle de rester actives et de maintenir un lien avec le marché du travail. Le retour au travail à temps partiel est aujourd’hui le dispositif de reprise le plus mobilisé. En 2022, il concernait déjà 16 % des salariés et 23 % des indépendants en invalidité affiliés à Solidaris. Son utilisation a progressé de plus de 70 % en cinq ans, preuve qu’il constitue un levier important.
Efficacité relative
Mais son efficacité reste relative. Selon l’étude, à peine plus d’un tiers des participants retrouvent un emploi à temps plein, tandis qu’environ la moitié rechutent vers une incapacité totale. Le retour à temps partiel apparaît donc davantage comme une tentative fragile de réintégration que comme une solution durable pour la majorité. Pour Solidaris, ces chiffres contredisent les discours stigmatisants : les personnes malades veulent sortir de l’incapacité de travail, et une proportion significative y parvient grâce à cet outil. Mais la réalité quotidienne reste lourde. Problèmes de santé persistants, difficultés financières liées à des indemnités modestes, incertitudes professionnelles : autant d’obstacles qui compliquent un retour durable à l’emploi. L’étude met également en lumière les limites d’une approche centrée uniquement sur l’individu. Le retour au travail à temps partiel ne peut constituer, à lui seul, une réponse à l’augmentation des incapacités de travail.
Responsabiliser les employeurs
Pour Solidaris, la priorité doit être donnée aux déterminants structurels : conditions de travail, pénibilité des métiers, aménagement des fins de carrière. Réduire le nombre de personnes malades sans agir sur ces facteurs relèverait d’une contradiction majeure. Tant que les causes profondes ne seront pas traitées, le nombre de personnes durablement écartées du marché du travail restera élevé. L’étude pointe aussi un angle mort : la faible responsabilisation des employeurs. Leur implication est pourtant déterminante dans la réussite d’un retour progressif au travail.
Solidaris plaide pour un cadre législatif renforcé, incluant un suivi des demandes de reprise à temps partiel et des réponses apportées par les employeurs. En cas de refus, ceux-ci devraient être tenus de motiver objectivement leur décision. Enfin, la mutualité rappelle un principe fondamental : le travail ne peut être un levier d’émancipation que s’il est soutenable et de qualité. Sans amélioration des conditions d’emploi, le risque est grand de voir se maintenir — voire s’aggraver — le phénomène des incapacités de longue durée.

















