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89 victimes, neuf pays : que sait-on de Jacques Leveugle, accusé de viols et agressions sur mineurs en France ?

par Christophe Giltay
Arrêté en 2024, Jacques Leveugle, ancien éducateur de 79 ans, est accusé d’avoir agressé 89 mineurs dans neuf pays depuis les années 1960. Confessions glaçantes, appel à témoins et enquête internationale : la France face à une affaire de pédocriminalité hors norme.

La France est aujourd’hui sidérée par une affaire de pédocriminalité hallucinante qui s’est étendue sur plus de cinquante ans. On l’appelle désormais « l’affaire Jacques Leveugle », du nom d’un ancien éducateur de 79 ans, arrêté en 2024 pour agressions sexuelles et viols sur mineurs. Depuis la fin des années 1960, il aurait fait 89 victimes dans neuf pays différents.

Sur l’appel à témoins, six photos retracent cinquante années. La première, en noir et blanc, montre un homme à peine entré dans l’âge adulte. La dernière, en couleur, représente un vieillard. Entre les deux, toute une vie : la trentaine aux cheveux longs, la cinquantaine au teint grisonnant. Un seul point commun demeure : la moustache. Ces portraits ont été dévoilés hier lors d’un point presse du procureur de la République de Grenoble, Éric Vaillant, avec un objectif clair : identifier de nouvelles victimes.

L’homme ne nie pas les faits ; il les assume, se qualifiant de « pédéraste ». Un terme en référence à la Grèce antique, courant dans les années 1970, époque où régnait dans certains milieux une tolérance coupable pour les relations sexuelles entre adultes et mineurs.

Ah bon, comme ça, vous draguez les minettes ?

On se souvient de l’écrivain Gabriel Matzneff s’en vantant sur le plateau d’Apostrophes en 1990. Bernard Pivot n’avait alors trouvé rien de mieux à répondre que : « Ah bon, comme ça, vous draguez les minettes ? » Parmi les invités, seule la romancière canadienne Denise Bombardier s’était insurgée, soulignant que Matzneff aurait eu des comptes à rendre à la justice s’il n’avait pas bénéficié d’une aura littéraire.

Leveugle, lui, n’était pas attiré par les adolescentes, mais par les jeunes garçons. Les premiers abus remonteraient à 1967, les derniers à 2022, de la France au Maroc, où il s’est établi en 2010. Quel que soit le pays, son mode opératoire restait le même : il se présentait comme un éducateur itinérant, proposant du soutien scolaire ou des activités sportives. Il ciblait des familles modestes, gagnait leur confiance, jusqu’à obtenir des rapports sexuels avec les fils. Les parents ne se doutaient de rien, éprouvant même de la reconnaissance envers cet homme en apparence si généreux.

Loin du faste des soirées d’un Epstein, il s’agissait ici de relations suivies durant trois ou quatre ans. Dès que le garçon atteignait l’âge adulte, il passait à un autre. Jamais la moindre plainte pour viol n’avait été déposée jusqu’en 2016, et celle-ci fut classée faute de preuves.

Il a finalement été démasqué en 2023 par un neveu, tombé par hasard sur son journal intime : des centaines de pages narrant en détail toutes ses prédations. Copiées sur une clé USB et confiées à la police, ces confessions ont permis son arrestation lors d’un retour en France en 2024.

Il a tout avoué, y compris, au passage, les meurtres de sa mère et de sa tante. Un problème subsiste toutefois : retrouver toutes ses victimes à travers le monde prendrait des années. À ce jour, une quarantaine ont été identifiées, ce qui suffira pour le juger. Le procureur souhaite désormais agir avec célérité afin que la justice passe avant qu’il ne soit trop tard : Jacques Leveugle a 79 ans.

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