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Florent Montaclair, 56 ans, enseigne depuis 25 ans à l’institut de formation des professeurs, une section de l’université de Besançon. Cela aurait pu lui suffire, mais il avait soif de reconnaissance. Le 8 juin 2016, Florent Montaclair reçoit à l’Assemblée nationale, à Paris, la « Médaille d’or de philologie », la science du langage, attribuée par la « Société internationale de philologie ». Cette récompense est décrite comme l’« équivalent du prix Nobel » dans cette discipline.
Des photos montrent le professeur de français aux côtés de plusieurs personnalités, dont le président de l’Assemblée nationale de l’époque, Claude Bartolone. On y voit aussi le vrai prix Nobel de médecine Luc Montagnier, et plusieurs scientifiques de renom. À l’époque, une rapide vérification sur internet avait effectivement identifié le site d’une prétendue « Société internationale de philologie » qui attribuait une médaille d’or. Parmi les lauréats, l’écrivain italien Umberto Eco et le linguiste américain Noam Chomsky. Les investigations ne vont pas plus loin, la presse nationale n’en parle pas, et les médias de Franche-Comté sont tout heureux d’avoir dans leur région une personnalité de ce calibre.
Une enquête venue de Roumanie
Rien ne bouge jusqu’en 2019, quand des journalistes roumains s’intéressent un peu plus à ce prix attribué à un académicien de Bucarest, Eugen Simion. Leur enquête met en doute l’existence même de la distinction. Umberto Eco est mort, mais Noam Chomsky est bien vivant. Les Roumains lui téléphonent et le célèbre chercheur confirme qu’il n’a jamais entendu parler de cette médaille. Le site internet de la société de philologie regorge d’erreurs et surtout de fautes d’orthographe. Pour des philologues, c’est un comble.
En France, Montaclair a de nouveau attiré l’attention en 2018, quand il a voulu faire reconnaître un doctorat de « french phililogy », obtenu dans une université du Delaware. Son objectif était d’accéder aux fonctions de « maître de conférences et de professeur des universités ». Mais le ministère a refusé l’homologation, arguant que l’institution américaine était inconnue au bataillon. Les soupçons commencent à poindre et l’été dernier, l’université de Besançon signale à la justice ses doutes sur l’authenticité de la médaille.
Le 11 février, le professeur est perquisitionné et placé en garde à vue. Il reconnaît avoir acheté sa médaille chez un joaillier pour 250 euros, et c’est lui qui a créé la société de philologie avec un ami auteur d’héroic fantsasy. Il s’est donc attribué à lui-même le faux prix. Pour l’instant, il n’est pas encore inculpé. L’enquête devra démontrer si cette supercherie a eu une incidence sur son parcours professionnel. Dans ce cas, il risquerait 5 ans de prison pour faux et usage de faux.















