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Devenir américain, c’est non ! Dans les rues de Nuuk, la capitale, les Groenlandais ont vivement rejeté samedi l’idée de devenir américains, après la menace de Donald Trump d’acquérir l’immense île arctique, territoire autonome danois, par la manière « douce » ou « forte ».
Pour Julius Nielsen, pêcheur-chasseur de 48 ans rencontré à Nuuk, refuse de passer sous drapeau américain. « Américain, non ! Nous avons été une colonie pendant tant d’années. Nous ne sommes pas prêts à être de nouveau une colonie, à être colonisés », a-t-il dit.
« Nous ne voulons pas être Américains, nous ne voulons pas être Danois, nous voulons être Groenlandais », ont écrit les dirigeants des cinq partis groenlandais représentés au Parlement local dans une déclaration commune. « L’avenir du Groenland doit être décidé par le peuple groenlandais », ont-ils souligné.
Le président américain Donald Trump martèle que le contrôle par Washington de cette île riche en ressources minières est crucial pour la sécurité nationale des États-Unis, compte tenu de la menace croissante que représentent la Russie et la Chine dans l’Arctique.
« Indépendance »
« On ne peut pas avoir la Russie ou la Chine occuper le Groenland. C’est ce qu’ils vont faire, si on ne le fait pas. Donc on va faire quelque chose avec le Groenland, soit avec la manière douce, soit avec la manière forte », a-t-il lancé vendredi.
Nuuk et Copenhague contestent en particulier cet argument. « Nous ne partageons pas cette idée selon laquelle le Groenland serait couvert d’investissements chinois », a dit plus tôt dans la semaine le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen. « Nous veillons sur le royaume », a-t-il insisté.
Colonie danoise jusqu’en 1953, le Groenland a gagné son autonomie 26 ans plus tard et envisage à terme de larguer les amarres avec le Danemark. Si l’insistance du président américain pour acquérir l’île arctique place la question au cœur des préoccupations, beaucoup de Groenlandais restent prudents sur sa réalisation.
« Je pense que ça fonctionne bien (la relation entre le Danemark et le Groenland). L’ingérence des États-Unis, j’ai l’impression que ça perturbe toutes les relations et la confiance », déplore une vendeuse de 21 ans, Inaluk Pedersen. « J’aime vraiment qu’on soit indépendant, mais je pense qu’on devrait attendre. Pas pour l’instant. Pas aujourd’hui », dit Pitsi Mari, qui travaille dans les télécoms.
La coalition actuellement au pouvoir n’est pas favorable à une indépendance précipitée. Le seul parti d’opposition, Naleraq, 24,5 % des suffrages aux législatives de 2025, veut couper les ponts le plus vite possible.
Il est aussi signataire de la déclaration, qui insiste sur le fait que « l’avenir du Groenland doit être décidé par le peuple groenlandais ».
Depuis 1951, il existe un accord de défense entre les États-Unis et le Danemark et le Groenland qui donne quasiment carte blanche aux forces armées américaines sur le territoire groenlandais, si elles préviennent en amont les autorités locales.
Préserver l’intégrité de l’Otan
Pour acquérir le Groenland, l’administration américaine n’exclut pas une intervention militaire. D’après un sondage publié samedi par l’agence danoise Ritzau, 38,3 % des Danois pensent que les États-Unis lanceront une invasion du Groenland durant la présidence de Donald Trump.
M. Trump a reconnu, dans un entretien au New York Times jeudi, qu’il lui faudrait peut-être choisir entre la préservation de l’intégrité de l’Otan ou le contrôle du territoire danois.
Le Danemark – Groenland compris – est membre de l’Otan et une attaque américaine contre l’un des membres de l’Alliance signifierait « la fin de tout », a averti sa Première ministre Mette Frederiksen.
Dans ce contexte, le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, s’est entretenu vendredi avec le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, « de l’importance de l’Arctique pour notre sécurité commune et de la manière dont l’Otan travaille à renforcer ses capacités dans le Grand Nord », selon une porte-parole de l’Otan.
L’Otan, alliance militaire occidentale vieille de 76 ans, s’efforce de réduire l’intérêt de Washington pour le Groenland en mettant l’accent sur les mesures qu’elle prend pour renforcer la sécurité dans la région.
Et le commandant des forces de l’Otan en Europe, le général américain Alexus Grynkewich, a assuré vendredi que « nous sommes prêts à défendre chaque pouce de l’Alliance, aujourd’hui encore » et a estimé que l’Otan était loin d’être en « situation de crise à l’heure actuelle ».
En janvier 2025, 85 % des Groenlandais s’étaient dits opposés à leur rattachement aux États-Unis, selon un sondage publié dans la presse danoise et groenlandaise. Seuls 6 % y étaient favorables.
















