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« Elle va préférer vendre aux plus offrants » : cette stratégie de l’industrie pharmaceutique impacte la pénurie de médicaments dans nos pharmacies

par RTL info avec Charlotte Simonart et Alexandre D’Haeseleer
La pénurie de médicaments se poursuit en Belgique et ce, depuis plus de deux ans. À ce jour, 650 médicaments sont en rupture de stock. Et les quantités sont insuffisantes pour 350 autres traitements. Mais pourquoi la Belgique est-elle confrontée à de telles pénuries ?

Au cœur du plus important grossiste de Belgique, la pénurie touche tous les types de médicaments et de traitements depuis maintenant environ deux ans. Des ruptures de stock et des stocks insuffisants qui peuvent être expliqués par plusieurs facteurs : réduction des coûts de production par les industries, travail à flux tendu, ou encore disparités européennes.

Tout d’abord, cette pénurie de médicaments est une conséquence de la baisse des coûts de production sur l’ensemble de la chaîne de production, stratégie affichée par les industriels du secteur depuis la crise sanitaire. Ensuite, parce que ces mêmes industriels travaillent à flux tendu, ce qui signifie qu’ils produisent des quantités de médicaments pour répondre tout juste à la demande.

« Sans prendre de réserve de sécurité »

« C’est toute une série d’économies qui sont faites par l’industrie pharmaceutique sur sa chaîne de production, notamment la délocalisation en Inde ou en Chine d’une part, et d’autre part le fait que l’industrie travaille de plus en plus à flux tendu, c’est-à-dire qu’elle ne produit exactement que ce dont elle a besoin sans prendre de réserve de sécurité », confirme Olivier Delaere, CEO de Febelco.

Et puis enfin, une pénurie entraînée aussi par les prix des médicaments eux-mêmes. En effet, il existe une grande disparité des prix des médicaments entre les différents pays européens. Disparité qui pousse les industriels à favoriser les marchés les plus rentables, au détriment parfois de la Belgique.

« L’industrie pharmaceutique a quand même un comportement éthique, mais les différences de prix entre les pays peuvent être telles qu’elle va préférer vendre aux plus offrants », affirme Olivier Delaere. « L’industrie essaie de cadenasser ses marchés d’un pays à l’autre pour ne pas qu’il y ait des flux de marchandises et ça, c’est un problème majeur particulièrement en Belgique », dénonce-t-il ensuite.

Des pharmaciens qui doivent répondre à la demande

Au bout de la chaîne de distribution, on retrouve les pharmaciens, qui tentent de trouver des solutions pour répondre à la demande. Mais à condition que les industriels jouent le jeu de la transparence, déclare Nicolas Echement, secrétaire général de l’Association Pharmaceutique Belge : « À partir du moment où il n’y a plus de médicaments en Belgique, on essaie de les trouver à l’étranger et pour cela on a besoin de savoir exactement où se trouvent les médicaments. »

« Et donc ce qu’on demande aux firmes productrices de médicaments, c’est de nous dire un petit peu s’ils ont encore du stock à l’étranger pour qu’on puisse les importer en Belgique », réclame le secrétaire général de l’Association Pharmaceutique Belge.

Pour lutter contre ce phénomène de pénurie de médicaments, une grande réflexion est en cours entre les politiques belges et européens, mais aussi avec les grands acteurs du secteur pharmaceutique. Beaucoup plaident pour plus de transparence de la part des industriels. Cependant, un retour à la normale n’est pas envisageable avant plusieurs années.

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