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Une association a recensé près de cent accusations d'abus sexuels en six mois chez les Témoins de Jéhovah: "Il y en a beaucoup plus"

En six mois, près d'une centaine de cas d'abus sexuel au sein de l'organisation des Témoins de Jéhovah en Belgique ont été recensés par une association à l'écoute de victimes.

L'organisation Reclaimed Voices collabore avec le Centre d'information et d'analyse sur les organisations sectaires nuisibles pour recenser les cas au sein de l'organisation des Témoins de Jéhovah en Belgique. Ce sont pas moins de 90 victimes qui ont déjà été comptabilisées.

"Il y en a beaucoup plus parce qu'on reçoit des témoignages des victimes qui disent qu'elles connaissent d'autres témoins de Jéhovah qui sont aussi abusés par le même abuseur, mais qui ne s'expriment pas. On n'a pas compté ces gens", explique Patrick Haeck, responsable de l'organisation, dans le RTL info 13h. 

Depuis de premières révélations en décembre 2018 et mars 2019, notamment sur RTL info, le parquet fédéral a ouvert une enquête. Des perquisitions ont été menées au siège central des Témoins de Jéhovah à Kraainem à la fin du mois d'avril, mais le parquet ne communique pas sur l'avancement du dossier. L'organisation se veut collaborante avec la justice, assure le porte-parole des Témoins de Jéhovah en Belgique.

Certaines personnes viennent pour plusieurs victimes

En Belgique, les Témoins de Jéhovah disent avoir 25.000 membres, Reclaimed Voices s'attend à comptabiliser en bout de compte 200 à 250 victimes d'abus. "Certaines personnes viennent pour plusieurs victimes", explique Patrick Haeck, ex-témoin de Jéhovah et coordinateur de l'association, "comme des parents qui nous disent que leurs trois ou quatre enfants ont été abusés". Lorsqu'elles font toujours partie des Témoins de Jéhovah, les personnes qui contactent Reclaimed Voices expriment une peur immense de se confier. "Pour la plupart des victimes, cela fait 10 ou 15 ans que les abus ont eu lieu", raconte encore M. Haeck.

On couvre des personnes qui font du mal à des enfants en toute connaissance de cause

Il y a six mois, notre journaliste Antoine Schuurwegen avait mené l'enquête et découvert que des victimes avaient subi des pressions au sein des Témoins de Jéhovah pour qu'elles n'aillent pas déposer plainte. "On couvre des personnes qui font du mal à des enfants en toute connaissance de cause, sans rien faire", nous avait confié Sylvianne. Elle n'avait que 8 ans lorsqu'elle a été abusée la première fois. "Nous sommes 9 victimes connues", nous expliquait-elle à l'époque. Il lui aura fallu des années pour oser en parler. À plusieurs reprises, dans sa congrégation, ceux qu'on appelle les "anciens" l'ont obligé à garder le silence. "Ça pourrait entacher l'image de Jéhovah, de la congrégation. Et donc on me dit 'Tu te tais, tu ne dis rien, on va gérer la chose'. Sauf qu'il ne s'est jamais rien passé", nous racontait Sylvianne. Il lui a aussi été déconseillé de parler des faits à la police.

Durant notre enquête, nous avions aussi rencontré Patrick, un ancien responsable d'une congrégation. Le jour où il avait voulu accompagner une victime, ses supérieurs l'ont menacé. "Ils ont dit que ce n'était pas quelque chose qu'un ancien doit faire, que ce n'était pas notre responsabilité. Que si la victime veut le faire, c'est bien. Mais qu'on ne doit pas le faire comme ancien. Et que si je décidais de le faire, on me retirait mes responsabilités", nous avait-il confié.

Pour notre reportage, nous avions soumis ces éléments sensibles aux responsables des Témoins de Jéhovah, mais ils ont refusé de répondre à nos questions.

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