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Les coulisses du mercato hivernal: un ancien joueur devenu agent nous livre son vécu et ses coups de gueule

par Anne Ruwet
Onur Kaya, ancienne star de Charleroi reconvertie en agent de joueurs, tire la sonnette d’alarme. Selon lui, trop d’agents font croire n’importe quoi à des familles, ce qui mine le mercato dans le football.

Il fait partie des joueurs passés par notre championnat et que l’on n’oublie pas. Ceux dont la grinta et l’engagement sans faille sont tant appréciés par les supporters. Son nom ? Onur Kaya. Passé par Charleroi, Malines ou Zulte, le Belge de 39 ans a tout connu dans notre championnat avant de devenir agent de joueurs.

Mais comment une personnalité avec un tel franc-parler peut désormais s’imposer dans le milieu si controversé des agents ? Immersion totale dans le monde du mercato.

« Certaines familles tombent dans le panneau »

Il y a 3 ans, Onur Kaya décide de raccrocher les crampons. Être à l’écoute de son corps et de sa tête, c’est l’assurance de ne pas faire l’année de trop. Le choix de la retraite validé, arrive ensuite une réflexion existentielle : est-il possible de raviver la passion du foot à travers un autre rôle ou vaut-il mieux s’orienter vers un tout autre chemin ?

« Être coach, cela n’aurait pas été fait pour moi. » sourit Onur. « Gérer un groupe, la pression… Et puis surtout l’incertitude. Si tu commences bien, cela te porte mais si à l’inverse, tu démarres avec de mauvais résultats, alors tu es directement cramé ».

C’est finalement une relation de confiance de quasiment 20 ans qui va s’imposer comme étant le choix idéal, lui permettant de découvrir, sans pression, l’envers du décor. « J’ai assimilé petit à petit ce rôle de conseiller au sein d’Eleven Plus. Cette agence a, par le passé, géré mon parcours mais également celui de Vincent Kompany ou encore Anthony Vanden Borre. Mon rôle consiste à repérer des jeunes, dès l’âge de 14 – 16 ans. Je m’occupe aussi désormais de joueurs plus âgés. Mon implication évolue d’année en année ».

Une alerte contre les dérives

Désormais c’est Hugo Cuypers, Fedde Leysen, Hugo Siquet ou encore Nordin Jackers qui complètent la liste de l’agence. Mais si vous demandez à l’ancien milieu de terrain ce qu’il pense du milieu du football à l’heure actuelle et de ses potentielles dérives, on retrouve vite le bouillant joueur au franc-parler incomparable. « Il y a des agents qui promettent de l’argent aux familles pour les attirer. Malheureusement, certaines tombent dans le panneau. Les problèmes apparaissent très tôt car beaucoup de joueurs sont mal entourés, tant au niveau familial que via les agents qui s’occupent d’eux. Il y a beaucoup plus d’impatience qu’à mon époque. Cela a fort changé ».

Après 30 ans d’expérience dans le milieu du foot, Onur Kaya peut désormais distiller de précieux conseils mais toujours avec ce ton si particulier avec lequel il « parle cash, parle vrai » tant avec les jeunes joueurs qu’avec leur famille. « Quand faut-il partir ? Quand vaut-il mieux rester ? Ce sont des discussions que je peux avoir avec les joueurs. Et je dois parfois peser mes mots mais les gens qui me côtoient connaissent mon caractère. Je suis entier. Lorsque je parle à un ado de 15 ans, je me dois de lui dire de ne pas faire le con. »

L’image des agents parait souvent nébuleuse voire louche, c’est sans conteste une réalité face à laquelle il a lui-même été confronté. « D’une certaine façon, un agent c’est aussi un coach mental. Notre réputation est entachée par certains qui ternissent l’image de cette fonction… Quand tout est beau, tout est rose, pour l’agent, c’est facile. On fait des affaires, on se serre la main… Mais quand les situations sont moins évidentes, il faut être présent aussi. Certains agents, lorsque cela va moins bien, on ne les voit plus, ils te laissent tomber… du jour au lendemain ! », a-t-il confirmé.

Un ancien talent de Neerpede de retour en Belgique

Ce lundi soir, se clôturait le mercato hivernal. Depuis qu’il a endossé ce nouveau rôle, cette période de transferts est pour lui l’occasion de se rendre compte de l’ampleur du travail à fournir. «C’est un vrai, vrai boulot ! » insiste Onur. « Parler avec les clubs, le joueur, trouver les meilleures formules qui conviennent à tout le monde. Je pensais que ce serait plus facile…mais il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte. La concurrence également est féroce autour de certains joueurs. On doit pouvoir les convaincre. » 

Michée Ndembi est l’exemple parfait d’un joueur qui a cristallisé l’attention en cette toute fin de mercato. En 2023, alors âgé de 15 ans, le défenseur central formé à Neerpede a tenté l’aventure au sein du prestigieux centre de formation de Benfica. 3 ans plus tard, il est désormais de retour en Belgique, du côté de Westerlo. « Cela fait deux ans et demi qu’on le suit. On a créé une véritable complicité, même de l’amitié. A Benfica, qui est une référence au niveau de l’encadrement des jeunes, il a pu énormément progresser. On lui a proposé une belle opportunité: revenir en Belgique. Sa famille lui manquait. Ici, il sera bien entouré. » 

Evoquer Anderlecht avec l’ancien gamin de Neerpede, c’est automatiquement relancer la machine à remonter le temps. « Je connais bien les jeunes de là-bas, de la catégorie des 14 à 18 ans. Et du talent, il y en a! Il faut leur faire confiance et bien les utiliser. Comment Anderlecht a-t-il pu laisser partir Karetsas par exemple? Je vous préviens déjà que les fils de Geoffrey Mujangi Bia et Hervé Kage sont de vrais talents à suivre. A l’heure actuelle, la lumière est évidemment focalisée sur un joueur comme Nathan De Cat. A 17 ans, c’est un bon exemple d’un joueur promis à un bel avenir mais qui devra faire le bon choix, au bon moment. Plutôt s’orienter vers un club du subtop européen pour sa première aventure à l’étranger. Là il pourra y démontrer ses qualités et procéder étape par étape. » Conseil d’un ancien anderlechtois qui vit toujours… à 500 mètres du Lotto Park.

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