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Chez Wanty, entreprise spécialisée dans la construction, les candidatures ont augmenté de 40 % par rapport à l’an dernier à la même période. La réforme du chômage y contribue, mais les profils adaptés restent rares.
Plus de candidatures, mais des profils rarement opérationnels
« C’est compliqué de recruter, témoigne Nicolas Frydrak, Responsable des ressources humaines de Wanty. Même si on se concentre de plus en plus sur les soft skills, au niveau de l’attitude, du comportement, de l’adaptabilité, on est obligé de mettre en place toute une série de formations. On a d’ailleurs doublé notre offre et nos heures de formation en passant de 10000 à 20000 heures de formation pour pallier ce manque de compétences ».
Certaines entreprises forment en interne, d’autres n’en ont pas les moyens. Les candidatures affluent, souvent de personnes éloignées de l’emploi depuis longtemps. Pour Jérôme Vecchio, administrateur délégué du groupe Gilo, des aides gouvernementales sont nécessaires.
« Pour nous, on sait que ça prendra beaucoup de temps, mais on va jouer le jeu, raconte ce patron. Ça prendra du temps parce que malheureusement, depuis longtemps, ces personnes n’ont plus l’habitude de se lever tôt le matin ou de travailler en équipe. Et ça, c’est un travail que nous sommes prêts à faire. Mais on aura besoin de deux choses : un incitant financier important et une simplification des aides à venir. »
Le retour de la période d’essai, « un point positif »
L’Union des classes moyennes partage ce constat et plaide notamment pour le retour de la période d’essai.
« On va prendre des risques en engageant, souligne Pierre-Frédéric Nyst, président de l’union des classes moyennes (UCM). On veut pouvoir trouver une solution si ça se passe mal, tant pour le travailleur que pour l’entreprise. Donc c’est vraiment ce retour de la période d’essai. C’est en bonne voie et c’est un point qui est positif. »
Aider les entreprises tout en formant les travailleurs : l’enjeu est double. Les organismes de formation voient une nette augmentation de la demande, mais eux aussi réclament des moyens supplémentaires.
La formation, « un véritable levier »
« Une étude qui a été publiée récemment montre que les chances d’obtenir un emploi passent de 54 à 71 % grâce à la formation professionnelle, indique Thibault Balthazar, porte-parole de Bruxelles formation. La formation, c’est un véritable levier pour augmenter le taux d’emploi. Il faut investir massivement dans la formation pour aider tous ces gens à trouver un emploi. »
Sur le terrain, rien n’est simple. La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) estime toutefois que la réforme peut répondre aux besoins des secteurs en pénurie.
« S’il y a un poste vacant, s’il y a la volonté de travailler, si on a une attitude positive vis-à-vis du travail et qu’on ne considère pas le travail comme quelque chose de mauvais mais quelque chose de positif, je pense que le problème va se résoudre progressivement. », estime Pieter Timmermans, Administrateur délégué de la FEB.
Des inquiétudes subsistent malgré tout
Certains économistes redoutent des effets pervers à long terme.
« On peut se retrouver dans des situations où un employé va accepter un emploi qui ne correspond pas du tout à son niveau de compétence, met en garde Guillaume Vermeylen, économiste à l’université de Mons. Il correspond pas du tout à ce dont il a envie d’extrapoler et d’aller voir. Et donc il se retrouve dans une situation où il est non satisfait, avec des risques de burn-out beaucoup plus importants. Et donc là, on ne découvrira les résultats que plus tard. »
La réforme vise à remettre davantage de personnes au travail. Mais sans accompagnement renforcé, formations suffisantes et soutien aux entreprises, tous craignent des retours à l’emploi rapides, mais peu durables.













