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Nicolas est né le 13 janvier 1996 à 13h, un bébé de 2,7 kg en parfaite santé. Mais au matin du 14 janvier, il a disparu de son berceau. Sa mère, Véronique Schlit, raconte le choc : « Au départ, je n’ai pas eu peur parce que je me suis dit que les infirmières l’avaient pris. Quand elles m’ont dit que non, c’était la catastrophe, j’ai commencé à paniquer. » L’idée d’un enlèvement semblait alors impensable. Et pourtant, c’est bien ce qui s’est produit.
Très vite, les autorités concluent à un rapt. À l’époque, la Belgique est encore sous le choc de la disparition de Julie et Melissa, survenue six mois plus tôt. L’émotion est vive. Comment un bébé peut-il être enlevé dans un hôpital sans que personne ne le remarque ?
« Je le regretterai toujours »
L’enquête révélera qu’une femme s’est introduite dans la chambre de Véronique en se faisant passer pour une proche. Elle a passé la nuit à ses côtés. « Je me suis endormie… C’est ce que je regretterai toujours, c’est de ne pas avoir senti que mon enfant était en danger », confie aujourd’hui Véronique, encore marquée par cette nuit-là.
Il n’avait pas changé, c’était mon Nicolas
Le personnel hospitalier avait déjà repéré cette femme dans les couloirs. Le directeur médical de l’époque, Alain Devroye, se souvient : « Des membres du personnel qui connaissaient de vue la ravisseuse l’ont aperçue dans les alentours immédiats de l’hôpital. » Mais à l’époque, la sécurité était bien différente. Dormir dans la chambre d’une maman n’étonnait personne. Le profil de la ravisseuse était si ordinaire qu’il fallut réaliser trois portraits-robots, diffusés sans cohérence.
Une enquête chaotique
Sans cellule spécialisée pour les personnes disparues – Child Focus n’existera qu’un an plus tard – l’affaire est prise en main par la police et soutenue par l’ASBL Marc et Corine. Son fondateur, Jean-Pierre Malmendier, explique : « C’est un peu le but qu’on poursuivait, être au service des enquêteurs, et je crois que le message est bien passé cette fois. »
L’enquête piétine. Un témoin affirme avoir reconnu la ravisseuse à une adresse de la rue Royer. Mais la police confond les communes et se rend à Jemeppe, alors qu’il fallait chercher à Flémalle. Finalement, le 21 janvier, la bonne nouvelle tombe : Nicolas a été retrouvé sain et sauf.
Le soulagement… puis l’ombre du passé
« Directement je l’ai pris dans mes bras, je l’ai regardé partout, il n’avait pas changé du tout, c’était mon Nicolas », se souvient Véronique. Le père de Nicolas, Patrick Mouraux, était bouleversé : « Je suis heureux, je suis fou, c’est tout. »
Il a su par sa grand-mère ce qui était arrivé, mais moi je n’en ai jamais parlé
La ravisseuse, une femme psychologiquement fragile en mal d’enfants, sera condamnée un an plus tard à dix mois de prison avec sursis. Mais si le dénouement semble heureux, la suite est plus compliquée. « On a commencé à surprotéger Nicolas. Sortir en rue était difficile. Quand les gens voyaient que c’était ‘le petit Nicolas’, ils sautaient sur la poussette pour voir le bébé », confie Véronique. La famille finit par déménager en France.
Nicolas grandit aux côtés de ses deux frères, sans connaître toute l’histoire. « Il a su par sa grand-mère ce qui était arrivé, mais moi je n’en ai jamais parlé. Je voulais faire une croix sur le passé. » Aujourd’hui, Nicolas va avoir 30 ans. Mais ses liens avec sa mère se sont distendus. « Je n’ai plus de nouvelles de lui depuis une vingtaine d’années », dit Véronique, la voix teintée de tristesse.
Un souvenir encore vivant
Depuis ce jour de janvier 1996, près de 69.000 bébés sont nés à la Citadelle de Liège. La sécurité y a été renforcée, les équipes formées, les protocoles durcis. « Aujourd’hui, les sages-femmes surveillent qui entre et qui sort. Si un visiteur n’est pas identifié, on appelle les vigiles », souligne Frédéric Chantraine, chef de service adjoint en gynécologie.
Mais dans les couloirs de l’hôpital, les anciens n’ont pas oublié ces sept jours de cauchemar. L’enlèvement de Nicolas, même s’il s’est conclu par un retour heureux, reste gravé dans les mémoires comme l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire récente de l’institution.

















