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"La pression est à la hauteur de l’attaque": les enseignants dans "une phase d’indigestion" après les mesures annoncées par le gouvernement

Les syndicats de l'enseignement organisent ces lundi et mardi 27 et 28 janvier quarante-huit heures de grève dans toutes les écoles de Wallonie et de Bruxelles, doublée d'une grande manifestation lundi dans les rues de la capitale. Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC Enseignement, est venu en parler dans le bel RTL Matin.

Roland Lahaye était l’invité de Martin Buxant dans le bel RTL Matin. Le secrétaire général de la CSC Enseignement est revenu sur les raisons qui ont poussé les syndicats à organiser une grève de 48h.

"La pression est à la hauteur de l’attaque que nous avons reçue. Cela ne date pas d’hier. Tous ceux qui croient que les dernières mesures sont celles qui ont conditionné les actions qui vont se produire se trompent un peu", indique-t-il. "Cela remonte à beaucoup plus longtemps que ça. Il y a eu le pacte d’excellent et les difficultés pour sa mise en œuvre. La crise covid laisse des traces. Et puis, il y a eu la déclaration de politique communautaire. Aujourd’hui, les enseignants sont dans une phase d’indigestion. Celle-ci va produire ses effets dans les rues de Bruxelles."

 

Combien d’écoles impactées par la grève en Fédération Wallonie-Bruxelles ? "On n’a jamais eu autant de demandes de renseignements avant une manifestation", souligne Roland Lahaye. "Je peux dire qu’en province de Liège, il y avait plus de 2.000 inscrits pour la CSC Enseignement, ce qui est beaucoup. Pour la province du Luxembourg, même chose. Ces indicateurs nous montrent qu’il y aura probablement beaucoup de monde dans les rues de Bruxelles."

CDI ou nomination? Je ne veux pas qu’on oppose les deux systèmes

Parmi les reproches faits au gouvernement, le secrétaire général de la CSC Enseignement revient sur la fin du système des nominations. La ministre Valérie Glatigny a assuré qu’avec un CDI, les enseignants ne perdront pas d’argent. 

"En quoi cela me gêne ? Ce CDI, fin des statuts, c’est l’arbre qui cache la forêt. Je ne suis pas opposé à un CDIE pour les jeunes enseignants, et leur stabilité. Mais, je ne veux pas qu’on oppose les deux systèmes. On peut les faire cohabiter. Je prends toujours en exemple la communauté germanophone où des enseignants reçoivent en début de carrière un CDI, et puis sous certaines conditions se retrouvent petit à petit statutarisés."

 

"Le CDI apporte une forme de protection? "La particularité de l’enseignement est que, parfois, on a plusieurs employeurs. Par exemple, un prof de psychomotricité en maternelle, ce sont 2h par classe. Il lui faut parfois 3 à 4 écoles pour faire son horaire complet. Comment va-t-on organiser ça ? On nous dit que rien n’est encore écrit, mais quand vous prenez une mesure aussi forte, il faut donner des garanties. Aujourd’hui, rien n’est écrit. Il y a du flou."

On a loupé une étape

Un autre reproche fait au gouvernement: la réforme de l’enseignement qualifiant. 

"La réforme était prévue dans le pacte pour un enseignement d’excellence, sous l’ancienne législature. Le pacte devait traverser toutes les législatures", rappelle Roland Lahaye. "Dans cette feuille de route, il y avait la rationalisation de l’offre des options du qualifiant. Mais pas de la manière dont cela s’est passé au mois de décembre, avec un couperet non concerté. Ce gouvernement n’entend pas qu’il y a des spécificités et qu’il fonce tête baissée. (…) On n’est pas hostile à une réforme, et on veut qu’elle soit concertée."
 
Roland Lahaye regrette globalement le "manque de concertation". "On est invité par la ministre dans des réunions qui ont toujours existé, et on traite des problèmes ponctuels. Quand il est question d’avoir notre avis sur le qualifiant, on aurait pu allumer des indicateurs, des feux orange, en disant 'Attention, cette réforme va avoir des conséquences négatives'. Là, on ne l’a pas fait. On a loupé une étape." 

Et de conclure : "Des économies doivent être faites, mais elles sont mal faites. J’ai dit à la ministre que ce qui coûte, ce sont les enseignants qui restent malades et qu’on contraint de laisser chez eux. Aujourd’hui, on a régulièrement des décisions qui disent qu’un enseignant est inapte à la fonction d’enseignant, mais qui pourrait être apte dans une autre fonction dans l’enseignement, comme une fonction administrative. Mais comme ces fonctions n’existent pas, on ne peut pas les confier à un enseignant. Et cela coûte à la communauté."

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