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L’alerte a mobilisé les meilleurs spécialistes du pays. Alors que quatre premiers blessés de la tragédie suisse ont été transférés vers la Belgique, les centres de traitement des brûlés de Bruxelles et de Charleroi sont en première ligne. À peine arrivé de Suisse, un patient, intubé et sous anesthésie, a été admis au Grand Hôpital de Charleroi (GHDC) avec plus de 20 % de la surface du corps brûlée.
« Ne pas aller trop vite »
Pour les anesthésistes-réanimateurs, la priorité absolue n’est pas encore la chirurgie, mais la stabilisation des paramètres vitaux. « Il ne faut pas vouloir aller trop vite », prévient Ghueder Saidane, médecin au GHDC. « Il faut que le patient ne se refroidisse pas, qu’il n’ait pas mal et qu’il garde une tension correcte. »
Le médecin doit désormais passer des photographies envoyées par les secours suisses à une analyse physique réelle. Selon le bilan, le patient pourra être réveillé ou, au contraire, maintenu dans un coma artificiel durant plusieurs jours si les lésions sont trop inquiétantes.
Le piège des vêtements synthétiques
À l’Hôpital Militaire Reine Astrid, les équipes redoutent des brûlures particulièrement profondes. En cause : la nature des vêtements portés lors des soirées festives. « Tout ce qui est tissu synthétique va prendre feu très vite », explique Patrick Persoons, infirmier en chef. « C’est beaucoup plus dangereux que le coton, qui s’enflamme moins rapidement. » Une fois fondu sur la peau, le synthétique aggrave considérablement l’étendue des dégâts.
La prise en charge technique des grands brûlés est un défi de chaque instant. Le corps perdant d’énormes quantités d’eau, le risque d’insuffisance rénale est permanent. Mais une autre menace guette : l’œdème compressif. « L’œdème peut comprimer les nerfs et les vaisseaux », détaille le docteur Saidane. « Cela nous oblige parfois à pratiquer des incisions d’urgence pour libérer la pression. »
Enfin, la perte de la peau signifie la perte de la barrière protectrice du corps. Le risque d’infection est le « nerf de la guerre » dans ces unités. Les soignants surveillent quotidiennement la Protéine C-Réactive (CRP) dans le sang, un indicateur d’inflammation qui permet de détecter la moindre intrusion bactérienne.
Une évolution incertaine pendant 72 heures
Même après l’admission, rien n’est acquis. Une brûlure est une lésion dynamique qui peut continuer à s’approfondir et à s’aggraver dans les 48 à 72 heures suivant le drame. Les prochains jours seront donc cruciaux pour déterminer si des greffes de peau seront nécessaires pour ces victimes dont le pronostic reste, pour l’heure, sous haute surveillance.















