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Nous avons rencontré Roze, miraculée de Crans-Montana : « Il n’y a pas grand monde qui m’a cru »

par Hippolyte Waignier, Vincent Jamoulle et David Muller
Dans un témoignage poignant, une jeune étudiante, soignée à Liège, raconte l’horreur vécue lors de l’incendie d’un bar dans une station de ski en Suisse.

C’est une histoire marquée par l’effroi et le courage. Une jeune étudiante de 18 ans, présente à Crans-Montana lors de l’incendie dramatique, partage aujourd’hui son douloureux témoignage. Elle travaillait ce jour-là sur les réseaux sociaux du bar Le Constellation. « Ça faisait seulement 15 minutes que j’étais là-bas », débute-t-elle. Elle explique qu’elle venait de commencer sa journée et qu’elle avait pris son appareil photo pour immortaliser quelques clichés. Travailler sur les réseaux sociaux semblait être une tâche anodine ce jour-là, mais les événements ont pris un tournant inquiétant bien rapidement.

L’alerte et l’incrédulité

« À un moment je me retourne, et je vois un peu de feu au plafond. Donc je réfléchis pas trop, je remonte », raconte-t-elle en revivant ces instants chargés d’adrénaline. La jeune photographe tente alors d’alerter les personnes présentes à l’étage. Cependant, elle fait face à une incrédulité inquiétante : « Il n’y a pas vraiment grand monde qui m’a cru, parce que quand on est en haut, on voit pas ce qui se passe en bas. » Cette hésitation a, selon elle, pu retarder certaines réactions cruciales pour l’évacuation. La situation empire rapidement et se transforme en chaos total. Les flammes progressent, rendant la sortie des lieux périlleuse.

« J’avais les mains brûlées »

La fuite rapide devient alors une nécessité. « C’était un peu compliqué de sortir, parce que tout le monde est sorti en même temps », explique-t-elle. Elle décrit l’agitation et la peur qui se sont progressivement emparées des lieux. La jeune femme parvient à s’échapper par une fenêtre. Avec courage, elle se mobilise pour venir en aide à ceux toujours prisonniers de l’incendie, mais ses efforts héroïques lui coûtent cher. « Moi je pouvais pas tant faire que ça, parce que du coup j’avais les mains brûlées », confie-t-elle avec émotion. Malgré ses blessures, elle affirme avoir fait tout son possible pour aider des personnes en détresse, bien qu’elle se soit retrouvée limitée dans ses gestes.

Le choc de la prise en charge

Une fois à l’extérieur, elle n’abandonne pas. « Une fois sortie, j’allais en direction de la route pour demander à une voiture d’appeler l’urgence, parce que je savais qu’il y avait des blessés », raconte-t-elle, exprimant l’urgence qu’elle ressentait face aux blessures des autres. Une fois prise en charge, elle réalise alors l’ampleur de ses propres blessures physiques. « Je savais pas que j’étais brûlée au visage et au bas du dos. » Lorsqu’elle découvre ses blessures, le choc est grand mais elle préfère se concentrer sur ceux qui avaient également besoin d’aide.

« Je sors lundi, normalement »

À l’hôpital, elle entame un processus de soins intensifs qui témoigne de la gravité de ses blessures. « Ils m’ont pris de la cuisse, droite d’ailleurs. Et du coup ils ont mis sur mes mains », explique-t-elle en évoquant les greffes réalisées pour traiter ses brûlures. Malgré la douleur et les défis, elle montre une résilience remarquable. « Normalement du coup je sors lundi. Mais il faudra quand même que je change chaque deux jours, je crois, mes bandages en Suisse », poursuit-elle en décrivant son parcours de convalescence. Toutefois, les consignes médicales sont strictes : « Je dois mettre des gants pendant un ou deux ans. [Je n’ai pas] le droit de sortir au soleil. » Ces contraintes témoignent des impacts à long terme qu’elle devra gérer au quotidien.

Les cicatrices invisibles

Ce sont pourtant les séquelles psychologiques qui paraissent les plus marquantes. « Les scènes reviennent. On réentend les cris des gens. On revoit les brûlés », confie-t-elle d’une voix tremblante. Les images des vêtements brûlés, des victimes évanouies ou recevant des massages cardiaques hantent son esprit. Ces souvenirs omniprésents pèsent lourdement sur son moral et freinent sa capacité à envisager un retour à une vie normale. « Je pense pas que je pourrais vivre normalement après. Je sais même pas si je pourrais retourner à Crans-Montana. » Les traumatismes qu’elle a subis soulignent l’impact durable d’un tel événement sur sa vie.

L’espoir d’un avenir à reconstruire

Malgré tout, cette jeune femme fait preuve d’une volonté admirable de se reconstruire. Étudiante en biologie et chimie, elle espère pouvoir un jour reprendre ses cours, même si elle reconnaît que ce ne sera pas simple. « J’espère. Je sais pas encore comment parce que du coup c’est des manuels que j’ai », explique-t-elle en évoquant les défis associés à ses manipulations scientifiques. La reprise de ses études pourrait marquer un pas important vers un retour à une forme de normalité, bien que cette perspective reste entourée d’incertitudes.

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