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Il est difficile de définir en quelques mots la personnalité d’Alain Orsoni, comme dit le Figaro ce matin ce fut : « un personnage sulfureux, entre nationalisme et grand banditisme ». On est en plein dans une série du dimanche soir qui pourrait s’appeler « meurtre à Ajaccio ».
Alain Orsoni est d‘abord connu pour son engagement politique, en 1975, il a 20 ans, il participe à la première action spectaculaire des nationalistes Corses, l’occupation, à Aléria, d’un domaine viticole appartenant à un rapatrié d’Algérie. Le but des militants : rendre le vignoble corse aux Corses.
Ironie de l’histoire cet épisode sera la matrice du FLNC, le front national de libération de la Corse, en référence au FLN des indépendantistes algériens.
Alors je ne vais pas vous faire l’histoire du nationalisme corse, ça prendrait des heures, entre canal historique et canal habituel, grand banditisme, bande du petit bar, nuits bleues, villas dynamitées et assassinats multiples… Disons qu’Alain Orsoni était un des parrains de l’île qui a vécu mille vies entre la Corse, la prison en France et l’Amérique du Sud. Il vivait depuis plusieurs années au Nicaragua, en sécurité il y gérait ses affaires dans le secteur du jeu.
Il a baissé sa garde
Pour vous donner une idée son frère Guy a été enlevé en 1983. On n’a jamais retrouvé son corps, mais ses trois ravisseurs ont été assassinés en prison par un commando nationaliste. Il a donné le prénom de son frère Guy, à son fils, Guy Orsoni qui purge actuellement une peine de 13 ans de prison pour trafic de drogue.
Alain Orsoni fut aussi pendant près de 20 ans le président du club de foot d’Ajaccio. Quand il rentrait d’Amérique du Sud pour s’occuper du club, il s’entourait de gardes du corps et portait un gilet pare-balles, mais hier il ne s’est pas méfié.
Pourtant, le meurtre au cimetière est un classique de la mafia, « mais chez nous », a dit le prêtre qui présidait la cérémonie, « ce n’est pas la tradition, on tue après les obsèques, à la sortie, et pas pendant »… Ce qui accrédite la thèse d’un tueur professionnel venu de l’extérieur.
D’autant qu’en Corse on tue à plusieurs, au revolver dans le dos, à bout portant comme le Préfet Erignac en 1998. Or d’après le procureur chargé de l’affaire, Alain Orsoni a été abattu d’une seule balle en plein cœur, tirée à distance par une arme longue équipée d’une lunette.
On peut imaginer que comme dans les films, le tireur a rangé calmement son arme dans un étui, et est reparti prendre un avion pour l’Italie ou l’Amérique. En corse la réalité dépasse toujours la fiction.















