Partager:
Les ambassadeurs des États membres de l’Union européenne sont appelés à discuter, à partir de 11h ce vendredi à Bruxelles, puis sans doute à voter sur l’accord controversé de libre-échange commercial entre l’UE et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay), alors que les agriculteurs bloquaient plusieurs autoroutes du pays.
Discuté depuis plus de 25 ans, l’accord doit être approuvé à la majorité qualifiée des Vingt-sept, soit au moins 15 membres de l’UE représentant 65 % de la population. Cheffe de file des opposants au texte « en l’état », la France n’apparaît pas en mesure de réunir une minorité de blocage si l’Italie, comme pressenti, devait donner son feu vert, après d’ultimes tergiversations.
La Pologne, la Hongrie, l’Irlande et l’Autriche sont aussi opposées, tandis que la Belgique devrait s’abstenir. Parmi les formations politiques participant à des gouvernements de plein exercice, seule la N-VA soutient clairement l’accord proposé, faisant valoir son importance pour les échanges commerciaux, en particulier avec le port d’Anvers.
La fédération patronale FEB embraie : « ce traité est une très bonne chose pour notre économie », a répété son patron, Pieter Timmermans, vendredi sur Matin 1ère (RTBF). Il fait valoir des raisons géopolitiques, alors que les relations avec les États-Unis sont compliquées et que « l’économie européenne doit diversifier ses marchés ».
Il souligne aussi les efforts « énormes » fournis ces derniers mois par la Commission européenne pour rencontrer les demandes des agriculteurs.
Outre des mesures de sauvegarde en cas d’afflux de denrées déstabilisant le marché européen, la Commission Von der Leyen a proposé cette semaine encore un assouplissement budgétaire, en avançant à 2028 le déblocage de 45 milliards d’euros de la future Politique agricole commune (PAC), ou en suspendant des droits appliqués à l’importation d’engrais chimiques, ou encore en interdisant la présence dans des produits importés de pesticides déjà interdits dans l’UE.
Mais pour l’eurodéputée Saskia Bricmont (Ecolo), négociatrice des Verts/ALE sur ce dossier, ces annonces sont trompeuses : il n’y a en fait « pas d’argent supplémentaire pour une PAC amputée de 20 % » et la clause de sauvegarde proposée est « beaucoup trop faible ».
L’élue souligne que l’accord UE-Mercosur est proposé au vote du Conseil de l’UE avec une entrée en vigueur provisoire de la partie commerciale. « Un passage en force sans attendre le vote du Parlement européen, un déni de démocratie qui coûtera cher aux contribuables, qui devront en supporter les coûts (pertes et compensations). »
Le vote de ce vendredi signifierait un mandat à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, pour aller signer les textes juridiques ce 12 janvier au Paraguay.
« Sans garantie que le Parlement européen ratifie l’accord, elle n’a pas peur du ridicule », selon Saskia Bricmont. Entre défenseurs des agriculteurs, opposants au libre-échange commercial, environnementalistes et souverainistes, il n’est pas évident qu’il existe une majorité au Parlement européen.
De nombreux syndicats agricoles européens craignent une concurrence déloyale sur des produits comme le bœuf et la volaille, le sucre, le riz, le miel et le soja sud-américains. Ils se voient sacrifiés face aux exportations promises de voitures, machines, vins et spiritueux européens.
Les opposants réclament de solides clauses de sauvegarde, sortes de frein d’urgence en cas d’afflux de produits déstabilisant le marché européen, mais aussi la réciprocité (des « clauses-miroir » qui interdiraient par exemple des pesticides et autres molécules déjà interdites dans l’UE), ou encore une fiabilité avérée des contrôles aux frontières.
















