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L'Office des étrangers limite le nombre d'enregistrements de demandeurs d'asile: "Cette situation est inhumaine et indigne"

  • Theo Franken prie l''Office des Etrangers de ne traiter que 60 demandes/jour

  • "Les hommes seuls sont mis à part"

  • "Il y a un tri"

 

La limitation du nombre d'enregistrements de demandeurs d'asile à 60 par jour maximum, appliquée depuis jeudi par l'Office des étrangers, provoque une saturation anticipée du réseau d'accueil, estime vendredi Mehdi Kassou, porte-parole de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés. Contactée par Belga, la porte-parole de l'Office des étrangers a confirmé cette adaptation sur ordre du secrétaire d'État à l'Asile et la Migration, Theo Francken (N-VA).

Depuis jeudi, l'Office des étrangers a instauré une limite journalière d'accueil pour les demandeurs d'asile à fixée à 60 personnes maximum par jour. Quarante personnes n'ont ainsi pas pu enregistrer leur demande jeudi, et trente ce vendredi, indique la Croix-Rouge.

La priorité est donnée aux personnes vulnérables dont les familles, les malades et les personnes âgées, précise la porte-parole de l'Office des étrangers. "Depuis juillet dernier, le nombre de demandes d'asile augmente régulièrement et en novembre, 2.750 personnes ont introduit une demande", détaille l'Office des étrangers. "Ces dernière semaines, on a enregistré entre 100 et 110 personnes par jour. Cette hausse est notamment due à un afflux de Palestiniens qui fuient la bande de Gaza depuis le mois d'août. Depuis octobre dernier, ils sont la deuxième nationalité la plus représentée parmi les demandeurs d'asile après les Syriens, ce qui est inédit. Outre les Afghans et Irakiens, nous enregistrons également des demandes d'asile de personnes issues d'Amérique latine, ce qui n'était pas le cas en début d'année".


"Des personnes sans solution d'hébergement"

Cette limitation a déjà un impact sur l'accueil à la Porte d'Ulysse, le centre d'hébergement de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés à Haren, explique Mehdi Kassou. "Des personnes qui auraient dû être réparties dans le réseau d'accueil Fedasil, après leur enregistrement à l'Office des Etrangers, se retrouvent sans solution d'hébergement et viennent à la Porte d'Ulysse. Dans les jours qui viennent, nous nous attendons à une hausse de 10%. A l'arrivée de l'hiver, cette restriction d'enregistrements à l'Office provoque une saturation anticipée du réseau d'accueil." "En 2015, il y a eu une condamnation de l’Etat, une astreinte de 140 euros par jour et par personne pour les personnes qui demanderaient l’asile et qui n’auraient pas accès à une protection matérielle, ajoute-t-il au micro de RTL Info. Aujourd’hui, on voit qu’on les empêche de demander l’asile et donc cette condamnation ne pourrait pas être appliquée. Mais il y a ici une possibilité, un levier qui doit être activé pour permettre à ces personnes de trouver un refuge le plus rapidement possible."



"Une obligation légale"

"Le gouvernement a une obligation internationale, en vertu des conventions internationales, d’accueillir les personnes qui réclament le droit d’asile, affirme Olivia Vennet, présidente de la Ligue des Droits de l’Homme, au micro de RTL Info. En disant qu’on va limiter à un nombre fixe le nombre de personnes qui peuvent venir, on ne peut pas dire que le gouvernement fait tout pour accueillir ces demandeurs d’asile. Parce que précisément, ils limitent la possibilité d’introduire une demande d’asile."

Plusieurs membres de la Plateforme citoyenne étaient présents sur place ce matin, dont Colette, qui témoigne au micro de RTL Info. "Ce que l’on voit, c’est que systématiquement, les hommes seuls sont mis à part, sur le côté. Les femmes, les enfants et les couples peuvent entrer, ainsi que certaines personnes. Il semble que ça se soit déjà passé comme ça hier." Des propos confirmés par Chloé, également bénévole à la plateforme citoyenne.


La Croix-Rouge avait pourtant prévenu le gouvernement

"Contrairement à ce qui s'était produit en 2015, la situation actuelle ne résulte ni d'arrivées soudaines et nombreuses sur notre territoire, ni d'un manque d'anticipation du réseau d'accueil. Au contraire, voici plusieurs mois, au moment même où les autorités décidaient de fermer des milliers de places d'accueil, nous alertions le gouvernement sur le danger de réduire aussi sévèrement la capacité", déplore la Croix-Rouge.

L'organisation rappelle que, fin octobre 2017, plusieurs centres d'accueil qui devaient fermer à Arlon, Tournai et Belgrade, sont finalement resté ouverts jusque fin juin dernier. Actuellement, ces trois centres sont quasiment à leur capacité maximale. La Croix-Rouge vient d'ouvrir d'urgence 750 nouvelles places mais il reste par ailleurs des places encore disponibles dans notre réseau d'accueil. "Dès lors que la capacité d'accueil existe, nous demandons aux autorités de ne pas laisser à la rue des demandeurs d'asile alors que l'hiver est à nos portes. Cette situation est inhumaine, indigne et contraire aux principes fondateurs de la Croix-Rouge", souligne encore cette dernière.

Le CIRé, la Plateforme citoyennes de soutien aux réfugiés et Vluchtelingenetwerk dénoncent eux, dans un communiqué commun, une volonté politique délibérée de créer une crise de l'accueil. Tous trois rappellent que cette dernière était annoncées par Fedasil et ses partenaires il y a plusieurs mois déjà. "Au moment même où le secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration décidait de fermer des milliers de places d'accueil collectives ou individuelles, les prévisions étaient claires: dès le mois de novembre, le réseau d'accueil serait dans l'impossibilité de recevoir les demandeurs. L'entêtement crée depuis des mois les conditions d'une réelle crise de l'accueil des demandeurs d'asile. Pourquoi, si ce n'est pour servir d'épouvantail lors des discussions gouvernementales sur l'engagement de la Belgique dans le Pacte global sur les migrations?", s'interrogent-ils.

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