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"Mon petit-fils autiste régresse": quand l’enseignement spécialisé pourra-t-il reprendre?

 
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Quand les enfants pourront-ils retourner à l'école ? Les autorités ont répondu en partie à cette question cruciale et polémique. La reprise des cours se fera de manière progressive au plus tôt à partir du 18 mai. Mais qu’en est-il pour l’enseignement spécialisé ? Pour l’instant, aucune certitude. Enseignants et parents semblent inquiets. La grand-mère d’un garçon autiste confie ses craintes.

L’épidémie de coronavirus en Belgique a entraîné la suspension des cours dans toutes les écoles. Depuis le début du confinement, de nombreux parents sont obligés de jongler simultanément entre le télétravail et la garde de leur.s enfant.s. Une situation difficile qui génère souvent de l’anxiété.

"Je m’inquiète. Tout cela me trouble", confie une grand-mère via notre bouton orange Alertez-nous. Cette Bruxelloise de 67 ans a un petit-enfant autiste. "Depuis la fermeture de l’enseignement spécialisé, les enfants atteints de troubles du spectre autistique perdent leurs acquis et régressent progressivement. Les logopèdes étant sur pause, les parents s'inquiètent et ont le sentiment que leur enfant est laissé pour compte. Qu'en est-il ? C’est un sujet important", demande la sexagénaire.

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Son petit-fils âgé de 6 ans est scolarisé dans une école d’enseignement spécialisé du Hainaut. "Tout se passait bien. C’est évidemment un apprentissage très progressif mais avec le suivi réalisé à l’extérieur par une logopède, on voyait une amélioration spectaculaire. Mon petit-enfant ne sait pas encore parler mais il comprenait dans les grandes lignes et agissait en conséquence", assure la grand-mère, qui avait l’habitude de le voir une fois par semaine.

"Depuis le confinement, on constate une régression spectaculaire"

"Mais depuis le confinement, on constate une régression tout aussi spectaculaire. Ses acquis sont en train de se perdre. Ma fille et son compagnon ont l’impression de ne plus pouvoir communiquer avec leur enfant qui semble ne plus comprendre leurs paroles. Il répète les phrases mais ne réagit pas. Il régresse dans la compréhension et l’acquisition du langage", regrette la grand-mère. "Et ce n’est pas le seul enfant autiste dans le cas. Cela concerne beaucoup d’enfants qui souffrent d’autres types d’handicap ou de trouble", ajoute-t-elle.

Cette situation amène des tensions difficiles à gérer. "Quand ils ne sont pas compris, les enfants autistes peuvent parfois êtres agressifs. Ils peuvent faire des colères fabuleuses, pleurer et crier pendant des heures voire une journée entière", explique la grand-mère. "Mon petit-enfant possède son propre langage et ce n’est pas toujours facile pour lui de communiquer et d’être compris. Par exemple, il est habitué à faire les courses avec ses parents. Donc, quand il voit son père ou sa mère partir, il met ses chaussures pour l’accompagner. Il ne comprend pas pourquoi il ne peut pas sortir et la situation dramatique dans laquelle on se trouve. Du coup, il se met en colère", explique la Bruxelloise.

Face à ce désarroi, la grand-mère regrette un manque de considération. "Je regarde les informations tous les jours et je n’entends jamais parler de l’enseignement spécialisé et d’une aide quelconque. On ne parle pas des enfants autistes. J’ai l’impression qu’ils sont considérés comme une quantité négligeable. On les oublie et c’est injuste", déplore-t-elle.

"C’est blessant de se sentir laissés-pour-compte"

"Pourtant, si on parlait d’eux-mêmes juste trois minutes, cela ferait beaucoup de bien aux parents qui auraient enfin l’impression d’être pris en compte, d’exister tout simplement. Je comprends que la situation est difficile, mais c’est blessant de se sentir laissés-pour-compte. Ces enfants ont besoin d’aide", souligne la grand-mère.

Il y a quelques jours, les autorités ont annoncé la reprise progressive des cours dans les écoles francophones au plus tôt à partir du 18 mai, dans le cadre du plan de déconfinement. Mais aucune information concrète n’a été donnée pour l’enseignement spécialisé.

"On ne sait absolument rien" confirme Véronique, une enseignante

"Nous n’avons aucune nouvelle. On ne sait absolument rien", confirme Véronique, une enseignante dans l’enseignement spécialisé secondaire à l’Institut Étienne Meylaers à Liège, qui nous a également contactés via le bouton orange Alertez-nous.

"Je donne des cours pratiques de repassage, de nettoyage et de cuisine. C’est de l’éducation sociale et familiale. J’exerce ce métier depuis 20 ans", explique cette mère de famille de 50 ans. "Nos élèves ont principalement des retards scolaires mais il y aussi des enfants qui possèdent un handicap plus sérieux comme la trisomie 21 ou de l’autisme. Chacun avance à son rythme pour développer des compétences", précise-t-elle.

Une reprise des cours ? "Dans le spécialisé, c’est impossible"

De son côté, Véronique confie sa crainte d’une reprise des cours, même partielle, dans son école. "Dans le spécialisé, il est impossible de respecter les distanciations sociales du fait que les élèves ont un besoin de contact permanent avec l’enseignant. Ils demandent des bisous et des câlins, en les croisant dans les couloirs par exemple. Et au niveau de la pédagogie, on est tout le temps assis à côté d’eux pour les aider dans leurs activités. On apprend par exemple à certains des gestes du quotidien comme faire une tartine", indique l’enseignante.

Selon elle, expliquer cette situation particulière n’est pas envisageable. "Ce n’est pas comme dans l’enseignement ordinaire où l’on peut expliquer les choses. Chez nous, la plupart des élèves ne vont pas comprendre, même les plus âgés. Ils risquent donc d’être frustrés et se sentir rejetés, délaissés. Cela risque de les perturber", anticipe Véronique. "C’est donc impensable de penser à une reprise dans ces conditions, même avec les protections qu’on nous donnerait, malgré l’amour et le dévouement que j’ai pour mon travail."

Maman de trois enfants, elle s’inquiète d’une contamination éventuelle à l'école. "Je crains de transmettre le virus ou d’être contaminée car le respect des mesures de sécurité est illusoire. Je n’imagine pas les enfants laisser leurs masques sur leur visage. Et diviser les groupes est aussi impossible vu que nos locaux sont exigus et tous occupés. Tous mes collègues partagent le même ressenti", assure Véronique, plongée dans les incertitudes.

"Il faudrait au moins fournir de l’aide aux parents"

La grand-mère comprend la difficulté d’une reprise dans l’enseignement spécialisé. Elle doute d’ailleurs d’un retour possible à l’école avant la rentrée prochaine. "S’il n’y a pas d’école avant septembre/octobre, à raison d’un jour sur deux, cela sera très difficile de récupérer les acquis. Mon petit-enfant commençait à entrer dans une phase où on pouvait espérer d’ici un an ou deux ans qu’il puisse parler et intégrer l’enseignement ordinaire. Cette évolution est compromise… Je comprends que c’est compliqué de reprendre l’enseignement spécialisé mais il faudrait alors fournir de l’aide et des conseils aux parents, comme des fiches pédagogiques disponibles via internet", estime la Bruxelloise.

Véronique, qui confie comprendre l’inquiétude légitime des parents, a réalisé de tels documents pour les épauler dans leur quotidien chamboulé. "Pour aider les parents et les élèves à domicile, chaque professeur a mis en place avec l’école des fiches pédagogiques disponibles en ligne. Dans mon cas, il s’agit d’applications pratiques, par exemple des recettes simples à cuisiner sous forme de tableau pour que les élèves puissent se débrouiller comme ils peuvent avec les parents. Il faut savoir que certains ne savent pas lire ni écrire", souligne la Liégeoise.

"Le problème, c’est que tout le monde n’a pas un ordinateur et une imprimante à la maison", ajoute-t-elle, consciente des difficultés.

Un numéro d’appel et un site internet

La grand-mère estime également qu’un soutien psychologique est nécessaire pour certains parents d’enfants autistes ou souffrant d’un autre type de handicap."Il faudrait aussi une écoute possible par téléphone avec des psychologues spécialisés en la matière", affirme-t-elle.

En réalité, un numéro d’appel destiné à tous les parents en difficulté existe. C’est le 0800/30.030, accessible en cas de besoin. Ils peuvent également consulter le site www.burnoutparental.com, qui propose de tester son état et des listes de psychologues spécialisés.

La ministre promet des infos spécifiques "très rapidement"

En tout cas, aussi bien les enseignants que les parents devraient bientôt y voir plus clair. "Un groupe de travail a été mis en place ce lundi 27 avril pour aborder les questions et tous les enjeux propres à l’enseignement spécialisé", indique le porte-parole de Caroline Désir, la ministre de l’Education en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Dans sa circulaire informative datée du 25 avril, la ministre évoque effectivement ce groupe de travail en ajoutant que les "classes prioritaires pourraient être ciblées en fonction des types d’enseignement, de la maturité des élèves et de leur inscription à une épreuve certificative". Elle promet l’envoi d’une circulaire spécifique pour l’enseignement spécialisé "très rapidement".

En attendant de pouvoir lui caresser le visage, la grand-mère continue de communiquer avec son petit-fils de façon virtuelle. "Il me manque", confie la grand-mère avec une douceur dans la voix.

 




 

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