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"Pourquoi libérer Dutroux?": son avocat Bruno Dayez s'explique face à la polémique

La condamnation à la perpétuité, les peines incompréhensibles nous en reparlerons avec un livre polémique, qui suscite beaucoup de commentaires et de réactions. "Pourquoi libérer Dutroux?", c'est la question épineuse que pose l'avocat de Marc Dutroux, Bruno Dayez qui était l’invité du RTLinfo13H.

Votre livre pose la question de la réclusion à perpétuité, qui selon vous n'est pas une solution acceptable humainement, pour tout prisonnier. En prenant l'exemple de Marc Dutroux, qui a été l'une des affaires les plus sensibles du pays, certes vous provoquez le débat, mais est-ce que l'émotion ne risque pas de prendre le dessus sur les questions de fond que vous posez?

"Il y a 20 ans, j’ai participé à la rédaction d’un ouvrage collectif. Cela s’appelait "Procès Dutroux, dépasser l’émotion". Nous sommes plus de 20 ans plus tard et le temps de l’émotion doit à un moment donné prendre fin. La raison doit prendre le pas sur l’émotion, estime Bruno Dayez. L’abolition de la perpétuité n’est qu’une idée clé de ce livre. Elle n’est pas la seule. Je considère que l’abolition de la peine capitale doit entraîner l’abolition de la peine perpétuelle. C’est une peine à mort à vie. Or, quand on a aboli la peine de mort, on a considéré implicitement mais certainement que le but de la peine était la réinsertion des condamnés".


Vous vous attendiez à des réactions très vives, voire des menaces. C'est le cas?

"Ce livre est une œuvre de raison qui s’adresse à l’intelligence des gens et s’adresse à leur esprit critique. II a vocation à être lu. Je demande à mes contradicteurs de faire l’effort de le lire puisque j’ai fait l’effort de l’écrire. J’ai rendu compte des objections qu’on me faisait traditionnellement selon lesquelles untel serait indéfendable ou que je n’avais pas d’empathie pour les victimes."


Que répondez-vous aux familles des victimes qui ne comprennent pas pourquoi la justice devrait être plus humaine avec des personnes ou des prisonniers qui n’ont témoigné aucune humanité vis-à-vis des victimes ?

"L’Etat n’a pas à traiter les assassins ou les criminels comme les criminels ont traité leurs victimes. C’est le propre d’un Etat civilisé de ne pas rendre coup pour coup. La peine a pour vocation de réparer. Non pas le tort causé aux victimes, c’est impossible. Aucune peine ne serait suffisante. Je conçois parfaitement le point de vue de monsieur Lejeune qui considère que laisser rôtir Dutroux en enfer toute l’éternité, ne serait pas encore suffisant. Ce point de vue est légitime et la société n’a pas à adhérer purement et simplement à cela. Sur la question de la sécurité posée par Jean-Denis Lejeune, je dirais que la peine a deux vocations : elle punit et met hors d’état de nuire. Les idées clés du livre consistent à dire qu’en termes de punition, 25 ans constituent un maximum absolu. En termes de sécurité, je dis que si l’Etat ne fait rien pendant 25 ans, alors c’est comme s’il considérait qu’un produit qu’on désinsère avec soin ne pourrait jamais être réinséré. C’est précisément le drame de la prison. Rien n’est entrepris pour permettre aux gens de se reclasser. Dans le cas de Dutroux, je considère qu’il était autant en danger qu’il pourrait être considéré comme dangereux. S’il devait y avoir une libération, ce serait une forme de confinement dans un environnement approprié."


Vous parlez d’humanité et le remord en fait partie. Lors de vos discussions avec Marc Dutroux en a-t-il manifesté?

"Oui bien sûr. Quand je rencontre Marc Dutroux, je rencontre un homme, pas un monstre ou un zombie. Il reconnaît sa responsabilité dans le décès des victimes. Mais dans les conditions dans lesquelles il vit, il n’est pas dans les meilleures dispositions pour s’amender. On le laisse moisir au fond de sa cellule."

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