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Au menu de l’ASBL L’Îlot ce mardi midi : poisson, purée et quelques légumes. Dans ce centre qui vient en aide aux personnes sans-abri, une centaine d’assiettes est préparée chaque jour. Et pour les concocter, une dizaine de travailleurs s’activent derrière les fourneaux depuis 8h du matin.
Un étage plus haut, loin de l’effervescence de la cuisine, c’est l’heure de préparer la table. Depuis les fêtes, le centre croule sous les demandes. Un constat alarmant que pose Ariane Dierickx, directrice générale de l’ASBL L’Îlot : « En principe, on accueille environ 100 personnes par jour tout au long de l’année. Mais on a observé que pendant les périodes de congés de Noël par exemple, ce chiffre avait doublé. On a accueilli plus de 200 personnes chaque jour. »
Des centres saturés et des nuits glaciales
Résultat, certaines personnes se voient refuser l’entrée du centre, faute de place. Un quotidien difficile que connaissent très bien Anne, 59 ans, et son compagnon Éric, 64 ans. Ils sont sans domicile fixe depuis dix mois. Après leur repas, nous les accompagnons dans cette association.
Anne insiste, leurs valises ne sont jamais bien loin : « C’est ça la vie de la rue, tu dois toujours avoir tes trucs avec toi pour que tu ne te fasses pas voler. »

La première urgence de la journée pour le couple consiste à trouver de quoi se réchauffer. « Je cherche soit un gilet, soit un bon gros pull », explique Anne en fouillant dans les vêtements proposés par l’association.
Tout dispositif est bon pour tenir lors des nuits glaciales, comme nous l’explique Anne en nous montrant des patchs pour se réchauffer les mains.
Trouver un abri
Après une heure de répit dans les locaux de L’Îlot, Anne et Éric doivent malheureusement retrouver la rue. « L’objectif c’est de se mettre au chaud quelque part. On va dans des petits bistrots où on nous accepte comme ci comme ça », nous explique Éric. Bistrots, églises ou encore stations de métro sont autant de lieux où le couple peut chercher un abri.
Les journées sont dures, mais les nuits encore plus. « Tu as les doigts bleus, tu as les doigts blancs, tu as les mains qui s’endorment. On traîne tous les deux des rhumes abominables. On va passer au stade de l’angine blanche, et pas de médecin », déplore Anne.
« Bien sûr qu’on y pense »
Pour dormir, le couple de sexagénaires se relaie pour veiller l’un sur l’autre. Des nuits entrecoupées avec comme seul réconfort être ensemble. Éric nous confie sa détresse : « Des fois on a envie de mourir, de se jeter sur les rails du métro. Bien sûr que ça arrive. Je ne le ferai pas, je l’empêcherai de le faire. Mais ça nous arrive de dire maintenant j’en ai marre, je vais me foutre en l’air. On ne le fait pas, on ne le fait pas », affirme l’homme, et ajoute en riant : « L’instinct grégaire est plus fort. »
Mais derrière ce sourire de façade, la réalité les rattrape souvent très durement. Et avec elle, le souvenir d’un passé où tout allait bien. « J’étais agent immobilier et maintenant je suis dans la rue. Et voilà. Ça devient dur là », nous confie Anne, très touchée.
Anne nous le répétera à plusieurs reprises : personne n’est à l’abri de se retrouver à la rue. Nous quittons finalement le couple alors qu’ils s’apprêtent à se rendre dans un café, toujours sans savoir où ils dormiront cette nuit.

















