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En 1686, Louis XIV souffre d’un mal que même son autorité absolue ne peut apaiser : une fistule anale. Le souverain de Versailles, alors au sommet de sa puissance, ne peut plus s’asseoir sans douleur. Cette affection, un abcès creusant un canal entre l’intérieur de l’anus et la peau, provoque de vives souffrances et des écoulements constants. À tel point que le roi ne peut plus se poser sur son trône, ni monter à cheval, sans un épais coussin.
« Il a terriblement mal au séant. Il a beau être le souverain le plus grand, le plus digne, le plus révéré de l’Europe occidentale, il n’en est pas moins un être humain, avec ses failles », explique Thomas de Bergeyck.
Une opération royale sous haute tension
Face à cette situation, une décision s’impose : le roi doit être opéré. Mais au XVIIe siècle, la chirurgie est encore rudimentaire et pratiquée sans anesthésie. Le chirurgien Charles-François Félix se prépare longuement : pendant des mois, il s’exerce sur des condamnés à mort et des indigents pour perfectionner sa technique. « À l’époque, c’est de la haute voltige : pas d’anesthésie, on taille à vif », rappelle le spécialiste des monarchies.
Le jour de l’intervention, le 18 novembre 1686 à 7h du matin, Félix se présente au château de Versailles muni d’un bistouri recourbé, spécialement conçu pour cette opération. Contre toute attente, l’intervention est un succès. « Louis XIV guérit, et tout Versailles exulte », ajoute Thomas de Bergeyck.
Pour célébrer cette guérison, une religieuse de la Maison royale de Saint-Cyr compose un chant d’action de grâce : « Grand Dieu, sauvez le roi ». Le morceau connaît un grand succès à Versailles et traverse même les frontières. Un siècle plus tard, il est repris à Londres sous le titre « God Save the King », et adopté comme hymne national britannique.
Une mode surprenante à la cour de Versailles
L’histoire ne s’arrête pas là. L’opération réussie du roi provoque un effet de mode dans la haute société. « Tous les nobles qui avaient mal au moindre endroit dans les fesses demandaient à passer sur la table, pour imiter le roi », raconte Thomas de Bergeyck. Résultat : une véritable épidémie de chirurgies de la fistule s’abat sur Versailles.
Ce qui était au départ une opération risquée devient presque une mode. Par loyauté ou par simple mimétisme chacun veut faire comme le roi.
Retrouvez « L’histoire royale » de Thomas de Bergeyck chaque samedi sur bel RTL Weekend.
















