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Gaëtano se plaint des nuisances sonores de l'aéroport de Liège: comment expliquer ces mouvements d'avions "de plus en plus bruyants"?

 
 

Depuis quelques mois, cet habitant de la commune de Ans, assiste , impuissant, au ballet nocturne des avions depuis l'aéroport de Liège.

Gaëtano habite la commune d'Ans en province de Liège depuis 7 ans. Jusqu’à présent, il profitait de la quiétude de son quartier avec sa femme, et ses deux enfants. Mais depuis près de trois mois, la famille vit au rythme des décollages et atterrissages des avions de l’aéroport de Liège. Lassé de ces nuisances sonores, Gaëtano nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous. "Comment se fait-il qu’il y ait autant de mouvements d’avions depuis des mois ? Que dois-je faire ?", s’exclame-t-il.

Père de deux jeunes enfants, Gaëtano nous explique que les nuits sont particulièrement difficiles depuis quelques mois. Jusqu’alors, la famille n’avait pourtant jamais été dérangée par de quelconques nuisances sonores. "Mais depuis plusieurs semaines, on entend de plus en plus d’avions de 21h jusque 2 h du matin. On est réveillé la nuit et avec les bébés, c’est vraiment compliqué. Ce n’est plus possible !", se désole-t-il.


Une étude a été menée à l'aide de sonomètres

Pour comprendre la situation, nous nous sommes donc tournés du côté de la SOWAER (Société Wallonne des aéroports). Cette institution a pour but d’assurer le développement des deux aéroports régionaux (Liège et Charleroi) tout en préservant la qualité de vie des riverains. Des mesures sont régulièrement effectuées autour des zones de bruit afin d’assurer la santé de la population.

Afin de nous renseigner, des ingénieurs de la SOWAER ont donc effectué des analyses. Munis de sonomètres, ils ont étudié la situation géographique de l'habitation de Gaëtano. Selon eux, plusieurs critères peuvent expliquer le niveau de bruit ressenti.


20% des vols ne se font pas dans le sens habituel

Comme nous l'expliquent des ingénieurs de la SOWAER, les bruits perçus par Gaëtano diffèrent selon les sens de décollage et d'atterrissage. Habituellement, les avions décollent et atterrissent dans le sens du vent dominant. L'aéroport de Liège privilégie ainsi les mouvements de Bassenge en direction de Saint-Georges.

Or, 20% des vols s'effectuent dans le sens inverse essentiellement pour des raisons climatiques. Dans ce cas, étant dans le sens contraire du vent, l'avion doit augmenter sa vitesse au sol afin de combler l'écoulement d'air inverse lors du décollage. Largement sollicité, le moteur émet alors plus de bruit afin de prendre de l'altitude. 

"Le sens de décollage influence les bruits perçus au sol. L’avion émet du bruit au décollage car la poussée des moteurs est très forte", note un porte-parole de la société.


"Nous avons plus d'avions gros porteurs aujourd'hui qu'il y a quelques années"

Le surcroit des nuisances sonores peut également s'expliquer par l'évolution de l'aéronef.

Certes, des progrès intégrant des nouvelles technologies ont permis de réduire le bruit des avions durant ces dernières années. Selon l'ACNAW (Autorité de contrôle des nuisances sonores aéroportuaires en Région wallonne), en 30 ans, les nuisances ont été réduites de plus de 20 décibels. 

Mais depuis quelques mois, l'aéroport de Liège accueille plus d'avions gros porteurs. Avec une charge plus importante, ces appareils produisent alors plus de bruit. "Selon tous les experts du site, nous avons plus d’avions gros porteurs (747-400, 747-800, 777) aujourd’hui qu’il y a quelques années", nous indique un porte-parole de la SOWAER. Avant d'ajouter: "Cela pourrait faire sens avec le ressenti de Monsieur Carollo".

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Avion Boeing 747-400 à l'aéroport de Liège

Et en effet, des chiffres communiqués par le SPF Mobilité semblent aller dans ce sens. En 2016, on enregistrait 37.988 mouvements depuis l'aéroport de Liège. Le fret aérien s'élevait alors à 660.643 tonnes. En 2017, on comptabilisait 37.199 mouvements, soit 2% de moins qu'en 2016. Et pourtant, la quantité de fret était en hausse avec 716.893 tonnes transportées. Cela prouve qu'avec moins de vols, l'aéroport est parvenu à augmenter son fret en chargeant davantage chacun de ses appareils.

Enfin, la perception du bruit dépend de l'environnement dans lequel on se trouve. Il est normal que durant la nuit, le bruit perçu paraisse plus important que durant la journée. En effet, en journée, le bruit des avions semble noyé dans le magma sonore de la circulation routière. Plus largement, les conditions climatiques influent également le niveau de bruit. Le vent, l'humidité ainsi que des précipitations anormales peuvent ainsi expliquer un niveau de bruit plus conséquent.


Que faire en cas de nuisances? 

Afin d'encadrer l'urbanisation dans les zones de bruits au voisinage des aéroports, l'aéroport de Liège a conçu le PEB (Plan d'exposition du Bruit). Révisé tous les 3 ans, il tient compte du trafic aérien estimé à moyen terme et fixe les mesures en faveur des riverains. 

Quatre zones de bruits ont été définies par la Région Wallonne afin de mesurer de façon objective l’impact du bruit sur les riverains. Ainsi, plus de 5.000 habitations ont été insonorisées et 1.500 rachetées si l'on en croit les chiffres publiés sur le site internet de l'aéroport de Liège.

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Comme nous l'expliquent les services de la SOWAER, l'habitation de Gaëtano est située hors zones du Plan d'Exposition au Bruit (PEB). Pourtant, un ultime recours reste possible grâce au "principe d'égalité".

Tout propriétaire d’une habitation périphérique à une des zones du PEB de vérifier le niveau sonore lié au trafic aérien via la pose d’un sonomètre. Lorsque les nuisances sonores enregistrées dépassent le seuil autorisé, les riverains peuvent se voir octroyer divers dédommagements. 

Les mesures réalisées par la SOWAER ont permis de vérifier le niveau sonore lié au trafic aérien. Les résultats ont montré que l'habitation de Gaëtano n'était pas soumise à des niveaux sonores plus élevés que prévus. Pour pouvoir prétendre à une quelconque compensation, il faut que les sonomètres aient enregistré au minimum 4 dépassements pendant une période de 14 jours représentatifs de l'activité habituelle.


Un aéroport opérationnel 24h/24 et 7j/7

Le développement de l'aéroport de Liège peut également expliquer l'intensité des vols nocturnes. L'infrastructure est spécialisée dans le transport express, le commerce électronique, les produits pharmaceutiques et périssables, ainsi que dans les animaux vivants. L'aéroport qui s'illustre comme le 1er aéroport cargo en Belgique, et le 8e en Europe est opérationnel 24h24 et 7j/7. On compte environ 90 vols par nuit. 

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L'aéroport liégeois ne cesse de progresser depuis 2013 avec des capacités de transit qui ont augmenté de 100.000 tonnes en l'espace de quatre ans seulement. "L'activité cargo mondiale connaît une croissance générale poussée par les bonnes performances économiques en Europe, mais aussi par l’émergence de nouveaux créneaux portés par l’E-commerce", relève Luc Partoune, CEO de Liege Airport dans un communiqué de l'aéroport

Gaëtano n'est pas le seul à se plaindre des nuisances sonores provoquées par les vols de nuit opérés par les sociétés de fret TNT et CAL. En juin dernier, quelques 500 familles avaient d'ailleurs saisi la justice. La cour d'appel de Bruxelles avait finalement donné raison à ces centaines de riverains et avait condamné la Région wallonne et Liège Airport à les indemniser pour plusieurs millions d'euros.




 

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