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Frais bancaires: combien faut-il payer dans les principales banques de Belgique et pourquoi?

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Les Belges sont remontés contre leurs banques. Pratiquement gratuites il y a quelques années, elles sont devenues payantes dans la plupart des cas. On a analysé la situation avant de leur demander de justifier ces frais.

La banque doit se réinventer depuis plusieurs années. Les plus grandes conséquences pour le consommateur, ce sont les fermetures d'agences, qui agacent beaucoup de clients. Dans le témoignage de Marie-France, l'an dernier, nous expliquions que de 8.259 agences bancaires en Belgique en 2008, nous sommes passés à 5133 en 2018 (et les chiffres vont encore baisser largement dans les années à venir).

Selon Patrick, qui a contacté la rédaction de RTL INFO via le bouton orange Alertez-nous, les tarifs bancaires posent aussi problème. "Je me demande si ce que BNP Paribas Fortis fait est logique en ces temps difficiles. En dehors de nous prendre 3 euros chaque mois pour le Comfort Pack, ils nous retirent 8,18 euros de frais d'utilisation. Donc par mois BNP Paribas Fortis nous prend 12 euros pratiquement ! Qu'avons-nous fait pour mériter cette méchanceté, alors que nous souffrons pour joindre les deux bouts ? Ils peuvent nous expliquer ?", s'interroge-t-il.

Explication du jargon, analyse de la situation puis réaction des banques, suivez le guide.

Compte à vue, compte épargne, carte de débit, carte de crédit, home banking, assurance,… : c'est quoi ?

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient de rappeler les fondamentaux de la banque, pour savoir de quoi on parle.

Le compte à vue, c'est la base. C'est votre compte courant, sur lequel se trouve votre argent du quotidien, est versé votre salaire, et à partir duquel vous effectuez des virements.

Le compte épargne, c'est pour 'mettre de côté'. C'est un autre type de compte qui peut recevoir l'argent de n'importe qui, mais qui ne peut effectuer des virements que vers le compte à vue du titulaire.

La carte de débit, c'est votre carte Maestro. Elle débite votre compte à vue en direct et dépend de son solde (donc de l'argent disponible). Pour payer 100 euros de courses, il faut donc au moins 100 euros sur ce compte.

La carte de crédit (Visa ou Mastercard) est toujours payante, car elle implique un risque: celui de vous prêter de l'argent pendant quelques jours, quelques semaines. Il y a une "réserve" (un ou plusieurs milliers d'euros) que vous pouvez utiliser en payant avec cette carte. Donc même si votre compte à vue affiche 150 euros, vous pouvez effectuer un paiement de 1.000 euros et il sera accepté. Bien entendu, tous les mois, Mastercard ou Visa va aller se rembourser sur votre compte à vue, donc il faudra qu'il affiche un solde d'au moins 1.000 euros…

Une Mastercard ou une Visa prepaid (prépayée) est généralement gratuite: il n'y a pas de risque ni de prêt, car elle agit comme une tirelire. Vous y déposez de l'argent à l'avance pour la "charger", et ensuite vous utilisez cette somme partout où une telle carte est acceptée (en ligne ou à l'autre bout du monde). Certaines formules Mastercard ou Visa (Gold, Red, Platinium, etc) incluent des assurances liées au voyage, aux achats en ligne, à l'utilisation frauduleuse de votre carte ou d'autres avantages.

Le home banking, qui a différents noms selon les banques, est simplement la capacité à accéder et consulter vos comptes à vue et comptes épargne, à réaliser des opérations (virement, etc), via un ordinateur, un smartphone ou une tablette.

L'assurance compte est facultative. C'est un produit d'assurance (en provenance d'AG par exemple) que les banques proposent ou offrent dans certains packs, et qui agit en cas de décès accidentel du titulaire du compte. Ses ayant-droits (héritiers, conjoints, etc) recevront une somme équivalant au solde du compte.

Combien ça coûte, un compte en banque ?

Il existe depuis quelques années de nouveaux acteurs européens sur le marché de la banque pour particulier. Nous vous avons expliqué l'an dernier, par exemple, comment fonctionne N26, cet acteur allemand qui connait un franc succès, et dont la formule classique (avec MasterCard de débit, une exception) est gratuite.

Mais peu de Belges osent franchir le pas. Nous nous sommes donc limités aux banques réellement belges, ou du moins réellement implantées en Belgique (car certaines appartiennent à des grands groupes internationaux).

Et pour avoir un dénominateur commun, nous avons pris la formule standard qui intéresse la plupart des gens: un compte à vue, un compte épargne (ils sont toujours gratuits dans les packs mentionnés ci-dessous), une carte de débit, une carte de crédit.

Impossible de dresser une évolution de ces tarifs, mais comme tous les autres services, ils augmentent petit à petit au fil des ans, certaines banques l'ont reconnu (voir plus bas).

Attention, et ça explique probablement le cas de Patrick: comme il existe de plus en plus de comptes gratuits ou bon marché, toutes les opérations inhabituelles ou "manuelles" (par un employé de banque) sont devenues payantes, et parfois très chères. Remplacement de carte perdue ou de boitier type Digipass, envoi par la poste ou recherche d'extraits de compte, virement papier ou en agence, virement vers l'étranger: c'est à chaque fois quelques euros…

D'après les documents disponibles en septembre 2020, et les informations obtenues auprès des banques elles-mêmes, voici les tarifs actuels des plus grandes banques belges.

BNP PARIBAS FORTIS

Le Comfort Pack coûte 3 euros par mois.

Il comprend un compte à vue, maximum 2 cartes de débit, une carte Visa Classic (sans assurance incluse).

Il y a une assurance compte (sur le compte à vue)

Les retraits d'argent sont gratuits. Vous pouvez ouvrir 2 autres comptes à vue gratuitement, par exemple un pour votre conjoint(e) et un compte commun. Mais il n'y a qu'une seule carte de crédit.

Lien vers les tarifs (un PDF de 26 pages…) : https://www.bnpparibasfortis.be/rsc/contrib/document/1-Website/5-Docserver/BNP/F01400F.pdf

BELFIUS

Le Comfort Red coûte 5,5 euros par mois.

Il comprend un compte à vue, maximum 2 cartes de débit, une MasterCard Red (avec assurances incluses, dont achats en ligne et usage frauduleux).

Lien: https://www.belfius.be/imagingservlet/GetDocument?src=mifid&id=TARIFEUR_FR

ING

Situation étonnante chez ING: il n'y a pas de pack incluant une carte de crédit.

Il faut donc choisir entre le Lion Account gratuit (pas d'accès aux agences et des frais tels que 50 centimes par retrait de liquide aux distributeurs non-ING, 10€ pour remplacement carte perdue ou volée, etc) ou le Compte Vert ING à 3,7€ par mois), plus généreux mais toujours SANS carte de crédit.

Pour en ajouter une, c'est minimum 1,8€ par mois.

Donc pour comparer aux autres banques qui offre des accès aux agences, ça coûte 5,5€ par mois (carte de crédit standard) ou 7,7€ par mois (carte de crédit de type 'premium' avec assurances, etc).

Lien: https://www.ing.be/fr/retail/daily-banking/current-accounts/compare-current-accounts

CRELAN

Le Performance Pack coûte 5 euros par mois.

Il n'y a qu'un seul titulaire de compte (donc on ne peut pas partager le pack avec un(e) conjoint(e). Il y a un compte à vue, une seule carte de débit, une carte de crédit de type Visa Classic (donc sans assurances supplémentaires).

Il faut passer à 6 euros par mois pour avoir un compte "de couple" (2 cartes de débit et 2 cartes de crédit).

Notez que Crelan est une banque belge et indépendante, et que si vous en devenez "actionnaire" (minimum 10 parts de 12,4€), les tarifs mentionnés baissent de 25%.

Lien: https://www.crelan.be/fr/particuliers/produit/comparez-nos-packs

ARGENTA

La banque belge est la seule à offrir le compte à vue, la carte de débit ET la carte de crédit MasterCard standard (limite de retrait à 1.250€, pas d'assurances). 

Lien: https://www.argenta.be/content/dam/argenta/documents/general/tarifs/Liste%20des%20tarifs.pdf 

Remarque importante: WikiFin, un site édité par la FSMA, l'Autorité belge des Marchés Financiers, a créé un comparateur de compte à vue, qui vous aiguille selon vos besoins en services bancaires. 

En France, le coût moyen du compte à vue est de 194,30 euros par an et par ménage

Pourquoi la gratuité n'existe-t-elle plus ?

Il convient cependant de prendre du recul. Nous avons une vision un peu biaisée des comptes en banque. En effet, pour la plupart des services que nous utilisons (télévision, vidéo/musique à la demande, jeux vidéo en ligne, stockage dans le cloud, alarme/télésurveillance, etc), les Belges acceptent de payer quelques euros par mois. Mais pour les banques, ils voudraient que ça soient gratuits. Principalement parce que ça l'a été auparavant, à l'époque où l'argent valait beaucoup d'argent. Les banques en gagnaient facilement: tout le monde avait son livret d'épargne et quelques actions, la situation économique était au beau fixe et donc les investissements étaient très rentables. Dès lors, bien souvent, généreuses et souhaitant fidéliser des générations de clients, les banques offraient les comptes et les cartes de crédit, ainsi que les extraits de compte par la poste, etc.

Mais les temps ont changé, la bourse fait peur, l'économie est balbutiante, les investissements deviennent tous risqués. Les banques gagnent moins facilement de l'argent et sont devenues prudentes. Votre petit livret d'épargne ne lui rapporte plus rien, or il faut maintenir un nombre minimum d'agences pour garder de la visibilité et la confiance des clients (en plus de leur vendre des produits plus spécifiques comme les investissements, les crédits, les assurances). Il est donc logique de vous faire payer le service que représentent la gestion d'un compte, les cartes des crédits, etc.

Les comptes en Belgique ne coûtent pas chers…

Febelfin, la Fédération belge du secteur financier, estime même qu'on est bien loti en Belgique. "Les frais bancaires pour les consommateurs en Belgique comptent parmi les plus bas d'Europe. Ceci s'explique par un paysage bancaire composé de nombreuses banques (…), ce qui renforce la concurrence. Cette année, l'Observatoire des prix du SPF Economie a calculé que le compte à vue moyen coûtait en Belgique moins de 50 euros par ménage. Selon le site de comparaison français Panorabanques.com, cela représente par exemple une grande différence avec la France. Le coût moyen du compte à vue y est en effet de 194,30 euros".

Que disent les banques ?

Nous avons tout de même donné la parole aux banques, en leur demandant de justifier ces frais bancaires.

"Nous analysons constamment nos taux afin de trouver le bon prix en fonction des coûts réels pour la banque, de la valeur offerte à nos clients et des conditions du marché", explique Hile Junius, porte-parole de BNP Paribas Fortis.

"Les comptes Comfort sont payants mais comprennent des services manuels (en agence, sous format papier, etc, NDLR), des cartes de débit/crédit/prepaid et des assurances. Ce sont principalement ces dernières qui expliquent la différence de prix entre les formules" payantes et gratuites, poursuit Ulrike Pommee, de Belfius.

"Nos clients peuvent s'adresser à nous dans 514 agences", nous dit Leo De Roeck, de Crelan. "Mais le comportement des consommateurs a considérablement changé ces dernières années. Les clients s'attendent à pouvoir effectuer des opérations bancaires 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et à pouvoir faire les choses qu'ils peuvent organiser eux-mêmes depuis chez eux. Cela signifie qu'en tant que banque, vous devez également investir beaucoup dans le maintien et le développement des services numériques".

Argenta, la seule banque qui ne demande aucun frais pour la formule compte + carte de crédit, rappelons-le, se porte bien. "Nous ne prévoyons pas de réduction des agences ou des guichets ‘humains’ chez Argenta", nous a expliqué Mieke Winne, porte-parole. 

La (r)évolution numérique va se poursuivre. Le COVID-19 a également accéléré un peu ce schéma

Et la banque du futur ?

Comment les grandes banques belges envisagent-elles la banque du futur ? "Elle continuera à suivre l’évolution technologique mais un réseau d’agences sera toujours présent. L’avenir sera plus que jamais une approche multi-canal, combinant digital (self service), call center et agence en fonction des besoins du client", selon Belfius.

Même idée chez Crelan: "La (r)évolution numérique va se poursuivre. Le COVID-19 a également accéléré un peu ce schéma. Les agences continueront à évoluer vers la dispense de conseils et l'exécution pure de transactions de base continuera à diminuer. Les services numériques continueront donc de nécessiter des investissements importants à l'avenir".

Et chez Argenta: "De plus en plus des clients veulent gérer leurs affaires bancaires quotidiennes à distance (home banking, app). Quand nos clients ont besoin d’un conseil dans le cadre de la relation de confiance avec leur banque (hypothèques, investissements…), nos agences sont d’une valeur ajoutée considérable". 

Nous n'avons rien contre la digitalisation mais (...) nous n’apprécions guère la manière d’y arriver, à marche forcée, en excluant une partie de la population

Test-Achats n'est pas content

Malgré ce qu'on vient d'expliquer, Test-Achats, l'organisation belge de protection du consommateur, est assez remontée contre la stratégie des banques. C'est parce que nous avons oublié de parler d'une catégorie de la population: les personnes (plus) âgées, peu ou pas connectées, frileuses devant un écran tactile, et à qui on a retiré, année après année, l'aide d'un employé de la banque. Le guichet pour parler à une personne en agence est désormais réservé à des investissements ou des conseils. Et il est vrai que dans certaines agences de certaines banques, mêmes les guichets électroniques sont supprimés, trop chers à entretenir. "Utilisez un ordinateur ou un smartphone", répond-on aux seniors…

Cette situation irrite Test-Achats. "Nous n'avons rien contre la digitalisation mais, comme les consommateurs, nous n’apprécions guère la manière d’y arriver, à marche forcée, en excluant une partie de la population au travers d’augmentations de tarifs répétées", explique Jean-Philippe Ducart.

Dans une récente publication, Test-Achats estiment que "les banques semblent aujourd’hui considérer que tous leurs clients disposent d’un PC performant et protégé, d’une connexion internet, d’une imprimante, d’un smartphone sur lequel ils ont chargé différentes applications de paiement… Et qu’en plus, ils ont reçu la formation nécessaire pour maîtriser ces outils. Ce n’est évidemment pas le cas. Mais les banques semblent peu s'en soucier".

L'organisation a lancé une pétition sur son site afin de faire pression sur le secteur bancaires et les acteurs politiques concernés. 




 

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