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Lorsque le roi Charles III a annoncé être atteint d’un cancer, c’est tout le Royaume-Uni qui a été secoué. Le choc n’était pas tant lié à la nature de la maladie qu’à l’image que renvoie traditionnellement la monarchie : celle d’un corps au-dessus des fragilités humaines, soutenu par les meilleurs soins et protégé du commun.
« Les hommes ont flippé », analyse Thomas de Bergeyck, spécialiste des monarchies. « Ils se sont dit : si ça arrive au roi, à quelqu’un d’aussi bien entouré médicalement, alors ça peut m’arriver à moi aussi. »
Un pouvoir d’influence inattendu sur la santé publique
Dès le lendemain du communiqué de Buckingham Palace, les hôpitaux britanniques ont vu affluer des milliers de patients demandant à passer des tests de dépistage. « Cela montre que les monarchies ont un impact réel sur la société », souligne Bertrand Deckers, chroniqueur royal.
Le roi Charles III, en brisant le silence sur son état de santé, a sans doute contribué à déclencher un électrochoc sanitaire. Et pour cause : au Royaume-Uni, près de 9 millions de personnes ne sont pas à jour dans leur dépistage du cancer, malgré la gratuité de ces examens.
Le poids du secret dans l’histoire royale
Avec cette annonce, Charles III rompt avec une tradition bien ancrée dans la monarchie britannique : le silence. Car si les souverains ont toujours été observés dans leurs moindres gestes, leur santé, elle, relevait jusqu’ici du secret d’État.
« Le roi a décidé de changer la donne », confirme Thomas de Bergeyck. Une rupture assumée, qui tranche avec la discrétion qui entourait les derniers jours d’Elizabeth II. Officiellement, la reine est morte de vieillesse. En réalité, elle aurait été emportée par un cancer des os, révélé bien après sa disparition.
« On l’a vue encore debout, accueillant Liz Truss à Balmoral la veille de sa mort », rappelle le spécialiste. « Elle a joué son rôle de reine jusqu’au bout, puis s’est laissée mourir. »

George VI : un roi malade… qui l’ignorait lui-même
La mort du roi George VI, en février 1952, reste l’un des exemples les plus marquants du silence médical qui entourait autrefois la santé des souverains. Officiellement, il est décédé d’une thrombose coronarienne. En réalité, il souffrait d’un cancer du poumon, mais il n’en avait lui-même jamais été informé.
« On lui a parlé d’anomalies structurelles. À nouveau, un vocabulaire qui ne veut pas dire grand-chose, qui est très flou. Et d’ailleurs, de façon à ce qu’il ne s’en rende pas compte, on n’avait pas totalement interdit au roi, même alité et presque aux portes de la mort de continuer à fumer quelques cigarettes. » , affirme Bertrand Deckers, chroniqueur royal.
Il ne voulait pas mourir
Quelques mois avant son décès, George VI avait été opéré du poumon. Et pourtant, celui qui avait régné sur l’empire du Commonwealth pendant seize ans ignorait que sa santé était à ce point critique. « Il n’aimait pas qu’on lui dise qu’il était malade », rappelle Thomas de Bergeyck. « Alors on a minimisé. Les médecins lui ont même dit, après l’opération du poumon, que tout s’était bien passé. Ce qu’ils n’ont pas dit, c’est qu’on a retiré une partie du cancer et que ce n’était pas terminé. Vous êtes encore atteint et vous êtes finalement condamné. Les médecins le savaient. »
Un déni entretenu, aussi, pour des raisons familiales. « Le roi George VI, il faut se souvenir aussi qu’il ne voulait pas mourir parce qu’il se rendait bien compte que sa fille de 26 ans à l’époque, la jeune Elizabeth, n’était pas tout à fait prête », poursuit Thomas de Bergeyck. « En fait, George VI voulait tenir au maximum, et donc ne pas savoir de quoi il souffrait. C’est une manière pour lui de dire : je suis vivant, je suis toujours là et je peux encore aller loin. »
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