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Jeroen Piqueur est inculpé pour abus de propriété, blanchiment d’argent, insolvabilité frauduleuse et infraction à la législation bancaire. L’homme aurait utilisé son institution financière pour s’offrir un train de vie luxueux, une Rolls Royce personnalisée, une riche villa près de Gand et un yacht à Cannes.
Son fils Ruben et l’ancien ministre socialiste flamand Luc Van den Bossche comparaissent eux aussi devant le tribunal.
« Aucun investisseur n’a perdu de l’argent »
À son arrivée vendredi au tribunal de Gand accompagné de son avocat, Jeroen Piqueur a déclaré : « J’espère avoir un procès honnête et que cela soit clair. Aucun investisseur n’a perdu de l’argent avec Optima. »
Sauf que le ministère public n’est pas du même avis. Le parquet a requis mercredi une peine de cinq ans de prison, 250.000 euros d’amende, la confiscation de 32,8 millions d’euros et une interdiction d’exercer de 10 ans à l’encontre de Jeroen Piqueur.
« Optima était une vache à lait dont on tirait le plus d’argent possible. Ce n’était jamais assez pour Jeroen Piqueur », a déclaré le procureur.
« J’ai perdu 90.000 euros »
Des dizaines de clients de la banque se sont portés partie civile. « Le procès Optima est le procès d’une avidité financière criminelle », estime Geert Lenssens, l’avocat des parties civiles. Certains ont perdu beaucoup d’argent, dont des investissements financiers. « De mes économies, j’ai perdu 90.000 euros », témoigne l’une d’elles sous couvert de l’anonymat.
« L’affaire Optima Bank est une histoire d’enrichissement personnel qui remonte très loin dans le temps (…). En 2020, Jeroen Piqueur déclarait à la presse qu’il ne voulait pas que les faits soient prescrits et qu’il voulait éviter l’image d’un voyou échappant à la justice grâce à la prescription. Le législateur a répondu à ses souhaits et, en raison de la dernière modification de la loi, l’affaire ne peut désormais plus se prescrire. »
L’affaire est « un dossier très complexe qui a demandé énormément de temps », a poursuivi le procureur. « Avant Optima Bank, il y a eu l’histoire d’Optima Financial Planners. À l’époque, il n’y avait pas encore de banque ni de contrôle par la BNB (Banque nationale de Belgique). Entre 2004 et 2009, des commissions occultes de plus de 47 millions d’euros ont été versées (…). L’argent transitait par diverses structures et permettait à Piqueur de mener un train de vie luxueux. Un bateau de 20 millions d’euros, un avion et un parc automobile. Mais ce n’est pas ce style de vie exubérant que nous visons. Il a tout simplement trompé tout le monde et bafoué la législation », a poursuivi le procureur du Roi.
Les droits de la défense ont été violés
L’avocat de l’ancien ministre socialiste Luc Van den Bossche a estimé jeudi que les droits de son client avaient été violés de manière irrémédiable et que les poursuites pénales à son encontre devaient donc être déclarées irrecevables.
Le ministère public a requis mercredi une peine de six mois de prison avec sursis et une amende pour Luc Van den Bossche, qui fut CEO d’Optima Bank de 2011 à 2015 puis président de la société immobilière Optima Global Estate. Selon le procureur, l’ancien ministre « savait très bien ce qui se passait ».
Trois infarctus et une transplantation cardiaque lorsqu’il a appris les poursuites
Jeudi, Luc Van den Bossche n’était pas présent à l’audience, pour des raisons de santé, et était représenté par son avocat. Après avoir rappelé « l’impressionnant CV » de l’ancien ministre, son avocat est revenu sur les circonstances dans lesquelles Luc Van den Bossche s’est retrouvé poursuivi lui aussi en justice. « Le juge d’instruction lui a dit après un long interrogatoire que rien ne pouvait être retenu contre lui et qu’il n’était pas inculpé. Il n’y avait rien mais il s’est tout de même retrouvé cité dans la réquisition finale du parquet. Lorsqu’il a appris cela, il s’est effondré, avec pour conséquence trois infarctus et une transplantation cardiaque », a déclaré l’avocat pour qui les conclusions du parquet s’apparentaient, pour son client, davantage à une exécution qu’à une réquisition.
Outre une série d’arguments sur le fond du dossier, l’avocat de Luc Van den Bossche a également fait valoir que le délai raisonnable était dépassé pour son client et que les choses « n’avaient que trop duré ».
Mon intention n’a jamais été de tromper les clients
Le principal suspect dans l’affaire de la faillite frauduleuse d’Optima, Jeroen Piqueur, a pris une dernière fois la parole jeudi. « Au sein d’Optima, personne n’a jamais eu l’intention de tromper les clients », s’est défendu l’ancien CEO.
Sans nier que « ce qui s’est passé est très grave », Jeroen Piqueur a également fait valoir que les faits jugés remontaient aux années 1990 et 2000, soit « à une autre époque. » « Je crains que vous ne soyez trop jeune, monsieur le président. Dans les années 90, les Belges se rendaient au Luxembourg avec des obligations dans leur sac de sport », a illustré l’ancien dirigeant de la banque, disant encore vouloir un procès équitable.
Le tribunal rendra son jugement le 17 mars.
















