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« On a détecté 5 fois trop de plombs dans une paire de chaussures pour enfants » : l’envers du décor de la fabrication de vêtements

par RTL info avec Florent Vanden Berghe et Gaëtan Lillon
Des étagères de nos magasins aux ateliers lointains, l’envers du décor textile révèle des réalités choquantes sur la provenance et les conditions de production.

Dans nos rues commerçantes, les vitrines regorgent de vêtements à prix cassés. Mais connaît-on réellement la provenance de ces articles ? Si certains passants identifient la Chine, le Bangladesh, ou l’Inde comme principaux pays de production, une majorité des consommateurs ne se soucie guère de l’origine de leurs achats. Pourtant, derrière chaque produit, se cache une réalité souvent ignorée.

Pour lever le voile sur la fabrication de ces vêtements, notre journaliste a acheté 4 vêtements qu’il a présentés à l’ASBL AchACT, engagée depuis 30 ans pour des conditions de travail éthiques dans l’industrie textile. L’analyse commence par un jean acheté 20 euros, délavé en Turquie grâce au permanganate de potassium, une substance chimique toxique. « Les travailleurs et travailleuses qui manipulent ces substances, malheureusement ils ne sont pas protégés », explique Sanna Abdessalemn, coordinatrice de l’ASBL. Les conséquences ? Des maladies pulmonaires, migraines et autres problèmes de santé sévères pour des employés peu ou pas équipés de protections adéquates.

Également une question de salaire

Les écarts de salaires sont également frappants. Au Bangladesh, par exemple sur un t-shirt vendu 6 euros, le salaire de la couturière ne représente que 1 % du prix. « Le salaire minimum d’une couturière là-bas, est de 105 euros, et même au Bangladesh, c’est insuffisant pour vivre correctement », précise Sanna Abdessalem.

La coordinatrice de l’ASBL poursuit. « Les grandes marques exercent des pressions sur leurs fournisseurs pour produire davantage dans des délais toujours plus courts », ce qui pousse ces derniers vers des formes massives de sous-traitance, parfois informelle.

Des accidents industriels

Pour la sous-traitance, prenons l’exemple d’un chemisier pour enfants, conçu en Inde et vendu à 25,95 euros. Sa production s’étend jusqu’aux domiciles de milliers de femmes, transformées en petites unités de fabrication où l’assemblage se mêle souvent à des conditions précaires. À cela s’ajoute un sombre héritage d’accidents industriels, comme en témoigne l’effondrement d’un immeuble en 2013 à Dhaka, au Bangladesh, causant plus de 1 000 morts, et plus de 2 000 blessés.

Dans ces usines, les syndicats comme on les connaît n’existent pas. « On voit qu’il y a une forme de représentation sociale, mais ce ne sont pas des syndicats. Ce sont des comités de travailleurs, choisis par l’entreprise. Cela aura moins de poids et sera moins critique qu’un syndicat comme on l’entend », dévoile François Graas, coordinateur de campagnes à Amnesty international Belgique.

Le « Made In Europe » est-il meilleur ?

Pas nécessairement. Un pull étiqueté « made in Europe », fabriqué en Bulgarie, coûte en magasin près de 46 euros mais demeure le fruit d’un travail faiblement rémunéré. « Les salaires que perçoivent les travailleuses, les couturières bulgares est aussi bien en deçà du salaire vital », déplore achACT. Ce constat brouille le mythe selon lequel une production européenne serait synonyme de standards éthiques.

Le consommateur n’est pas épargné par les anomalies de cette industrie. Sur certaines plateformes de vente en ligne, des analyses réalisées par Testachats révèlent des substances chimiques dangereuses dans les articles pour enfants. « On a détecté dans une paire de chaussures pour enfants 5 fois trop de plomb et une centaine de fois trop de phtalate qui est un perturbateur endocrinien », prévient Julie Frère, porte-parole de TestAchats.

Enfin, la transparence des marques reste un sujet critique. En magasin ou en ligne, aucune obligation n’impose aux enseignes de préciser l’identité des fournisseurs ou le lieu exact de production. Un flou stratégique qui laisse les consommateurs sans repères pour faire des achats réfléchis et responsables.

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