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Entre fiction et réalité, Maxime Chattam a trouvé dans l’expérience de sa femme une source d’inspiration et un soutien indispensable pour son nouveau thriller "Prime time".
RTL info : Imaginez Luc Besson pris en otage au beau milieu du journal de 19 h. C'est le point de départ du nouveau livre de Maxime Chattam. Si je parle de Luc Besson, c’est parce que votre roman nous plonge dans une prise d'otages en direct pendant le journal de 20 h. Ça s'appelle "Prime time", paru chez Albin Michel. Ça vous fait quoi d’être "sur les lieux du crime", en parlant d’une prise d’otages dans un studio télé ?
Maxime Chattam : C’est vrai que ça fait bizarre. J’ai effectivement l’impression de me retrouver sur les lieux du crime.
Le monde du journal télévisé, avec ses coulisses et sa rédaction, semble propice à un thriller. Pourquoi en faire le cadre d’un roman d’action ?
Parce que l'arène est assez incroyable. Le monde du JT est un univers que le grand public connaît sans connaître. On ne connaît pas les coulisses, les arcanes. J’ai voulu plonger dans cet environnement pour le décrypter, montrer les rouages, les clichés, mais aussi les vérités du monde télévisuel, qu’elles soient positives ou négatives. Et puis, mélanger cet univers à des éléments comme les négociations du GIGN, c’était incroyablement riche. Il y avait tellement de matière que j’aurais pu écrire trois livres.
Tout cela semble très réel. Vous êtes allé dans les rédactions et sur les plateaux télé. Comment ça s’est passé ?
Oui, j’ai passé du temps dans les rédactions, j’ai observé le quotidien des équipes. Je pensais que les journalistes de JT étaient passionnés, mais j’ai découvert que ce métier demande bien plus que ça. C’est quelque chose d’ancré profondément en eux, dans chaque fibre de leur être. Leur travail ne s’arrête jamais : même après une journée de boulot, ils continuent de suivre l’actualité, de lire la presse. C’est un métier en flux tendu, sans droit à l’erreur, car tout se joue en direct. J’ai trouvé que cela ressemblait beaucoup au GIGN.
Justement, il y a aussi un focus sur les négociateurs du GIGN dans votre livre. Cet aspect vous fascine ?
Absolument. On connaît tous le GIGN pour ses interventions, souvent dans des situations dramatiques liées au terrorisme. Mais j’ai découvert que la négociation est une part essentielle de leur travail, un art profondément humain. Chaque situation est unique, chaque personne est différente. J’ai voulu explorer ce parallèle entre l’imprévisible des prises d’otages et le direct d’un journal télévisé, où tout peut basculer à tout moment.
Votre épouse, Faustine Bollaert, travaille dans l’univers télévisuel. Elle apparaît dans vos remerciements. Comment a-t-elle réagi en découvrant que vous écriviez sur "son monde" ?
J'ai fait un truc, peut-être pas bien au début, je ne lui ai pas dit tout de suite. J’ai commencé à écrire avant de lui montrer, pour avoir son sentiment. Elle a compris que mon regard sur ce milieu s’est construit en partie grâce à elle, mais aussi grâce à mes immersions dans les rédactions. Et en revanche, il y a des moments entiers où elle s'est investie, elle m’a donné des conseils, m’a aidé à ajuster certains passages. À un moment, je lui ai carrément tendu mon ordinateur en lui disant : "Vas-y, corrige !". Ça a très bien fonctionné.
Vous dédiez ce livre à votre épouse, en écrivant : "Elle rend mon monde meilleur." Que signifie cette phrase ?
Ça veut dire beaucoup de choses, ma vie à moi, elle est dans les livres. Elle est donc fantasmée alors qu'en fait, j'ai une vraie vie. Et c'est elle qui me permet de me connecter davantage un peu à celle-ci et qui m'a souvent porté dans la vraie vie quand moi, j'allais me réfugier un peu dans l'écriture.
RTL Info : Dans le livre, vous abordez aussi le cynisme de la télévision et cette question récurrente : "Pourquoi diffusez-vous toujours des infos négatives ?" Vous y répondez de manière très directe…
Oui, j’explore cette idée. Mais je renvoie aussi la responsabilité au spectateur, il y a un plébiscite global puisque la télévision ne fait que proposer ce que les gens regardent. Donc avoir une télécommande dans les mains, c'est un acte politique. C'est le choix de ce qu'on veut regarder et donc de ce qu'on a envie d'avoir demain à la télévision. Et ça, il faut juste l'assumer.
Vous évoquez aussi l’appel de la gloire et l’ego des figures médiatiques. Est-ce quelque chose que vous avez observé dans les rédactions ?
Non, les journalistes et présentateurs que j’ai rencontrés sont très professionnels. Mais cette réflexion sur l’ego face aux caméras était importante pour l’histoire. Je voulais pousser la question : jusqu’où pourrait aller une chaîne pour innover ou attirer l’audience ? Est-ce que créer de toutes pièces un fait divers pourrait être finalement une émission de télé demain ?
Vous auriez aimé être journaliste ou présentateur ?
Non, je ne pourrai pas. C’est un métier qui ne s’improvise pas, et ce n’est pas dans ma nature. Mais j’aime l’aspect journalistique dans mon travail de romancier : aller sur le terrain, rencontrer des gens, m’imprégner de leurs expériences pour les retranscrire dans mes livres.
En tant que romancier, vous êtes moins exposé que votre épouse. Ressentez-vous parfois une forme de starification ?
Moi, à titre personnel, c'est quand même globalement assez tranquille. Les romanciers, on ne les regarde assez peu et on ne les reconnaît pas beaucoup. Et puis les gens respectent beaucoup la littérature. Par contre, pour ma femme, c’est différent : les gens la reconnaissent immédiatement et l’abordent avec une familiarité étonnante, probablement parce que la télé entre dans leur quotidien. Je suis heureux d’être romancier et d’avoir une certaine tranquillité.
Vous refusez toujours d’apparaître sur les réseaux sociaux de votre épouse ?
Oui, c’est très rare. Ça a dû arriver trois fois en quinze ans.