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Plus de 700 médecins contre la proposition de dépénalisation de l'avortement: "Ça ne va pas diminuer la souffrance de mes patientes"

Plus de 700 médecins contre la proposition de dépénalisation de l'avortement:
© BELGA

Ce mercredi 27 novembre, la commission de la Justice reprend l'examen de la proposition de loi pour la dépénalisation de l'avortement. L'objectif est de voter la proposition dès ce soir.

Le texte pour la dépénalisation de l'avortement est co-signé par des députées socialistes, libéraux, écologistes, DéFI et PTB et vise à faire de l'interruption volontaire de grossesse un acte médical à part entière. Cette proposition est examinée cette après-midi par la commission de la Justice de la chambre afin d'éventuellement la voter dès ce soir. 

Environ 700 médecins, sage-femmes, infirmiers et psychologues ont signé un appel aux députés à ne pas voter la proposition de loi dépénalisant complètement l'avortement. Parmi eux, le docteur Hubert Chantraine, gynécologue, qui juge la proposition de loi trop fragilisante. "Allonger le terme provoquera des problèmes psychologiques chez la patiente, la mère", affirme-t-il. "Je trouve que la loi existante est suffisamment large et correcte. Décider en 12 ou 24 heures, c'est prendre une décision trop hâtive."

Les signataires redoutent qu'à considérer l'avortement comme un acte médical, des pressions morales soient exercées sur les soignants et qu'il leur soit dès lors plus difficile d'invoquer une clause de conscience pour refuser de pratiquer l'IVG. Ils veulent interpeller le monde politique quant à l'ampleur d'une telle décision. 

Le docteur Olivier Pirson est pédiatre. Pour lui aussi, adopter cette proposition n'est pas une bonne idée. "Tant le délai légal pour pratiquer l'avortement que le raccourcissement du délai de réflexion ne sont pas propices à diminuer la souffrance dont mes patientes me parlent et des circonstances dans lesquelles elles prennent leur décision."

Pour le pédiatre, cette proposition de loi rendrait moins efficaces les alternatives à l'avortement. "La nécessité de proposer des solutions alternatives tombe avec cette nouvelle proposition. Tant par rapport aux aides qui peuvent être apportées, que par rapport à la question de l'adoption. Toutes ces questions là qui sont matières à réflexion pour les mamans."


"L'interruption volontaire de grossesse ne peut pas être banalisée"

Dans un communiqué de presse, les médecins et le personnel soignant à l'origine de la pétition contre la proposition de loi expliquent leurs motivations. "Tous les jours, médecins et soignants accompagnent des femmes dans leur maternité", peut-on lire. "Ils écoutent, soignent, expliquent et aident. Ils ne peuvent se résoudre à pratiquer un avortement à un stade si avancé de la grossesse. Un tel acte les toucherait dans leur vocation de soignants.'

Selon eux, l'interruption volontaire de grossesse ne peut pas être banalisée. "Tenter de faire croire que c’est un soin de santé comme un autre, c’est d’abord et avant tout mentir aux femmes, qui ressentent dans leur corps que l’IVG les affecte durablement. 90 % des Françaises, par exemple, estiment qu’il laisse des traces psychologiques difficiles à vivre".

Ils se demandent dès lors: "Pourquoi un tel décalage entre le ressenti de tant de femmes et la volonté de certains parlementaires? Puisque l’impact psychologique négatif de l’avortement est reconnu, la prévention de l’avortement ne devrait-elle pas devenir un objectif prioritaire de santé publique autour duquel tous les partis se retrouvent ?"

Toujours selon le communiqué, en l’absence de gouvernement et sans poser un diagnostic objectif sur la situation actuelle de la pratique en Belgique, il n’est guère possible de légiférer raisonnablement sur un sujet aussi sensible, et cela seulement une année après la dernière loi qui sortait l’avortement du Code Pénal. 

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