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Huawei est toujours privé de Google: en 2020, il y aura des "vieux" et des nouveaux smartphones en Belgique

Huawei est toujours privé de Google: en 2020, il y aura des
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Le géant chinois des télécommunications a une double stratégie pour cette année cruciale: continuer à vendre des modèles "pré Trump" qui ont des licences pour les (indispensables) services et applications de Google ; et développer ses propres plateformes, nécessaires pour être complètement autonome. Pour voir ce que ça donne, j'ai essayé le P30 lite New Edition, dont le nom explique beaucoup de choses.

J'étais le premier à penser que les menaces de l'administration Trump resteraient au stade de menaces. Que jamais un pays, aussi puissant soit-il, n'oserait à ce point interférer dans le commerce mondial en bannissant (avec des critères de sécurité nationale assez flous) une entreprise chinoise aussi puissante et influente que Huawei.

C'était au printemps 2019, et je me trompais sur toute la ligne. Toutes les entreprises américaines ont effectivement été contraintes de cesser de collaborer avec Huawei, placé sur une liste noire. L'impact pour le consommateur européen a mis quelques temps à se faire ressentir, car cette exclusion, par rapport aux smartphones, ne concerne que les nouveaux modèles sortis par Huawei, pas ceux qui étaient en magasin, ni ceux qui étaient déjà "certifiés" et donc sur le point d'arriver.

On l'a déjà dit à plusieurs reprises, la plus grande conséquence du bannissement, c'est que Huawei ne peut plus utiliser les services et applications de Google sur ses nouveaux smartphones. Ceux-ci peuvent être équipés de l'Android remanié par la surcouche logicielle de Huawei (EMUI, actuellement dans sa version 10), mais ne peuvent pas embarquer le magasin d'applications de Google (l'indispensable Play Store où on télécharge tout ce dont on a besoin), ni les applications de Google (YouTube, Gmail, calendrier, etc), ni les Google Mobile Services. Invisibles pour le consommateur, ces GMS sont indispensables car de nombreuses applications tierces en ont besoin pour fonctionner. Exemple: Uber n'a pas développé sa propre cartographie mais fonctionne avec celle de Google, intégrée nativement dans les smartphones Android, via les GMS, donc.

Aucun accord en vue

Depuis des mois, on dit qu'un accord commercial est imminent entre les Etats-Unis et la Chine, et qu'il pourrait mettre un terme au bannissement dont est victime Huawei.

Mais rien ne change et si la tension a baissé, commercialement parlant, entre les deux plus grandes puissances économiques mondiales, la 'liste noire' est toujours bien active, et pas prête de disparaître.

D'autant plus qu'avec les élections présidentielles qui approchent (3 novembre 2020), Donald Trump a tout intérêt à rouler des mécaniques en continuant d'imposer unilatéralement sa loi, même si les conséquences économiques à long terme sont dangereuses pour le monde entier.

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En 2020, une double stratégie

La stratégie de Huawei, qui visait la place de N.1 en 2020, est complètement chamboulée. Elle est confuse, difficile à décrypter et aussi volatile que les interprétations du bannissement en question. Un vrai cauchemar pour les filiales locales de Huawei, dont celle qui nous concerne, Huawei Belgique.

"On est dans une phase de transition, dans une année de transition", m'a expliqué Jurgen Thysmans, son porte-parole. "99% des smartphones qu'on vend en Belgique, et a priori en Europe, sont encore équipés des Google Mobile Services. Pour l'instant, comme avec le P30 lite (sorti en mai 2019, NDLR), on a des licences (pour utiliser ces services Google), donc on les utilise. On met plus de mémoire, plus de RAM, un meilleur capteur photo… ce sont des appareils qui se vendent très bien". Cette stratégie ne peut cependant pas durer éternellement, et Huawei doit bien se rendre compte qu'elle a atteint ses limites (voir mon test ci-dessous).

Donc, parallèlement à cela et depuis plusieurs mois, Huawei accélère le déploiement et l'utilisation de ses propres Mobile Services, forcément appelés Huawei Mobile Services (HMS), et qui rêvent de remplacer tout ce que ceux de Google offrent. "On mise tout là-dessus, car la dépendance à Google, ça ne va pas. On veut notre autonomie". Ce qui est plutôt logique, mais très complexe à mettre en place.

Car il faut convaincre les entreprises derrière les applications les plus populaires (on pense à Facebook qui détient Instagram et WhatsApp) d'être présentes sur l'AppGallery, donc le magasin d'applications de Huawei qui existe depuis quelques années, surtout pour l'immense marché chinois qui n'a jamais utilisé Google. Il faudra également les convaincre de déposer une version alternative qui fonctionnera avec les Huawei Mobile Services. "Ça, c'est le siège central de Huawei qui s'en occupe. Nous, au niveau belge, on a identifié les applications les plus utilisées, comme celles des banques ; et on discute avec les entreprises belges qui créent des applications", précise le porte-parole de Huawei Belgique.

Même si Huawei parvient à imposer ses Mobile Services, quid des applications américaines ?

Dernier point d'interrogation, et il est important: Facebook, qui comme toute entreprise américaine ne peut plus collaborer avec Huawei, va-t-il rendre disponible ses applications sur les plateformes chinoises ? Pour l'instant, la réponse est non.

Sur le Mate 30 Pro, par exemple, qui est privé de l'écosystème de Google, "il n'est pas possible de télécharger Facebook via l'AppGallery de Huawei", m'a-t-on confirmé. Mais des négociations/discussions sont en cours et ça pourrait évoluer en 2020. En effet, les termes du bannissement de Huawei peuvent être sujets à interprétation. Nul doute que les services juridiques de Facebook comme ceux de Huawei se creusent la tête pour trouver des solutions, car ils ont besoin l'un de l'autre (Facebook n'a pas envie d'être absent sur des centaines de millions de smartphones !).

Bref, la situation devra évoluer en 2020, sinon l'avenir de Huawei sur le marché du smartphone européen est totalement compromis.


 

Un P30 lite "New Edition": que vaut-il ?

Vous l'avez compris, une partie de la stratégie de Huawei est donc de commercialiser des versions remaniées des modèles sortis avant le bannissement officiel (19 mai 2019). J'ai donc mis la main sur le dernier smartphone lancé officiellement par Huawei en Belgique, le P30 lite New Edition. Il s'agit donc du P30 lite sorti au mois de mai 2019, mais avec une fiche technique légèrement revue: 6 GB de RAM au lieu de 4, 256 GB de stockage interne au lieu de 128, un capteur frontal de 32 MP au lieu de 24, Android 9.1 au lieu d'Android 9. Prix: 349€.

Des changements assez subtils, donc, même s'il est toujours intéressant d'avoir le plus de mémoire interne possible.

Le P30 lite n'est pas très original au niveau du design: logique, il a été dessiné à la fin de l'année 2018 (environ 6 mois avant sa sortie, c'est la durée moyenne de conception d'un smartphone). Le dos est en plastique noir brillant aspirant les traces de doigts, le petit capteur d'empreinte circulaire est placé assez haut dans le dos, et il y a une "goutte d'eau" sur la face avant pour la caméra frontale. Rien de vilain, mais en 2020, on est en droit d'attendre un peu plus de modernité d'un appareil vendu à ce prix-là.

Le triple capteur photo, à l'arrière, comporte toujours un objectif principal de 48 MP (qui par défaut prend des photos de 12 MP), un grand angle de 8 MP et un module destiné à calculer la profondeur de champs (2 MP). Si de jour, les clichés sont assez réussis sans être fabuleux, dès qu'il fait moins lumineux, on s'approche vite de la bouillie de pixels. L'option grand-angle offre plus de souplesse dans le cadrage, mais la qualité du capteur est très moyenne, donc à utiliser en plein jour uniquement.

La puce principale, la Kirin 710, est elle aussi assez moyenne pour un smartphone à 349€. Elle a pris un coup de vieux et dans cette gamme de prix, on trouve un peu mieux chez Samsung, par exemple (le A70 se trouve au même prix en Belgique). N'attendez rien de spectaculaire du côté de l'écran, car on est sur du simple LCD en technologie IPS: les contrastes sont faiblards, l'angle de vue est réduit. Là aussi, le A70 et son Amoled vous en donneront plus pour votre argent.

Le plus ennuyeux est sans doute de devoir se contenter d'un smartphone tournant sous Android 9 alors que la version 10 est sortie depuis 4 mois. Le P30 Pro a droit à sa mise-à-jour, ainsi que d'autres modèles, mais le P30 lite n'aura pas cette chance.

Bref, vous m'avez compris – mais c'est inévitable quand on met à jour un smartphone de début 2019 en 2020, le P30 lite n'est pas vraiment un maître achat, sauf si vous cherchez à tout prix 256 GB de stockage interne (plutôt rare à 349€). Fort de son image de marque et de son grand nombre de clients satisfaits en Belgique, Huawei devrait cependant en vendre quelques milliers cette année.

Et c'est sans doute un meilleur choix que le Mate 30 Pro (1.099€) qui est sorti en Belgique le 24 janvier (uniquement via le magasin officiel à Bruxelles), sans les indispensables applications et services de Google dont j'ai parlé plus haut. C'est la deuxième partie de la stratégie de Huawei pour 2020, et on se demande où ça va mener le géant chinois sur le marché européen.

 
 
 
 
 
 

 

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