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Le paysage hospitalier belge se dirige vers une profonde refonte : quels changements pour les patients ?

par RTL info avec Margaux Glamocic et Belga
Une réforme ambitieuse du paysage hospitalier belge est à l’étude, visant à catégoriser les établissements en quatre niveaux et à mieux répartir les soins sur le territoire. Étendue sur dix ans, elle prévoit la concentration des soins spécialisés dans certains hôpitaux et la réorganisation des services d’urgence.

En Belgique, trop d’hôpitaux veulent encore «tout faire», alors que les soins deviennent de plus en plus complexes, que le personnel soignant se raréfie et que les budgets se resserrent. C’est le constat posé par un groupe d’experts indépendants, mandatés par les ministres de la Santé pour réfléchir à l’avenir du paysage hospitalier. 

Ils plaident pour une réorganisation autour de quatre types de structures aux missions bien différenciées, afin de rationaliser l’offre de soins, renforcer la qualité et garantir l’accessibilité sur l’ensemble du territoire. 

Quatre niveaux d’hôpitaux pour structurer l’offre de soins 

Les experts proposent une classification en quatre catégories : 

1. Les hôpitaux généraux régionaux (HGR) 

Ils doivent pouvoir assurer les soins courants, avec des services d’urgence 24h/24, la maternité, la pédiatrie, les soins intensifs, les opérations classiques, et une capacité à faire face aux crises. Ces établissements devront compter au moins 240 lits (dont 180 dits «aigus» d’ici 2031) et enregistrer un certain volume d’activités, comme 600 accouchements par an pour les maternités. 

2. Les hôpitaux universitaires (CHU) 

Ils remplissent les mêmes fonctions que les HGR, mais ajoutent des missions d’enseignement, de recherche et de formation. Ils prendront en charge les maladies rares et les cas complexes, et pourront être reconnus comme centres d’expertise. Le titre «universitaire» serait strictement réservé à ces structures. 

3. Les centres médicaux locaux 

Ces structures seraient essentiellement dédiées aux soins ambulatoires programmés, comme les consultations spécialisées, la chirurgie de jour, le suivi de maladies chroniques ou encore la réadaptation ambulatoire. Elles pourraient également organiser l’hospitalisation à domicile et accueillir un poste de garde en médecine générale si aucun HGR n’est à proximité. 

4. Les hôpitaux de soins intermédiaires (HSI) 

Ils accueilleront des patients qui ne peuvent pas encore rentrer chez eux après un séjour à l’hôpital. Leur rôle : assurer une réadaptation ou des soins palliatifs. Ils pourront être intégrés à un HGR ou un CHU, ou fonctionner de manière autonome, à condition d’avoir au moins 90 lits

Un lien obligatoire entre structures 

Les experts insistent sur la nécessité de créer des réseaux cohérents. Chaque centre médical local et chaque hôpital de soins intermédiaires devra être rattaché à un seul HGR ou CHU, avec une stratégie commune et des protocoles clairs de transfert et de prise en charge en cas d’urgence. 

La réforme serait étalée entre 2026 et 2036. Sur les 132 hôpitaux actuels, les experts estiment que : 

  • 67 répondent déjà aux critères pour devenir HGR,
  • 26 devront encore se renforcer,
  • 39 sites, trop petits, devront se reconvertir ou fusionner. 

Ces 39 structures, souvent avec un nombre de lits «aigus» insuffisant, devraient abandonner leur activité hospitalière classique pour devenir centres médicaux locaux, sauf en cas de fusion avec d’autres sites. 

Un état des lieux est prévu en 2031, pour ajuster si besoin les critères et vérifier si l’accompagnement financier est suffisant. 

Vers une nouvelle organisation des urgences 

Autre volet central : la réforme des services d’urgence, qui ne seraient plus proposés que dans les CHU et HGR. L’objectif est d’éviter l’éparpillement et de rationaliser les moyens

Une centrale d’appel unique regrouperait les numéros 112 (urgence) et 1733 (médecin de garde), afin d’orienter les patients vers le bon interlocuteur : médecin généraliste, poste de garde, ambulance, PIT, SMUR, ou urgence hospitalière. 

Un consensus politique à bâtir d’ici 2026 

Le rapport intitulé «Changer pour préserver» a été remis mercredi à la Conférence interministérielle Santé Publique (CIM). Celle-ci se donne jusqu’à fin juin 2026 pour définir les grandes lignes politiques de la réforme, sur base du rapport et des consultations à venir (hôpitaux universitaires, généralistes, urgentistes, etc.). 

Les ministres saluent une proposition «intéressante» et soulignent la nécessité d’articuler la réforme du financement avec celle de la structure hospitalière. «Il faudra une concomitance entre la réforme du financement et la réforme du paysage. Les entités fédérées doivent avoir une vision claire de la réforme portée par le fédéral afin de pouvoir établir un planning pour leur territoire pour les 15 prochaines années à minima», préviennent-ils. 

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